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Le magicien au violon

«J'ai beaucoup de chance, répète-t-il, beaucoup de chance...» Isaac Stern a eu la chance, en effet, d'avoir reçu ce don merveilleux qui s'appelle le talent, de savoir extraire d'un instrument l'âme de la musique - la «magie», comme il dit. La chance d'avoir rencontré les plus grands - musiciens, artistes, hommes d'Etat - du siècle écoulé, d'être reconnu comme l'un des plus importants violonistes de son temps et d'être encore, à 80 ans, réclamé dans le monde entier. Mais que d'obstination, que de passion, que de sincérité envers son art! «Dire qu'Isaac Stern est un grand violoniste est trop petit, écrivait Jean-Pierre Rampal. Il est la musique, dans toute sa vérité.» Isaac Stern a de la chance, certes. Mais tous ceux qui l'ont écouté aussi. 

C'est un bel anniversaire que vous célébrez: quatre-vingts années de vie, dont soixante-dix vouées totalement à la musique. Pour vous, celle-ci n'a jamais été un métier. Mais une manière de vivre.

La musique est ma vie. Apprendre, travailler, monter sur scène et jouer... J'ai toujours accepté cela comme la chose la plus naturelle du monde. Je n'ai même pas de souvenirs qui remonteraient à une époque sans musique. Il y a soixante-dix ans, à San Francisco, j'ai eu une chance extraordinaire. Mon professeur, Naoum Blinder, un artiste très intuitif, m'a inculqué cette passion: vivre comme un musicien. C'est-à-dire croire vraiment, totalement, en ce que la musique peut offrir. Dans les concerts, il vient un moment où l'on oublie tout, on oublie où l'on est, ce que l'on est. On accède à un autre monde, une bulle ensoleillée, on s'éloigne de soi-même, on touche l'extase. Etre capable de se dépasser, c'est le plus précieux des cadeaux. Je suis vraiment triste pour ceux qui ne sont pas musiciens et qui ne peuvent pas y goûter. C'est cela, la musique: une forme de magie. 

Qu'est-ce qui vous a permis d'accéder à cette magie, de devenir Isaac Stern, loué dans le monde entier?

Mes parents aimaient la musique. Comme la plupart des émigrés d'Europe de l'Est, ils pensaient qu'un enfant n'est ni bien élevé ni réellement instruit sans les arts. En ce temps-là, l'Amérique s'épanouissait dans la musique. Nombre d'artistes venus pour échapper au nazisme y trouvaient une liberté essentielle pour créer. Vers l'âge de 10 ans, j'ai soudain réalisé que je pouvais produire le son que je voulais. C'était moi qui le faisais, c'était moi qui pouvais le rendre beau ou laid. Soudain, je suis devenu un vrai violoniste. Quand suis-je devenu Isaac Stern? Je ne le suis pas encore, je suis toujours en train de créer! Une vie d'homme, c'est si court... Un clin d'?il, et pff... c'est passé. Evidemment, après tant d'années de concerts, de voyages - j'adore voyager - mon nom a acquis de la notoriété. Mais moi, je ne me prends jamais pour Isaac Stern. Sauf face à un employé borné. Alors là, oui, j'ai toujours ce recours: me prendre pour Isaac Stern! 

Pour vous, la musique est un processus inachevé, toujours en chantier...

Il n'y a pas d'interprétation définitive, absolue, d'une ?uvre. Il n'y a que les possibilités infinies de la beauté. Je ne cherche pas à faire de la «meilleure» musique, mais de la musique plus simple, plus claire. C'est le plus difficile. Aujourd'hui, quand je retrouve des ?uvres que j'ai jouées il y a vingt ou trente ans, avec les indications de doigté, les coups d'archet, je me dis souvent: «Mais quel idiot tu étais! Pourquoi avoir joué ainsi alors que tu pouvais atteindre le même résultat d'une manière plus simple?» J'ai appris à jouer des lignes très longues tout en les phrasant sans les interrompre ni jamais en perdre la direction. De la première à la dernière note d'un mouvement, il y a une continuité que l'auditeur devrait comprendre sans avoir à réfléchir. Les notes doivent s'effacer. Il faut les jouer comme si on était en train d'écrire l'?uvre à l'instant même, avec une voix naturelle. Et imposer cette compréhension dans chaque mouvement. On peut, comme le faisait Pablo Casals, repousser les limites de l'interprétation, mais jamais perdre la direction, la continuité de l'?uvre. 

Cherchez-vous, en interprétant, à retrouver les sentiments que pouvaient éprouver Mozart ou Brahms?

Le plus possible. Un interprète doit connaître la vie du compositeur, ses ?uvres, son époque, son pays, ses pensées... Mozart n'était pas une gracieuse figure de porcelaine. C'était un être humain. Il faut donc lire les articles que l'on écrivait sur lui en son temps, les lettres à son père, avec qui il avait des rapports si difficiles... Les instruments à cordes n'ont pas beaucoup changé depuis, même si le chevalet du violon est un peu plus haut, si les cordes sont mieux faites et si la sonorité est plus sûre. Pour retrouver le son du XVIIIe siècle aujourd'hui, il faudrait faire couiner un chat, car on accordait peu les instruments autrefois. Il faut comprendre tout cela pour entrer dans une ?uvre. Mais on ne découvrira jamais comment Beethoven a inventé cette petite gamme de six notes: bo-la-li du-du-du [Isaac Stern se met à chanter]. Six petites notes qui montent puis descendent. Rien du tout. Pour lui, c'était normal. Pour nous, c'est de la magie. L'interprète peut tenter de retrouver cette magie, de l'exprimer, mais pas de l'expliquer. 

Si vous pouviez discuter avec Mozart, cela vous aiderait-il à l'interpréter?

Discuter, jamais! Il ne saurait pas mieux expliquer sa musique que vous et moi. Mais jouer avec lui, ou l'écouter jouer, ah, oui! Je crois qu'il exécuterait la même phrase toujours de la même manière. Pour lui, c'était clair. Pourquoi était-ce clair? Ça, on ne le saura jamais. La musique touche à l'universel de l'être humain. Mozart, Beethoven, Bach, Brahms, Schubert ont été inspirés par quelque chose qui nous dépasse. Nous devons respecter ces rayons de soleil qui les ont touchés. La musique vient d'une source inaccessible, indéfinissable. Si cela était explicable, il n'y aurait pas de magie. Certains compositeurs contemporains, excellents par ailleurs, ont écrit le bruit de la musique. Mais ils n'ont pas atteint la magie. 

