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Charlotte d’Ornellas a interrogé Steve Bannon dans Valeurs Actuelles. Extraits :

Comment analysez-vous l’effondrement du parti Les Républicains, en France ?

Pas seulement en France ! Les partis de centre droit, que ce soient les conservateurs britanniques, le parti italien de Berlusconi ou Les Républicains français, se sont effondrés. Nous devons désormais nous demander si ces partis sont encore viables, tout simplement. L’élection européenne posait une question fondamentale : comment les citoyens souhaitaient-ils être gouvernés ? Or les partis traditionnels de gouvernement ont été rejetés en raison de toutes les politiques menées précédemment. Il valeur falloir retrouver leur âme désormais. Macron veut transférer la souveraineté de la France à Bruxelles, et Marine Le Pen entend s’y opposer. La question qui se pose aux Républicains est simple : dans quel camp se situent-ils ?

Pensez-vous sincèrement cette alliance des droites réalisable ?

C’est bien cette alliance qui a fait élire Donald Trump aux États-Unis et ce n’était pas facile non plus. Je le dis avec d’autant plus de force que je suis moi-même issu de la frange populiste de ceux qui ont fait élire le président américain. Chez les populistes ou les nationalistes, nous détestions plus encore les élites du Parti républicain que les démocrates de Bernie Sanders ! Et pourtant, nous avons réussi à surmonter ces détestations pour battre Hillary Clinton.

En France, c’est désormais Marine Le Pen qui incarne cette dynamique parce que certains leaders des Républicains ont tenu des discours populistes dans le passé sans jamais les assumer au pouvoir. Les électeurs semblent l’avoir compris avant eux. […]

Qu’est-ce qui vous semble insupportable ?

On vante souvent le confort des gens qui n’ont pas 30 ans aujourd’hui. Mais ce ne sont que des serfs finalement, si l’on regarde de près. Ces jeunes ne possèdent rien, ne sont propriétaires de rien. Même l’État court après sa dette. C’est exactement pourquoi les Français – comme d’autres – construisent leurs familles de plus en plus tard, ont des enfants si tard. C’est le résultat d’une anxiété économique insupportable. On peut bien raconter ce que l’on veut, le coût de la vie a explosé et les «  gilets jaunes  » ne s’y sont pas trompés.

C’est vrai dans tout le monde occidental. Mes parents ont élevé cinq enfants, les ont envoyés dans des écoles privées, alors qu’ils ne vivaient qu’avec un seul salaire de la classe moyenne. Ce n’est plus possible aujourd’hui. En revanche, le mensonge consiste à dire que nous ne pouvons plus aspirer au retour à cette vie-là. Nous le pouvons, et c’est exactement pour cela que je me bats. Il ne faut pas laisser les gens mentir plus longtemps.

C’est-à-dire ?

Lorsque Donald Trump a été élu, les marchés devaient s’effondrer. Il n’en a rien été, c’était un mensonge. Pareil avec le Brexit, Salvini, Orbán… Le système établi utilise la peur pour hypnotiser les électeurs mais il devient de plus en plus évident que ce ne sont que des mensonges. On parle de paix et de prospérité en permanence, à mesure que ces notions s’éloignent objectivement de nos vies quotidiennes. Je crois, à l’inverse, que nous y parviendrons en donnant de nouvelles possibilités économiques aux travailleurs et à la classe moyenne.

Si les partis de centre droit sont à ce stade d’effondrement, c’est précisément parce qu’ils se sont contentés pendant trop longtemps d’accompagner l’ordre établi. Certains ont même utilisé le langage populiste pour séduire les électeurs, avant de servir leurs amis, les lobbies et les élites en place contre les gens qui les avaient élus. Leur échec vient de leurs propres trahisons. Ils ne gagneront à nouveau qu’en le comprenant, et en s’intéressant à nouveau à leurs peuples.

Il y a un autre gagnant de ces élections que nous n’avons pas évoqué : les Verts. Ils ont réalisé un bon score en France, et plus largement en Europe…

C’est un sujet absolument majeur, qu’il faut prendre très au sérieux parce que ces partis sont une nouvelle version du mondialisme. C’est eux qui attirent, qui séduisent, et ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour prendre toujours plus d’importance.

Il faut donc que les conservateurs et les populistes s’emparent très fermement de ce sujet majeur. Nous n’avons pas le droit de laisser ce sujet entre les mains de la gauche. L’écologie qu’il faut défendre est celle du localisme, du retour à une vie enracinée. Il faut nous servir de notre intelligence pour contrer ce qui est devenu une théologie environnementale. Il faut séparer le vrai du faux et militer pour un retour à une vie locale et nationale. Là-dessus, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont fait du très bon travail également.

Sur ce sujet primordial comme sur les autres, mon combat se résume facilement : il faut rappeler de toutes ses forces aux personnes qu’elles peuvent et doivent retrouver le contrôle de leur destin.