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Par Peter Bannister - Publié le 08 avril 2023 - Photo : Peter Bannister - main de Gisella Cardia, Trevignano Romano, le 24 mars 2023

 

À l'heure où le christianisme occidental célèbre le week-end de Pâques, point culminant du calendrier liturgique, il peut être intéressant de réfléchir sur un phénomène « mystique » qui pose un défi particulier à une vision purement rationaliste de la science : la stigmatisation. Il s'agit de l'affirmation audacieuse selon laquelle divers individus au cours des siècles (principalement des femmes), dont des centaines sont répertoriés dans le récent « Dictionnaire biographique des stigmatisés » publié par Brill dans le contexte de recherches historiques effectuées à l'Université d'Anvers, auraient mystérieusement expérimenté dans leur propre chair les plaies de Jésus lors de sa Passion. Ces plaies apparaîtraient et disparaîtraient sans explication médicale et, dans certains cas documentés, accompagneraient une expérience physique de la Crucifixion du Christ le Vendredi Saint. La stigmatisation la plus célèbre de l'histoire – et la seule officiellement reconnue par l'Église catholique – reste celle de saint François d'Assise au XIIIe siècle. Avec l'essor de la science moderne, cependant, de nombreuses controverses ont été déclenchées par l'observation de phénomènes analogues : certains stigmatisés ont fait l'objet d'enquêtes médicales approfondies, dont la Belge Louise Lateau (1850-1883), examinée par l'Académie royale de médecine de Belgique (1874-1875), la paysanne bavaroise Thérèse Neumann (1898-1962) ou le Padre Pio (Francesco Forgione) en Italie (1887-1968), qui a d'abord été condamné par l'Église catholique, avant d'être canonisé en 2002.

En France, la stigmatisée la plus célèbre a sans doute été Marthe Robin (1902-1981) de Châteauneuf-de-Galaure, qui aurait vécu la Passion du Christ tous les vendredis à partir de 1930-1931. Alitée, Marthe Robin se serait nourrie pendant des décennies plus ou moins exclusivement de l'Eucharistie (comme d'autres mystiques telles que Berthe Petit (1870-1943) ou la Bienheureuse Alexandrina da Costa (1904-1955). Marthe a été consultée par des dizaines de milliers de personnes de toutes les classes sociales, avec de multiples témoignages de son apparente connaissance de personnes et de situations qui lui étaient inconnues, phénomène observé également chez le Padre Pio.

Les disputes autour de la stigmatisation ont été âpres dès la publication des premières études scientifiques du phénomène au XIXe siècle. Certains médecins, tels que le Dr Antoine Imbert-Gourbeyre (1818-1912), prirent position en faveur de son authenticité, tandis que la psychiatrie naissante de l'école de Jean-Martin Charcot de la Salpêtrière à Paris, tenta d'assigner l'expérience religieuse extraordinaire à la catégorie de l’« hystérie ». Ce clivage entre scientifiques existe encore, même si les sceptiques actuels préfèrent évoquer des « troubles dissociatifs » chez les stigmatisés allégués.

Il est intéressant de noter que le phénomène de la stigmatisation est revenu sur le devant de la scène ces dernières années, notamment en Italie où les stigmates de Natuzza Evolo (1924-2009), particulièrement bien documentés, ont été étudiés par plusieurs scientifiques, dont des médecins et le physicien nucléaire Valerio Marinelli. Des chercheurs ont par ailleurs constaté l'étrange convergence de phénomènes quasi-identiques et simultanés sur plusieurs continents. Outre les signes externes classiques, au moins trois stigmatisés allégués semblent avoir fait des « prophéties » quasi-identiques au sujet d’événements mondiaux tels que la pandémie au cours de leurs expériences mystiques : le Brésilien Eduardo Ferreira (2015), Luz de Maria de Bonilla (Costa Rica, 2019) et Gisella Cardia (Italie, 2019), qui a fait l'objet d'une attention médiatique particulière au cours des dernières semaines, avec l’annonce d'une enquête diocésaine menée par l'évêque Marco Salvi de Civita Castellana.

Le cas de Gisella Cardia a donné lieu dans les médias italiens à des controverses qui rappellent celles du passé entre ceux qui font appel au surnaturel et ceux qui l'accusent de fraude ou d'illusion. Comme au XIXe siècle, c'est encore une fois la médecine qui pourrait jouer le rôle d'un arbitre potentiel entre croyants et sceptiques. Selon l'auteur Ferdinando Carignani (vidéo: 8:05), en 2018, une équipe médicale a assisté à l'expérience du Vendredi Saint de Gisella Cardia et a constaté que la température de son corps était inférieure au minimum nécessaire à la vie humaine. En 2022, Rosanna Chifari, médecin chirurgien et neurologue de Milan, a été présente avec Gisella le Vendredi Saint et a signalé la disparition très rapide et médicalement inexpliquée de ses lésions profondes peu après 15 heures (heure biblique de la mort du Christ), sans cicatrices. Le 24 mars 2023 (en compagnie de l'auteur de cet article), la Dr Chifari a de nouveau témoigné non seulement des stigmates apparents sur les mains de Gisella, mais aussi de l'exsudation spontanée d'huile parfumée qui s'en dégageait. Bien que les déclarations de la Dr Chifari aient suscité de fortes polémiques de la part des journalistes italiens, il sera intéressant de suivre l'évolution future de ces phénomènes allégués qui, à l'instar d'autres cas dans le monde, ne sont manifestement pas encore terminés.

 

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 (tatouage temporaire, proche du « harqûs » qui utilise une encore noire à base de divers produits carbonisés : « encre de Chine, galle pilée, suie, laurier-rose carbonisé, cendre de bois, épices, goudron, sève de ceps de vigne flambés, feuilles de noyer, noir de fumée, huile, alun, souak, khul, jâwi (encens) »[1])

 

 

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