Vous avez interprété de nombreuses ?uvres du XXe siècle.

Oui, j'ai joué beaucoup de créations. Cinq concerti ont été écrits pour moi. Entre 1925 et 1970, la musique a connu l'une des périodes les plus riches de son histoire: Debussy, Ravel, Prokofiev, Stravinsky... Mais, pour moi, il n'y a pas de musique contemporaine, classique ou romantique. Il n'y a que la musique. Quel que soit le langage musical du compositeur, il faut essayer de le comprendre, de parler avec ses phrases. Si vous ne trouvez pas un lien avec l'?uvre, alors il ne faut pas la jouer! Un musicien doit être complètement sincère. Autrefois, j'ai pu jouer deux ou trois choses que je n'aimais pas beaucoup, mais je ne le fais plus depuis vingt ans. Je n'ai jamais interprété le Concerto de Schönberg, par exemple. Leonard Bernstein me disait: «C'est du Schumann avec des fausses notes.» Pour moi, ce sont des fausses notes sans Schumann! Mais je reconnais que d'autres violonistes savent le jouer magnifiquement. Ils ont «absorbé» cette musique. 

Jamais de Paganini, non plus.

Je n'aime pas le trapèze volant. Je suis trop lourd pour ça! 

A quoi pensez-vous quand vous jouez sur scène?

Je suis chez moi, complètement confortable. La seule chose que je n'aime pas, c'est d'avoir des petites filles au premier rang, en socquettes blanches et souliers vernis, qui bougent sans cesse, mais jamais dans le tempo... La plupart du temps, j'entends dans ma tête le son que je vais jouer un centième de seconde avant de le produire sur le violon. Je prépare les doigts, l'archet, je prends en compte l'endroit où je me trouve, la sonorité que je viens d'utiliser, celle que je veux atteindre. C'est difficile à expliquer, mais je suis parfaitement conscient de ce processus d'anticipation. 

Pas de temps pour penser, ou rêver? Seulement le chant de la musique à venir?

Oui, qui m'habite totalement. Il n'y a plus rien d'autre. Mais, pour être honnête, cela ne se réalise pas chaque fois... J'utilise aussi l'acoustique de la salle comme un instrument supplémentaire. Et, dès les premières minutes du concert, je perçois le public, je sens s'il a des oreilles. 

Vous le choisissez parfois, ce public. Pendant la Seconde Guerre mondiale, vous avez joué pour les soldats américains sur le front et, depuis 1956, dès qu'une crise éclate en Israël, vous vous y rendez, votre violon sous le bras. Mais vous n'avez jamais voulu jouer en Allemagne.

C'est quand il y a des difficultés qu'il faut montrer sa solidarité. Parfois, la musique peut rendre la vie un peu plus supportable, ne serait-ce que quelques minutes. Les artistes sont des êtres humains comme les autres, mais nous avons notre musique pour nous exprimer et parler, s'il le faut, à 5 000 personnes à la fois. Jouer du violon, c'est s'engager dans un dialogue affectueux avec des auditeurs, un peu comme on fait l'amour. Je joue pour chaque auditeur, individuellement. Les souvenirs de la période horrible du nazisme m'ont toujours empêché de jouer en Allemagne: je ne peux pas faire l'amour avec un auditoire composé d'Allemands. C'est un fardeau personnel que je ne tiens pas à transmettre. Récemment, j'ai enseigné quelques musiciens en Allemagne. Mais je n'ai pas apporté mon violon. 

Lors d'un fameux concert à Jérusalem, le 23 février 1991, pendant la guerre du Golfe, vous avez joué devant un public qui portait des masques à gaz.

Je jouais un concerto de Mozart avec l'Orchestre philharmonique d'Israël dirigé par Zubin Mehta, quand soudain celui-ci est venu vers moi: «Isaac, il y a une attaque de missile, il faut arrêter le concert.» L'orchestre s'est retiré, je sentais la nervosité gagner le public. J'ai pris mon violon et j'ai joué la Partita en ré mineur pour violon seul, de Bach. C'était drôle de voir tous ces gens dans la salle avec leur masque à gaz qui leur faisait des petites figures porcines. Et, doucement, ils ont commencé à se détendre... Je voulais juste me sentir utile, défier par la musique la rage de destruction... Aujourd'hui, Israël vit une tragédie. Que va-t-il arriver aux jeunes Arabes qui ont grandi avec la haine et le désir de mourir en martyrs? Et aux jeunes Israéliens qui refusent d'accepter que les autres ont eux aussi le droit de vivre et de penser comme ils le veulent? 

La musique est pour vous un moyen de préserver un peu d'humanité?

La musique, c'est comme une rivière à laquelle l'eau ne manque jamais. Elle continuera bien plus longtemps que les gens ne peuvent vivre. Ce qui m'intéresse le plus, c'est de permettre aux enfants de prendre part à cette histoire de la beauté. Je crois que tous les êtres humains comprennent naturellement les sons et les rythmes (cela commence par le battement du c?ur de leur mère). Dès l'âge de 4 ans, les enfants devraient apprendre la musique, car elle n'implique ni connaissance ni rationalisation. Le tempo, la régularité, la discipline viendront d'eux-mêmes et les jeunes musiciens les transféreront automatiquement dans la lecture, l'écriture, l'arithmétique. 

Pensez-vous avoir un devoir de transmettre votre art?

J'ai eu le bonheur de connaître tous les grands musiciens, les grands chefs d'orchestre, les compositeurs depuis les années 30. Et je voudrais partager cette richesse. Pour moi, l'éducation artistique est non un luxe destiné à une élite, mais la base de toute société civilisée. Il y a quelque temps, j'ai reçu au Carnegie Hall les 40 superintendants des écoles de New York. Au lieu de faire un discours, je leur ai donné à chacun un violon, je leur ai montré comment placer l'instrument, et j'ai joué en leur demandant de m'accompagner avec quelques notes: «Pom pom pom pom pa, pom pom pom pom pa...» Au bout de trois quarts d'heure, ils ne voulaient plus s'arrêter. Ce jour-là, les responsables de l'éducation dans cette ville ont compris quelque chose. 

Vous adorez enseigner, n'est-ce pas?

Oui, mais je ne prends jamais un instrument avec moi, car je ne veux pas que mes élèves essaient de me copier. Si je dois leur montrer une mesure, je le fais sur leur propre violon, pas plus de dix ou quinze secondes. Juste pour leur prouver qu'ils peuvent le faire eux aussi. J'essaie de les aider à s'écouter eux-mêmes, à s'interroger sur ce qu'ils font. Je veux qu'ils comprennent que la musique ne se résume pas à de petits points noirs portés sur un papier. La musique, c'est ce qu'il y a entre les notes, c'est la manière dont on se rend de l'une à l'autre. C'est une pulsation, une continuité. 

