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13 juin 2019, 15:40

Donald Trump et Andrzej Duda se sont rencontrés le 12 juin. L'occasion de signer des contrats commerciaux dans l'armement et l'énergie, cela afin de renforcer la position de la Pologne dans l'OTAN et son indépendance vis-à-vis de la Russie.

Alors qu’il recevait, le 12 juin à la Maison Blanche, son homologue polonais, Andrzej Duda, le président américain Donald Trump a annoncé le déploiement de troupes américaines supplémentaires en Pologne, pays qui compte déjà près de 5 000 soldats étasuniens sur son sol dans le cadre des opérations de l’OTAN. Si le chiffre de 2 000 unités avait été d'abord été avancé par le 45e président des Etats-Unis dans le Bureau ovale, ce sont finalement 1 000 soldats additionnels qui viendront garnir le contingent américain dans le pays.

«Ce sera une présence dans la durée qui, nous l’espérons, augmentera progressivement», a prévenu Andrzej Duda lors d’une conférence de presse commune avec le magnat de l’immobilier. L’ancien député européen s’est par ailleurs engagé à développer et soutenir les infrastructures nécessaires afin de faciliter «une présence américaine accrue». Néanmoins, contrairement au souhait de Varsovie, l’implantation d’une véritable base militaire permanente n’a pas été annoncée. Rappelons que lors de la première rencontre entre les deux hommes à Washington, fin 2018, le président polonais avait proposé de financer, à hauteur de deux milliards de dollars, l’établissement d’une base permanente, proposant même de la baptiser «Fort Trump».

Donald Trump a affirmé que ces troupes supplémentaires seraient très probablement transférées depuis l’Allemagne, où 52 000 d’entre elles sont stationnées. Et lorsqu’un journaliste demande à Andrzej Duda combien de soldats américains il souhaiterait voir s’établir dans son pays, le président américain répond à sa place. «Il aimerait en avoir 250 000», s’enorgueillit Donald Trump, suscitant des rires dans la salle.

Pour ce qui est du financement de l’opération de déploiement, le locataire de la Maison Blanche a été très clair : il n’en coûtera pas un dollar au contribuable américain. Il reviendra donc à la Pologne de régler la note.

Démonstration de F-35

Avant de tenir leur conférence de presse, les présidents ont pu observer un avion de chasse américain F-35 effectuer un survol de la Maison Blanche. Cela afin de célébrer la décision du gouvernement polonais de se doter de 32 chasseurs flambants neufs fabriqués par Lockheed Martin, firme américaine spécialisée dans la défense et la sécurité. A cette occasion, Donald Trump a loué les «liens indestructibles» entre les deux nations, lesquelles sont portées par «des valeurs communes profondes» et des «objectifs partagés».

Les survols de ce type ne sont que très rarement autorisés, la Maison Blanche, espace aérien restreint, s’en est même fait l’écho sur Twitter parlant de «survol historique». «En l’honneur de la visite du Président de la République de Pologne Duda, un F-35 "Joint Strike Fighter" a effectué un survol historique de la Maison Blanche !», a déclaré cette dernière sur le réseau social.

La transaction devrait s’élever à plusieurs milliards de dollars.

Rapprocher la Pologne et l’OTAN

De son côté, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a approuvé l’annonce américaine, qui selon lui marque «l’engagement fort» des Etats-Unis pour la sécurité en Europe et «la force des liens transatlantiques». Le président Andrzej Duda a longuement insisté sur le fait que la Pologne faisait, et avait toujours, fait partie de l’Occident. Le pays a adhéré à l’organisation en 1999.

«Ce geste symbolique est conçu pour montrer que la Pologne est utile [à l’OTAN]», remarque Michael Maloof pour RT. Cet ancien analyste des politiques de sécurité au Pentagone ajoute que «cela vise à renforcer la Pologne et à lui donner une certaine utilité dans le cadre de la défense de l’Otan.». Et à «montrer aux Russes que les Etats-Unis et l’OTAN sont une affaire sérieuse».

En réaction aux troubles dans lesquels se débat l'Ukraine depuis 2014, l’organisation a accru ses capacités de défense le long de son flanc oriental. Des groupements tactiques ont par ailleurs été déployés dans les trois Etats baltes ainsi qu’en Pologne. A propos des conséquences possibles, à savoir le franchissement d’un nouveau cap dans les tensions entre Moscou et Washington, Donald Trump a affirmé «espérer que la Russie traiter[ait] la Pologne avec respect comme le font tous les autres pays du monde».

Le gazoduc qui cristallise les tensions

Durant cette rencontre, les présidents ont également acté la signature de contrats énergétiques, portant sur le gaz naturel liquéfié (GNL) d’origine américaine, pour un montant de 8 milliards de dollars d’après Donald Trump. Varsovie avait déjà signé un contrat de 20 ans sur le GNL en provenance des Etats-Unis et ce afin de renoncer définitivement à s’approvisionner en gaz depuis la Russie, pourtant moins onéreux.

L’Allemagne fait une énorme erreur en se rendant si dépendante de ce gazoduc

L’ancien homme d’affaires en a d’ailleurs profité pour lancer une pique à l’Allemagne à propos de Nord Stream 2, projet de gazoduc devant relier la fédération germanique à la Russievia la mer Baltique. «Je pense que l’Allemagne fait une énorme erreur en se rendant si dépendante de ce gazoduc», a certifié Donald Trump, tempêtant que l’Allemagne se faisait «otage» du Kremlin. Prenant tout le monde à contre pied, le président américain a nuancé son propos, affirmant qu’il souhaitait «une bonne relation» avec la Russie et la Chine mais aussi avec «de nombreux autres pays».

Alexis Le Meur

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