Ô...bonnes gens de bonne volonté .... feMMe-hoMMe de France ...ENtre-vÔyons ...ENtre-Ôyons .. ENtre-Dé-cÔuvrons .... que NOUS sommes EN pleine périÔde d' ENtre-VENTION de l'HUMAIN ..... !!!!!!!!
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La souffrance aide parfois à trouver les mots, le désespoir laisse muet… d'où mon absence ces trois dernières semaines. Quand j'ai commencé à écrire pour Le Point, en novembre dernier, il était convenu que la police était dans un état incroyablement critique. C'est pourquoi j'ai pris ma mission très à cœur en vous parlant de mon métier du fond de mes tripes. Je l'aimais tellement, avant qu'il ne soit saboté de toutes parts, que je me devais de lancer quelques bouteilles à la mer.

Depuis, en plus d'un quotidien toxique, nous avons subi une série interminable de vagues jaunes, qui nous ont fait chavirer vers les abîmes. Oui, cela fait maintenant si longtemps que nous avons la tête sous l'eau que même nos SOS sonnent creux. Il est dit régulièrement que la majorité des Français soutient la police. Malgré cela, concrètement, nous avons vu et nous voyons toujours plus de démonstrations du contraire.

Mon voyage au bout de la colère se termine par un aveu d'échec. Ma colère est désormais périmée. J'étais loin de me douter qu'elle me manquerait tant. Je suis presque parvenu à faire le deuil de mes si profondes convictions au sujet de notre utilité. Certains ont cru que je m'agitais uniquement pour protéger les miens. Ma famille « Police » est en effet ce qui me donnait la force.

Selon moi, nous nous entretuerons avant que notre Terre ne périsse.

Il n'a jamais été question de considérer la parole des policiers comme évangile. Nous comptons évidemment dans nos rangs des gens imparfaits et parfois même au-delà. Néanmoins, l'ensemble ne mérite pas le poids des doutes et des attaques dont nous sommes l'objet. 99,99 % de nos trains arrivent à l'heure, n'en déplaise à nos détracteurs. D'un point de vue statistique, ce pourcentage est même en deçà de la réalité. Comment se fait-il que le sentiment qui prédomine soit inverse ? Que nous soyons sans cesse remis en cause. Pis, que ce soit nos contradicteurs qui décident au final de notre fonctionnement…

Sûrement parce que la vérité ne se traduit pas par un buzz. Elle n'est même plus entendue. La mauvaise foi a assurément de beaux jours devant elle, même si elle finira par tous nous faire crever.

Nous sommes nombreux, pour de si justes raisons, à nous inquiéter pour notre planète, d'un point de vue écologique. Cependant, selon moi, nous nous entretuerons avant que notre Terre ne périsse. Ce qui se passe en France en est pour moi l'ultime démonstration.

Notre pays n'a à envier à aucun autre sa beauté, son ouverture, la chance qu'il a donnée à chacun de nous, peu importe nos origines. Seulement, afin que cela perdure, il aurait fallu attacher un suprême intérêt au respect des règles de vie en société. Or, je suis bien placé pour dire que ces règles sont outrageusement souillées par un nombre croissant d'individus, qui, de ce fait, deviennent de plus en plus nuisibles. Si vous n'avez pas suffisamment ressenti l'atmosphère apocalyptique qui règne au-dessus de nos têtes, c'est qu'on vous en protège encore, mais jusqu'à quand ?

Il ne fait pas bon être un rêveur ni un policier, de nos jours…

Dans mes chroniques, j'ai simplement voulu dénoncer, sans tabou, que laisser les uns bouffer les autres ne pouvait pas entraîner de cercle vertueux. Ce qui se passe, par exemple, avec l'islam radical en France, est très révélateur de notre impuissance globale. Ne pas dénoncer notamment la prolifération indéniable du voile intégral dans nos rues revient à se tirer une balle dans le pied. Quand on pense que tout un tas d'irresponsables soutient cette épidémie de camisole au nom de la liberté...

Mes yeux voient, mes mots disent, voilà tout… Je ne cherchais pas à avoir raison, ni tort. Je voulais juste survivre et permettre à mes enfants d'en faire de même. Et j'ai la certitude que, sans cette police si conspuée, cela sera inévitablement plus difficile.