Vous insistez aussi souvent sur l'importance du silence.

Si je parle fort et que tout à coup je marque un silence... [il s'arrête de parler] je suscite immédiatement l'attention. J'ai compris cela il y a au moins trente ans: je peux parler de la même manière avec mon violon, et ainsi contrôler le public. C'est un pouvoir dont je ne peux plus me passer [Isaac Stern s'arrête de nouveau, à l'écoute]. Vous entendez? [Sur la terrasse, un coup de vent fait sonner les tuyaux d'un carillon.] C'est un si joli son... Vous voyez la colline là-bas, les champs, nos deux autres maisons... Presque pas de voitures. Jamais d'avion... Ecoutez encore... Vous entendez le silence? C'est si rare d'entendre le silence... J'ai tellement de chance, vous savez. 

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Ce 24 avril est, pour la première fois en France, jour de commémoration du génocide arménien. L’occasion de revenir sur l’histoire si particulière de cette église, devenue religion d’état entre 301 et 314 après Jésus-Christ.

L’Arménie peut s’enorgueillir d’avoir été le premier royaume chrétien de la planète. C’était entre 301 et 314 après Jésus-Christ. Le roi Tiridate IV adopta le christianisme comme religion d’État en se faisant baptiser par saint Grégoire l’illuminateur qui l’avait converti alors que Tiridate persécutait les chrétiens. Il avait d’ailleurs mis en prison l’ardent évangélisateur. Ce roi en fera le premier «catholicos d’Arménie». Ce titre est toujours celui des responsables de cette Église chrétienne très originale.

Participation aux trois premiers conciles

L’autre caractéristique, qui explique le lien intime entre cette Église et son pays, est l’alphabet arménien, si caractéristique. Il a en effet été créé en 405 pour permettre de traduire, par écrit, la Bible et les textes liturgiques qui étaient jusque-là rédigés en grec. Sahak Ier, le catholicos de l’époque, chargea le savant Mesrop Machtots de cette tâche. Il créa de fait une langue, le grabar, qui servit ensuite de ciment de consolidation de l’unité de ce pays et qui inscrivit la foi chrétienne au cœur du destin et de l’identité arménienne.

La troisième caractéristique de l’Église arménienne est théologique. Sur l’échelle du temps chrétien, son histoire précoce la situe parmi les toutes premières Églises constituées qui participèrent donc aux trois premiers conciles: le premier concile de Nicée en 325, le premier concile de Constantinople en 381, le concile d’Éphèse en 431.

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On les appelle d’ailleurs «les Églises des trois conciles» parce qu’au concile suivant, celui de Chalcédoine en 451, une première rupture intervint entre plusieurs Églises à propos de la «double nature», divine et humaine du Christ. Certains ne pouvaient concevoir la subsistance de cette double nature dans une même personne.

L’Église d’Arménie n’y était pas représentée pour des raisons politiques, car le royaume était en guerre contre les Perses. Sans adopter exactement la position théologique des Églises syriaques, coptes et éthiopiennes - dites «monophysites», pour qui le Christ n’a qu’une nature divine - qui firent sécession, l’Église arménienne prit alors son indépendance théologique en 555. Elle la maintient toujours farouchement, même si elle entretient de bonnes relations avec toutes les Églises chrétiennes, comme l’ont montré, par exemple, les visites des papes Jean-Paul II et François.

850.000 fidèles de l’Église arménienne catholique dans le monde

Dernière caractéristique: l’Église arménienne apostolique connut une division en 1741, avec la création de l’Église arménienne catholique. Un moine syrien, Apraham Ardzivian, qui deviendra Berdros Ier, soucieux de réaliser l’unité avec Rome, fut pour cette raison chassé d’Alep et créa un monastère au Liban. Le pape Benoît XIV le reconnut, créant ainsi l’Église arménienne catholique. Elle compte aujourd’hui 850.000 fidèles dans le monde, dont 450.000 en Orient, 400.000 en Arménie et dans les pays de l’ex-URSS. Elle est placée sous la responsabilité de Grégoire Bedros XX Ghabroyan.

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8 millions de fidèles dans le monde pour l’Église arménienne apostolique

Quant à l’Église arménienne apostolique, elle compte 8 millions de fidèles dans le monde. Elle est très implantée en Arménie, mais aussi aux États-Unis, en Grèce et en Iran. Elle est sous la responsabilité du «catholicos de tous les Arméniens», Karékine II. Son siège est à Etchmiadzine, près d’Erevan. Il est directement responsable de la zone européenne, la Géorgie, l’Azerbaïdjan et la Russie. Mais il existe un second catholicos, Aram Ier, «catholicos de la Grande Maison de Cilicie» dont l’autorité s’étend aux Arméniens du Liban et sur la diaspora américaine, grecque et iranienne. L’Église Arménienne a aussi un patriarcat à Jérusalem depuis 638.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 24/04/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

 

 

sept jours après le 15 .....

..>>>>>Regis Debray>>>>>  ..

. >>>>>>>signes>>>>>>>>

 

....... voici la copie du message envoyé à ma liste de diffusion " PROCHES " ...soit environ une quarantaine de destinataires ......

 

 

 

 

à : XXXXXX

objet : ùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùù Joyeux EARTH DAY !

....chers proches sur cette " terre' ...ci-joint EN ce lundi de PÂques ....

 

Joyeux Jour de la Terre 2019 ! Découvrez des organismes exceptionnels et ce qui les rend uniques dans le #GoogleDoodle du jour ! 

https://g.co/doodle/q6uy6h

Après les sept jours douloureux et dramatiques de la Passion du Christ (Semaine sainte), le jour de la Résurrection, le premier jour d'une nouvelle semaine, inaugure un temps nouveau de paix et de joie. C'est un « huitième jour » destiné à durer toute une semaine de sept dimanches et à préfigurer une éternité paisible et radieuse

 

 

Ayant ainsi parlé, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

Il leur dit une seconde fois: "Paix avec vous!" Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie."

Après ces paroles, il souffla sur eux et leur dit: "Recevez l'Esprit-Saint."

"Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus."

Mais Thomas, l'un des douze, celui qu'on appelle Didyme, n'était pas avec eux lorsque Jésus vint.

Les autres disciples lui dirent donc: "Nous avons vu le Seigneur." Mais il leur dit: "Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt à la place des clous et ma main dans son côté, je ne croirai point."  >>>>>>>>>>

 

 

CORRELATs

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Ce haut responsable au Vatican publie un livre sur la crise de l’Église. Très touché par la destruction de Notre-Dame, il y trouve pourtant une signification.

Il est africain de Guinée. Il a 73 ans. Il est amoureux du Christ. Il est amoureux de l’Église. Il aime la France. Depuis Rome, le cardinal Robert Sarah regarde Notre-Dame de Paris brûler. Et médite: «Cet incendie est un appel de Dieu pour retrouver son amour. Par ces brasiers apocalyptiques, Dieu a voulu attirer l’attention des hommes pour qu’ils puissent retrouver la foi de leurs ancêtres. Cet appel est directement et spécialement adressé à la France. La belle nation de Saint Louis et de Jeanne d’Arc, de Charles Péguy et de Paul Claudel a toujours eu un rôle particulier dans la diffusion de la foi. Il faut parfois le feu pour nous ouvrir au Ciel…»

«L’enseignement de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris est simple et extraordinaire en même temps. Il appelle au réveil pressant de la foi française et à celle de l’Occident»

Le Cardinal Sarah

Ses mots sont ardents. Comme son âme… Il parle lentement, sans hausser la voix, de l’intérieur. N’était sa ceinture rouge de cardinal passée sur une simple soutane, on vêtirait cet homme de Dieu d’une coule monastique. Après un silence, il ajoute: «L’enseignement de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris est simple et extraordinaire en même temps. Il appelle au réveil pressant de la foi française et à celle de l’Occident. Il nous dit que les questions matérielles ou économiques ne peuvent, seules, conduire nos vies terrestres. Un amour nous est proposé. Il faut absolument tourner notre regard vers Dieu.»

Et ce pasteur, aujourd’hui en charge pour le monde entier de la liturgie catholique - il est préfet de la congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements -, exprime son émerveillement devant «les jeunes venus de toute part pour prier autour de l’édifice médiéval alors que les flammes ravageaient inexorablement le toit et la flèche». Cette jeunesse catholique, inattendue en France, il la perçoit comme «une première manifestation éclatante de ce nouveau chemin vers le Ciel».

La foi d’un peuple

Ce vieux sage qui a vu la guerre civile dans son pays natal où sa tête était mise à prix regarde l’avenir: «Ici et maintenant, comment le peuple français du XXIe peut-il retrouver l’amour de Dieu? La cathédrale Notre-Dame de Paris est un monument magnifique, somptueux, délicat qui fut la réponse de foi d’un peuple à l’amour que Dieu lui portait. La restauration de la cathédrale doit être la manifestation concrète d’une foi régénérée.»

» LIRE AUSSI - Incendie de Notre-Dame de Paris: le désastre

Cette cathédrale, le cardinal Sarah ne tardera pas à la revoir de près, lors de l’un de ses prochains séjours en France, comme une malade, rescapée de la mort, sous perfusion, promise à une longue cure de soin. Le prélat vient de publier chez Fayard un troisième gros livre. Après les succès de Dieu ou rien. Entretien sur la foi et La Force du silence, c’est Le soir approche et déjà le jour baisse, titre énigmatique, crépusculaire, mais œuvre profondément stimulante. Par le jeu des questions-réponses avec l’écrivain Nicolas Diat, ce spirituel Africain livre cette fois, après avoir raconté sa vie étonnante dans un premier volume, sa spiritualité dans le deuxième, sa vision de l’Église catholique et… de ses problèmes.

«La restauration de la cathédrale doit être la manifestation concrète d’une foi régénérée»

Le Cardinal Sarah

Les titres des chapitres de ce livre diagnostic sont explicites. Quelques morceaux choisis: «la crise de la foi», «la crise du sacerdoce», «la haine de l’homme», «la haine de la vie», «les erreurs de l’occident», «les séductions trompeuses», «le déclin du courage», «la marche funèbre de la décadence»… Ce pourrait être une série noire, un livre de vendredi saint. Sauf qu’une constante traverse l’ouvrage comme une lumière, partout exprimée. C’est d’ailleurs l’un des titres de chapitre «Dieu ouvre sa main». Certes, l’homme de Dieu dénonce avec vigueur ce qui ne tourne pas rond à ses yeux dans l’Église et dans le monde. Mais il ne cède rien à la sinistrose ambiante.

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«J’ai d’abord fait cet ouvrage pour casser le désespoir, soutenir et réconforter les prêtres en cette période de tourmente»

Le Cardinal Sarah

C’est donc un vrai livre d’Espérance. «L’Église traverse son vendredi saint confie-t-il, mais j’ai d’abord fait cet ouvrage pour casser le désespoir, soutenir et réconforter les prêtres en cette période de tourmente, pour les aider à ne pas se laisser atteindre par le découragement, qui est la pire des choses pour des porteurs d’Espérance.» À cet égard il lance: «Je veux dire à tous les prêtres: restez forts et droits.»

Et ponctue: «Le diable cherche à nous faire douter de l’Église. Il veut nous faire croire que l’Église a trahi. Mais l’Église ne trahit pas. Il y aura toujours assez de lumière en elle pour ceux qui cherchent Dieu.» Il reconnaît toutefois le trouble actuel: «L’Église ne connaît plus sa mission. Elle ne sait plus ce qu’elle doit enseigner. Et les catholiques vivent dans la confusion la plus totale.» L’Église se trouve donc à «tournant». Mais la seule «réforme» sera «notre conversion». Ainsi exhorte-t-il: «Vous voulez relever l’Église? Mettez-vous à genoux!» Car «ce sont les saints qui changent les choses». «Sans spectacle» et dans le «secret du cœur».

Dossiers difficiles

Une crise de l’Église qu’il juge providentielle. Après l’agonie du Christ, il y aura Pâques: «C’est une grâce d’être ainsi humiliés. Nous avons trahi. Nous allons nous rendre compte combien nous sommes descendus aussi bas. Cette humiliation est un don de Dieu. Elle peut se révéler être une grâce. Dieu intervient plus que jamais.»