Je rêve d'un monde où les gagnants méritent leur victoire. Je rêve d'un monde où détruire n'est pas encouragé. Seulement, il ne fait pas bon être un rêveur ni un policier, de nos jours…

Une autre chose que je voudrais dire avant de partir en vacances. Si un jour le Rassemblement national arrive au pouvoir, puisque telle est la seule préoccupation de la politique actuelle, ce ne sera pas parce que les Français sont racistes. Toute ma vie, j'ai été témoin d'innombrables démonstrations attestant l'exact opposé.

Non, ce sera à cause de tous ces gens qui croient avoir le monopole du cœur, mais qui, réellement, n'en donnent jamais une miette et nous laissent seuls partager les nôtres. Ce sera à cause de ceux qui prétendent avoir de la grandeur d'esprit en restant sourds à ceux qui en souffrent sur le terrain. Ce sera à cause de ceux qui invoquent le « facho » quand ils sont en manque d'arguments, mais pas que… Ce sera à cause de ceux qui prétendument prônent le mélange des couleurs, mais sont incapables de réfléchir à des nuances. Ce sera à cause de ceux à qui on a laissé une chance, voire plusieurs, mais qui se sont oubliés au pouvoir. Ce sera à cause de ceux qui pensent que mes propos, en l'occurrence, sont une publicité pour cette idée. Et enfin, ce sera évidemment à cause de ceux qui ont négligé les répercussions dramatiques du laxisme sur notre territoire.

Nous paierons tous les pots cassés de cet aveuglement et de bien des choses encore, ma seule consolation, à l'avenir, sera juste de me sentir moins coupable que d'autres…

* KSF, pour K, simple flic, est policier dans la région lyonnaise.

 

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 Propos recueillis par

Modifié le - Publié le | Le Point.fr

INTERVIEW. Le grand chef, qui a perdu sa troisième étoile en janvier, a pensé à mettre fin à ses jours. Il décidera en septembre s'il rend ses deux étoiles.

« Bonjour, rappelez-moi d'urgence, s'il vous plaît. » C'est par ce très court SMS à l'allure de SOS que Marc Veyrat nous a demandé de le joindre samedi. Le grand chef auréolé dans sa carrière de trois fois trois étoiles au Michelin et de deux fois 20/20 au Gault & Millau avait besoin de parler. Parler de « la perte injuste » de sa troisième étoile un an après l'avoir décrochée à La Maison des bois à Manigod. Au cours de cet entretien téléphonique de trente minutes au Point, la toque de 69 ans nous a soutenu qu'il a été victime d'un coup de « buzz » du Michelin et n'a pas digéré l'entretien qu'il a eu au siège du guide rouge à Boulogne-Billancourt. « On veut me faire retourner au CP », s'insurge-t-il. Confessions d'un homme en dépression qui a eu des « idées noires » et dira en septembre s'il rend ses deux étoiles.

Le Point : Pourquoi avez-vous choisi de sortir de votre silence ?

Marc Veyrat : Je n'osais pas prendre la parole, mais là, ça me paraît vital aujourd'hui. Je suis mal à l'aise face au virage qu'a pris le Michelin. Avant il récompensait l'exceptionnel, maintenant il consacre le sensationnel. Il ne juge plus la cuisine mais tout ce qui tourne autour. Depuis quelques années, il fait même financer dans plusieurs pays étrangers ses guides par les offices de tourisme. Où est l'indépendance ? Je m'inquiète de ce que vont subir nos jeunes chefs en France avec ce système qui n'est plus l'ADN originel du Michelin.

Vous sous-entendez que vous avez été victime de ce changement d'orientation du Michelin avec la perte de votre troisième étoile en 2019…

Accepter de gagner des étoiles, c'est aussi accepter d'en perdre. Je connais parfaitement les règles du jeu et sais pertinemment qu'elles ne sont pas attribuées à vie. Je n'ai aucun problème avec ça. J'ai déjà rendu mes trois étoiles en fermant mon Auberge de l'Éridan à Veyrier-du-Lac, en 2009, pour des raisons de santé et j'ai très bien vécu sans. Le retrait de ma troisième étoile cette année à La Maison des bois à Manigod a été un coup de « buzz » monumental pour le Michelin, qui est déconnecté de la réalité, en perte de vitesse, et ne vend plus beaucoup de guides papier en France. Rétrograder Veyrat, c'est tellement porteur ! Certains de mes confrères m'assurent que j'ai aussi payé au prix fort d'avoir refusé de porter la veste du Michelin à la cérémonie 2018 à Paris lorsque j'ai décroché ma troisième étoile.