«Je ne m’oppose pas au pape François ! Que l’on cesse de m’opposer à lui. Je suis son collaborateur»

Le Cardinal Sarah

Parmi ces dossiers difficiles, deux le rendent particulièrement combatif. Le célibat sacerdotal et l’immigration. Sur la question du célibat, il dénonce «les pressions» exercées sur l’Église pour qu’elle «change sa doctrine». Or, affirme-t-il, «tant de prêtres et religieux vivent la chasteté parfaitement» et «ce ne sont pas des refoulés». Quant à «séparer le célibat du sacerdoce, un trésor, ce serait une ruine totale, une grande tristesse». Sur l’immigration, il s’érige, en Africain, contre les «filières mafieuses des passeurs». Mais critique «le pacte de Marrakech» qui va produire «l’inverse» de ce qu’il promet, à savoir des «migrations sûres, ordonnées et régulières». L’Europe pourrait «disparaître» avec un «islam envahissant».

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Deux dossiers où ce que dit le cardinal Sarah ne cadre pas avec la pensée du pape François. Et qui donnent l’impression qu’il serait l’un des «opposants» du pontificat actuel. Il est vrai qu’il est le seul à avoir le courage de s’exprimer aussi ouvertement: «le Pape connaît ma pensée, je ne cache rien, tout est écrit», se justifie-il. Mais il s’indigne profondément quand on veut faire de lui un «chef de parti». Ce résistant dans l’âme affirme: «Je ne m’oppose pas au pape François! Que l’on cesse de m’opposer à lui. Je suis son collaborateur, et la meilleure collaboration pour un cardinal est de dire l’enseignement de l’Église et la doctrine de toujours. Ce ne sont pas mes idées personnelles. Je trahirais si je disais des choses auxquelles je ne crois pas. Je ne suis pas un révolté, je suis seulement soucieux de la façon dont, aujourd’hui, nous prenons la liberté d’interpréter un héritage que nous avons reçu et de la façon dont on voudrait réduire la mission et l’enseignement de l’Église.»

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 20/04/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

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Les Français d’aujourd’hui sont les dépositaires d’un héritage qui les dépasse et qui appartient à l’humanité entière. Quelques générations, bien avant eux, ont touché à ce souffle intemporel et universel de l’être dont l’universalisme intellectuel n’est qu’une pâle transposition. Notre-Dame n’est pas plus française, ni moins, que le Taj Mahal n’est moghol, que Pétra n’est jordanienne ou que Sainte-Sophie n’est turque. Notre-Dame est l’une de ces enclaves de l’absolu qui parlent la langue commune de l’humanité, n’appartenant à personne mais intelligible de tous. C’est pourquoi le sort de Notre-Dame concerne toute l’humanité civilisée. Et c’est pourquoi la jubilation sur ses cendres désigne ceux qui ne méritent d’appartenir à aucune forme de société, tout juste de recevoir leur pitance à travers les barreaux de la cage. Le fait qu’un grand nombre de ces Orques et Gobelins aient été non seulement tolérés, mais encore nourris et protégés par l’Afrance d’aujourd’hui éclaire dans toute sa fatalité la logique de l’immolation de Notre-Dame. Dans l’Afrance d’aujourd’hui, cette nef qui a traversé neuf siècles de troubles avait plus de raisons de flamber que de rester intacte.

Notre-Dame de Paris. Dans nos têtes, infailliblement, le nom évoque bien plus qu’une architecture. Il rappelle «la double solennité, réunie depuis un temps immémorial, du jour des Rois et de la Fête des Fous». Il réveille le joyeux chahut des escholiers et des moinillons, il anime les silhouettes du bon peuple de Paris s’amassant dans ce qui était alors le plus vaste espace couvert au monde, et qui servit aussi bien, des siècles durant, à célébrer Dieu qu’à abriter les mules et les va-nu-pieds.

Notre-Dame fut bâtie une première fois par des générations de maçons et une deuxième fois par un seul homme, posté nu devant son lutrin et giclant frénétiquement, en moins de trois ans, à la plume d’oie pâteuse sur d’immenses feuilles de papier, un univers complexe dont ses malingres descendants armés de traitements de texte et de bases de données ne pourraient esquisser la centième partie sans s’y noyer. Notre-Dame de Paris, depuis deux cents ans, est mariée dans sa démesure au génie extravagant du plus grand romancier qui fut.

Qu’elle s’ancre dans l’obscure persévérance des compagnons ou la fulgurance démoniaque de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris témoigne du passage d’une autre race sur cette terre, d’une race de géants. Échouée au nanométrique XXIe siècle, elle y «brille comme une vieille épée qu’on déterre» (Tsernianski), comme une de ces armes dont on se demande, en les voyant aujourd’hui, quel poignet pouvait les manier. Et quelle chair survivre à leurs coups.

La négligence est pire que le crime

Voici des décennies qu’elle gisait là, comme Gulliver à Liliput, entravée d’un réseau de câbles, envahie d’un grouillement de touristes, truffée d’une forêt de dispositifs et de règles de sécurité. Et voici que la grâce des flammes l’a libérée— pour quelques années au moins — de ce servage industriel indigne d’une servante de Dieu.

«Notre-Dame s’est échappée!» Je roulais ce lundi soir vers ma maison pendant que mon téléphone posé sur le siège passager faisait défiler les images que m’envoyait un ami. Ce n’était pas possible! Ma gorge hésitait entre le rire et le sanglot. «Elle s’est échappée!» ai-je fini par dire, tout haut. «Affranchie!»

Notre-Dame était une scandaleuse irruption d’éternité dans le poulailler de l’instant-culture. Elle était l’otage d’un temps et d’une population — peut-on encore parler de peuple? — incapables de la comprendre et trop faibles pour la sauvegarder. Avant même d’avoir maîtrisé l’incendie, on l’a proclamé accidentel, enclenchant d’emblée l’appareillage de la restriction mentale devenue obligatoire lors de chaque traumatisme collectif.

Accidentel, soit! Un avion se crashe par accident: on désigne aussitôt le pilote, le fabriquant, l’aiguilleur — bref quelqu’un. Cinq jours plus tard, à Notre-Dame, c’est toujours personne. La buée de l’émotion est plus dense encore que les sinistres fumées jaunes de lundi. Soupirer tant qu’on veut, ne surtout pas réfléchir: doctrine appropriée pour les humains au «cœur dur et à la tripe sensible» comme Bernanos diagnostiquait ses contemporains.

Accidentel, nécessairement! Toute autre hypothèse est impensable et, surtout, insoulevable pour les épaules malingres des nains gestionnaires. On a vu l’ex-architecte de la Dame étaler sa stupéfaction chez Pujadas: ça ne brûle pas comme des allumettes, le chêne presque millénaire! «Il faut mettre beaucoup de petit bois pour y arriver!», lâcha-t-il en plaisantant à moitié, créant la gêne sur le plateau. Dès le lendemain, le gouvernement mit en place une «communication davantage centralisée» afin que les architectes et autres gardiens du patrimoine ferment leur bec.

Les rois foireux

On fuit comme la peste l’idée du geste intentionnel. Comment affronter des terroristes qui auraient le pouvoir de frapper ce pays en son cœur même? Et que faire si l’analyse rationnelle devait aboutir à un scénario de type «incendie du Reichstag», ou tout du moins à une exploitation cynique d’une catastrophe historique par le pouvoir en place? Prendre les armes? Qui, parmi ces conspirationnistes de réseaux sociaux, aurait la force d’aller au bout de ses conclusions?

La piste criminelle est un cauchemar, mais la piste accidentelle est pire. D’un côté, on aurait affaire, dans le «système» ou hors de lui, à des criminels hideux mais capables. De l’autre, à des jean-foutre absolus, sans aucune valeur, qui auraient tellement dépouillé et désorganisé l’État qu’il n’est plus capable de veiller efficacement sur le premier monument de France (et son plus gros atout touristique)(1).

Mais la Dame n’en a cure, de ces discussions académiques. La Dame s’est envolée vers le ciel drapée dans ses volutes jaunes. On peut bien promettre pour dans cinq ans une cathédrale reconstruite «plus belle qu’avant», blanchir les milliards des évadés fiscaux, appeler au «geste architectural contemporain» (= provocation prétentieuse en langue de bois d’énarque), rivaliser de mauvais goût et de transgressions. Rien ne rendra au socle de pierre sa «forêt» de chênes que quatre générations de bûcherons et de charpentiers affinèrent avant d’oser la hisser sur les ogives. Le nom du nain qui l’a laissée partir en fumée est d’ores et déjà gravé — ce seul exploit y suffit — dans la lignée des rois foireux, après celui qui, le jour même de son investiture, fut contraint par la foudre de retourner penaud sur son tarmac au lieu d’aller montrer patte blanche à la reine teutonne, à Berlin (2). Le doigt de Dieu n’est pas une plaisanterie. Notre-Dame de Paris, le roman aussi monumental que le temple, ne s’ouvre-t-il pas sur le mot ANÁΓKH (anankè): fatalité?

 

NOTES
  1. Comme l’a résumé le grand diplomate et militant humanitaire Craig Murray: «Comme d’autres Etats occidentaux, la France possède d’incroyables technologies, amassées à coups de trillions d’euros, capables de détruire des villes entières en un instant. Mais elle a investi dans des échelles et des lances trop modestes pour sauvegarder Notre-Dame et son héritage…»

  2. Élucidant du même coup le quatrain d’Onuphre que je citai dans mon éditorial du Nouvelliste le 18 mai 2012: «Lorsque Hollande Hongroys vaincra/Et tiendra couronne de France,/Ciel son vol foudroyera/Par despit de male alliance.»

  • Article de Slobodan Despot paru dans la rubrique «Le Bruit du Temps» de l’Antipresse n° 177 du 21/04/2019.

 

Régis Debray: «Nous autres, civilisations…»

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TRIBUNE - Notre-Dame de Paris est le lieu où convergent deux filiations souvent brouillées, la religieuse et la politique, médite l’écrivain*.

Difficile, fût-ce à son corps défendant, de ne pas se souvenir de Valéry, de ne pas attacher une portée symbolique à la catastrophe. Plus qu’une atteinte au patrimoine, à l’économie du tourisme et à nos familiarités parisiennes, c’est une blessure grave. Pas seulement pour les âmes pieuses et la tradition catholique, qui est à la peine. Un souverain pontife renonçant à sa charge, un primat des Gaules condamné à une peine de prison, les éminences ici et là inculpées, les séminaires désertés, et maintenant Notre-Dame incendiée: les événements prennent pour l’Église romaine un tour calamiteux.

Et pourquoi ne pas rappeler que la France, vouée à la Vierge Marie depuis Louis XIII, a la madone pour patronne traditionnelle. De Gaulle ne parle pas par hasard dans ses Mémoires de guerre de la «madone aux fresques des murs» et de «Notre-Dame la France». Quelle que soit notre perte de mémoire collective, c’est une certaine substance populaire et nationale qui est atteinte, à travers un point nodal de la communauté civique, un facteur de concorde et non de discorde, le point zéro des routes de France, où ont pu converger deux filiations souvent brouillées, la religieuse et la politique.

Un bourdon d'orgue étrangement patriotique

Plus que Reims ou Chartres, d’être située au cœur de la capitale donne à la basilique métropolitaine la résonance d’un bourdon d’orgue étrangement patriotique. La France ne se déclare plus fille aînée de l’Église, mais si nous avons justement débouté l’alliance entre les Églises et l’État, le plus laïque d’entre nous ne peut récuser cette continuité millénaire. Après tout, c’est là que fut célébrée sous la Révolution la prise de la Bastille, et ensuite la déesse raison. Il y fut chanté le Te Deum pour Charles VII et pour Charles de Gaulle, et célébré les funérailles de Turenne comme du général Leclerc.

On y bénissait les étendards, on y suspendait nos drapeaux. Les rois de la Bible, au-dessus du portail, furent vandalisés parce qu’identifiés à tort aux rois de France. Le sacre de Napoléon eut le temple pour théâtre. Même si les autorités de la République se sont abstenues, par une interprétation stricte de la laïcité, d’assister au Te Deum de 1918, personne n’a manqué à celui de 1944. Parce qu’il y a une constance dans notre histoire, qui va de Philippe Auguste, voire des Mérovingiens, à nos brefs monarques agnostiques, du XIIe au XXe siècle. Le sanctuaire n’a cessé de vivre au rythme des deuils et des espoirs, des liesses et des détresses de la République, comme récompense et ultime recours.

» LIRE AUSSI - Les grandes dates de Notre-Dame de Paris, au cœur de l’histoire de France

Abîmé par le feu mais sauvé par la littérature, le lieu de mémoire restera une présence tutélaire, avec Hugo bien sûr mais aussi Péguy, Claudel et Proust. «Ceci tuera cela», a fait dire Hugo à son archidiacre, devant Notre-Dame. Le petit livre imprimé, le gigantesque édifice. Le papier, le Pape. C’était au Moyen Âge. Et si le livre de papier allait maintenant survivre au livre de pierre?

N’empêche qu’on peut se poser la question de savoir ce qui va rester des trois arcs-boutants, des trois fonts baptismaux qui étaient pour Valéry la source et le socle de notre Europe: La Grèce avec Homère et Platon, mais qui apprend encore le grec à l’école? Rome, avec César et Virgile, mais qui pratique encore, comme le jeune Rimbaud, les vers latins? Et maintenant, le christianisme, avec sa charpente et ses flèches, ses secrets et ses rites? Notre civilisation, en ce cas, passerait de l’ère de la commémoration à celle de l’archéologie. Ce qui irriguait va-t-il nous laisser à sec? Ce qui nous faisait lever les yeux, faudra-t-il le chercher dans nos sous-sols? Une mauvaise pensée, à chasser de sa tête.

* Régis Debray a publié récemment «Bilan de faillite» (Gallimard, 2018).

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 17/04/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

 

 

 
 

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Le recteur de Notre-Dame de Paris fait le récit de cette nuit, durant laquelle la cathédrale a été détruite par un incendie.

«Pour vous dire la vérité, je suis resté sur le parvis, les bras ballants. Je voyais ma cathédrale partir en flammes. Pour moi, c’était l’Apocalypse.» Voici comment mardi matin, très simplement, avec son franc-parler, Mgr Patrick Chauvet, le recteur de Notre-Dame de Paris, prend le temps de raconter au Figaro cette nuit au goût de cendres. Des heures d’une «grande tristesse» où il a cru un moment que cette «vieille dame» de 855 ans allait totalement disparaître.

La «sidération» débute vers 19 heures. «J’étais dans la rue du Cloître, je rentrais chez moi.» Au loin, vers l’ouest, le soleil, qui a illuminé Paris toute la journée, commence à décliner. Soudain, un commerçant de l’île de la Cité interpelle le recteur: «Monseigneur, regardez: de la fumée sort de la flèche!» L’homme qui connaît tous les recoins de l’édifice, sa «maison» depuis qu’en 2016 il a été nommé recteur-archiprêtre de la cathédrale Notre-Dame de Paris, charge qu’il a auparavant exercée à la basilique du Sacré-Cœur, est sidéré. Il sait les accès difficiles, l’étroitesse des escaliers, la hauteur de la flèche…

«Nous avons improvisé»

«Au bout d’un moment, les pompiers ont dû arrêter. Le plomb qui coulait… Ça devenait trop dangereux»

Mgr Chauvet, recteur de Notre-Dame de Paris

Les minutes passent. Les fidèles de la messe du soir ont été évacués. Le risque humain est écarté. Les pompiers sont entrés en action et, eux, prennent tous les risques. Pour tenter de maîtriser le feu qui s’acharne sur la toiture, pour refroidir les pierres brûlantes et pour sauver le trésor et les œuvres d’art. «J’ai expliqué aux pompiers où cela se trouvait. La Couronne d’épines, dans la chapelle du fond. La Tunique de Saint-Louis, qui fait partie du trésor, près de la sacristie. Ils prenaient un énorme risque, du plomb en fusion tombait déjà dans la nef…» Dehors, sur le parvis, les secours s’organisent. Pompiers, personnel de la cathédrale et Mairie de Paris se coordonnent. «Nous avons bien sûr une procédure précise d’évacuation des personnes. Mais ce n’est pas le cas pour les biens. Nous avons improvisé. Mme Hidalgo m’a proposé un camion. Nous avons donc pu sauver la Couronne, mise au coffre à la Mairie de Paris, le trésor et quatre grands tableaux.» Les biens sont transportés en sécurité, en face de l’île de la Cité, à l’hôtel de ville. «Au bout d’un moment, les pompiers ont dû arrêter. Le plomb qui coulait… Ça devenait trop dangereux.»

«Les pompiers étaient clairs. Ils nous ont dit: il reste encore une demi-heure de combat. Vers 23 heures, on saura si on a gagné.

Mgr Chauvet, recteur de Notre-Dame de Paris

Depuis le parvis, Mgr Chauvet continue d’avoir le regard obnubilé par la flèche dévorée par les flammes. La dentelle de pierres de Viollet-le-Duc se tord sous l’effet de l’intense chaleur, ploie. Puis, peu avant 20 heures, tombe sous les yeux du monde entier. «Un tel sentiment de désarroi, d’impuissance m’a alors pris…» Le recteur se ressaisit, se tourne vers les soldats du feu. «À ce moment-là, la tour nord était gagnée par les flammes. Le général des pompiers nous a alors expliqué la technique qu’il comptait mettre en œuvre. Il nous a aussi clairement dit que s’ils ne parvenaient pas à éteindre le feu dans ce beffroi, il tomberait et entraînerait l’autre, la tour sud. La décision a été prise d’envoyer dix hommes dans des nacelles.» À cet instant, personne ne sait si Notre-Dame va tenir ou si ces grands diables de flammes orangées qui courent sur son sommet vont finir par tout emporter. «Les pompiers étaient clairs. Ils nous ont dit: il reste encore une demi-heure de combat. Vers 23 heures, on saura si on a gagné. Il y a eu un grand silence.»

Une demi-heure de prière pour l’archiprêtre: «J’ai prié Notre-Dame. J’ai dit des “Je vous salue, Marie”. Je lui ai parlé aussi. Vous savez, c’est ma maman du Ciel. Je lui ai dit: “Tu ne m’as jamais abandonné. Fais quelque chose. Là, je m’abandonne à toi.”» Le temps s’arrête. Le sort de huit siècles d’histoire est en train de se jouer. La «forêt», cette merveille de poutres provenant de chênes plantés il y a mille ans, a brûlé mais la pierre résistera-t-elle? Les cloches de la tour nord vont-elles tomber, entraînant dans leur chute tout l’édifice?

Découvrir «l’Apocalypse»

«Le pire a été évité, même si la bataille n’est pas totalement gagnée. Les prochaines heures seront difficiles…» Lorsque le président de la République prend la parole, devant la cathédrale, les pompiers ont été plutôt rassurants.«Nous rebâtirons Notre-Dame.» Par trois fois, Emmanuel Macron répète ces mots qui font écho aux bâtisseurs des cathédrales. À côté, Mgr Chauvet songe aussi à ces compagnons anonymes qui, au Moyen-Âge, ont élevé cette maison de Dieu pour l’éternité.

» NOTRE DOSSIER - Incendie de Notre-Dame de Paris: le désastre

Le groupe des officiels, le chef de l’État en tête, se dirige maintenant vers l’entrée de l’édifice. Peut-être une hésitation au moment de franchir le seuil, la peur de découvrir «l’Apocalypse». «À ce moment, on s’est donné la main avec le président. Je ne sais pas pourquoi. C’était très naturel bien qu’on ne se connaisse pas, qu’on ne se soit jamais rencontrés. Peut-être a-t-il tout simplement senti combien j’étais touché.» À l’intérieur de la cathédrale, c’est ce trou béant dans la toiture qui frappe d’emblée. Le groupe reste sur le seuil. Trop dangereux de progresser plus avant dans la nef. Au fond, l’autel est recouvert de poutres calcinées mais la statue de la Vierge est debout, intacte ainsi que la «croix victorieuse» qui brille encore bien que noircie par les flammes. Le feu n’a pas assombri les murs, n’a pas laissé d’odeur de brûlé.

«Toutes ces prochaines années vont être consacrées à la reconstruction. La messe ne sera plus célébrée ici»

Mgr Chauvet, recteur de Notre-Dame de Paris

Ce mardi matin, le recteur est à nouveau entré dans la cathédrale. À 3 heures du matin, une deuxième partie de la toiture s’était effondrée. «Ces deux trous béants, cette cathédrale à ciel ouvert, je vous assure, cela fait quelque chose», répète l’archiprêtre qui a participé à la réunion de crise destinée à faire un premier point sur les dégâts. Un recteur qui, âgé de 67 ans, voit aussi son avenir bouleversé par l’événement. «Bien sûr que rien ne sera comme avant. Toutes ces prochaines années vont être consacrées à la reconstruction. La messe ne sera plus célébrée ici.» Un temps d’arrêt. Mgr Chauvet sourit: «J’ai entendu Stéphane Bern dire sa tristesse, penser qu’il ne reverrait pas Notre-Dame restaurée de son vivant. Bien sûr, comme lui, je me dis: “Mon Dieu…” Mais moi, dans dix ans, j’aurai 77 ans et je serai encore debout! Et même si la limite d’âge est à 75 ans, je demanderai à mon archevêque de me prolonger pour deux ans! Je prends saint Paul à la lettre: “Espérez contre toute espérance.”»


Notre-Dame de Paris : les images de l'intérieur de la cathédrale - Regarder sur Figaro Live

 

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Cela fait plus de 2000 ans, qu'un dénommé Josua vient perturber l'eschatologie.... c'est-à-DIRE :  : ce monde.

 

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 a)...Par Bertrand de Saint Vincent
Mis à jour le 16/04/2019 à 23h16 | Publié le 16/04/2019 à 23h16

Par Bertrand de Saint Vincent

L’émotion est immense, intense. Elle transcende les frontières. De l’histoire, de la géographie, de la culture, de la religion. Des classes sociales. Devant Notre-Dame en feu, le monde a les larmes aux yeux. Les témoignages, qui affluent de toutes parts, sont d’une sincérité poignante. Modestes ou puissants, tous ont éprouvé le besoin de communier dans un magnifique élan de solidarité. Ce n’est pas un bâtiment qui part en flammes ; c’est une civilisation. L’âme d’un pays, son épopée, son génie universel. Les grandes figures qui ont marqué son destin, les croyances qui ont forgé sa grandeur. Racines chrétiennes de la France? Cette foi qui déplace des montagnes et bâtit des cathédrales, chef-d’œuvre d’art gothique, en est l’illustration. Avec un souci d’humilité, d’ouverture aux autres. La lumière du ciel que laissent passer ses vitraux bleutés n’appartient à personne. Notre-Dame de Paris s’offre à celui dont le cœur en franchit la porte. Il n’y a pas de droit d’entrée sur le parvis de la cathédrale ; pas d’interdit autre que le respect que l’on doit à la beauté et au travail des hommes. Ce lieu sacré invite à méditer sur soi-même, à s’élever au-dessus de cette condition humaine dont il détient, peut-être, une partie du secret. Lorsque la flèche qui surmonte l’édifice, rougie par des flammes que l’on serait tenté de comparer à celles de l’enfer, s’est brisée, c’est comme si chacun d’entre nous avait eu le cœur foudroyé ; le sentiment douloureux, tragique, impalpable que quelque chose d’essentiel venait de nous être dérobé. Le passé, mais aussi l’avenir. L’espoir de rester nous-mêmes et de regarder vers le haut, en aspirant à un monde meilleur. La nuit fut déchirante, zébrée de lueurs meurtrières. Au petit matin, le feu avait été maîtrisé. Entre-temps, réalisant soudain combien les sujets d’actualité pouvaient paraître «misérables», le chef de l’État s’était exprimé. Il n’a pas eu besoin de parler pendant six heures: «Nous rebâtirons Notre-Dame», a-t-il dit. La France a eu la certitude qu’elle ne perdrait pas son âme.

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b)

Fabrice Luchini: «On pourrait presque penser à un signe»

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TRIBUNE - Le comédien se dit frappé en plein cœur: «c’est la métaphysique qui descend dans l’hallucinant débat agité des combats politiques pour affirmer une tragédie, restaurer une gravité».

Je ne suis pas chrétien, mais depuis des années, tous les jours j’essaye, comme le demande Flaubert, d’observer, et j’essaye d’apprendre à regarder, à voir la beauté des choses. Je longe Notre Dame depuis des mois et des années et je fréquente presque naturellement l’incroyable beauté de cette cathédrale. Ce chef-d’œuvre absolu de l’art gothique accompagne les Parisiens comme une évidence, comme une consolation, comme une promesse.

Hier en rentrant sur scène, je me suis permis d’évoquer le drame de Notre Dame. Il était impossible de commencer un spectacle sur les écrivains et l’argent sans évoquer les flammes dans le cœur de Paris. Et le texte de Charles Péguy et sa passion chrétienne nous ont plongés dans une communion dont je ne mesurai pas la puissance. Notre Dame de Paris, c’est un symbole d’Occident. Même si on n’est pas chrétien, même si nous ne sommes plus chrétiens: la France est chrétienne. C’est un fait. Moi-même je suis frappé en plein cœur. Hébété. Quelque chose de supérieur est venu perturber les calendriers des rencontres médiatiques, de la vie anecdotique, de la frénésie. C’est la métaphysique qui descend dans l’hallucinant débat agité des combats politiques pour affirmer une tragédie, restaurer une gravité.

Ces flammes et ces cendres nous étreignent. Tout le monde est dépassé. On pourrait presque penser à un signe. Une œuvre d’art s’enflamme et nous restons sans voix. Le peu qu’il nous reste nous permet d’affirmer, d’admirer, d’acclamer le courage inouï des soldats du feu de Paris.

* A publié «Comédie française. Ça a débuté comme ça...» (Flammarion, 2016).

 

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