Il s'est forcément passé quelque chose au niveau de l'assiette pour que le Michelin vous fasse passer de trois à deux étoiles…

J'ai sollicité un rendez-vous au siège à Boulogne-Billancourt. J'ai été reçu avec ma compagne pendant une heure trente le 12 mars à 9 heures par Gwendal Poullennec, le directeur monde des guides Michelin, qui était assisté d'un de ses collaborateurs. Quand je lui ai demandé pourquoi j'avais perdu ma troisième étoile, voilà les deux justifications qu'il m'a avancées : « Vous mettez dans un de vos plats une simple tranche de cheddar. Nous avons également trouvé que votre saint-jacques était cotonneuse. » Je suis resté bouche bée, car, d'une part, ce n'est pas du cheddar mais une préparation très technique à base de beaufort que j'utilise dans un de mes classiques baptisé Le torchon disparaissant de Mémé Caravis ; d'autre part, il est impossible que ma saint-jacques soit cotonneuse car je la fais cuire dans une coque de fruits de la passion. Comment peut-on avoir autant de pouvoir en étant aussi incompétent  ? J'ai eu en face de moi un amateur. Je me suis levé pour quitter la pièce et il est revenu me chercher au moment où j'allais passer la porte du bureau. La nouvelle direction du Michelin n'a pas le niveau d'un Bernard Naegelen (NDLR, directeur du guide Michelin jusqu'en 2000).

N'avez-vous pas digéré cette entrevue  ?

Je ne la digérerai jamais. Je suis persuadé que le Michelin n'est pas venu me contrôler à La Maison des bois. Aucun inspecteur ne m'a présenté sa carte. J'ai demandé des preuves d'additions. On m'a répondu que ça ne se faisait pas déontologiquement. Si le Michelin n'a rien à dissimuler, pourquoi ne me fournit-il pas des factures ? Qu'il le fasse, et après on pourra discuter. J'ai ressenti de l'arrogance et un manque d'humanité à mon encontre. J'ai près de 70 ans, j'ai plus de cinquante ans de cuisine derrière moi, j'ai formé de nombreux chefs devenus étoilés et on veut me faire retourner au CP. On n'enlève pas la troisième étoile à Marc Veyrat, interdit ! On peut me la remettre, la douleur restera éternelle et indélébile. Le Michelin ne pourra jamais réparer le mal terrible qu'il m'a fait.

Vous estimez que le niveau de votre cuisine n'a pas baissé…

Le meilleur repère, ce sont les retours des convives et des professionnels. Mes habitués me répètent que je suis beaucoup plus fort qu'à l'époque de mes trois étoiles à Veyrier-du-Lac ou de mes trois étoiles à Megève. Ma cuisine n'a jamais été aussi moderne et créative. Elle est minérale, pastorale, biologique, singulière et surtout ancrée dans son terroir. J'ai les œufs de mes poules, le lait de mes vaches, les poissons de mes viviers, les viandes de mes paysans, les légumes de mes jardins, les herbes que vont cueillir chaque matin mes deux botanistes dans les montagnes, le pain de mon propre boulanger. Qui fait ça en France, en Europe et dans le monde ? J'ai même créé en 2017 ma fondation, qui veille sur l'alimentation saine pour nos générations futures.

Dans quelles circonstances avez-vous appris la perte de votre troisième étoile ?

Ma compagne a reçu sur son portable le dimanche 20 janvier à 19 h 54, la veille de la cérémonie du Michelin, un SMS de la part du directeur monde : « Bonjour Monsieur Veyrat, je vous adresse mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année. Auriez-vous la possibilité de me rappeler lorsque vous avez ce message, s'il vous plaît ? Sincère salutation, Gwendal Poullennec, le guide Michelin. » Je dormais après avoir effectué mon dernier service de la semaine le dimanche midi. Ma compagne m'a réveillé. J'ai joint Gwendal Poullennec, qui m'a annoncé la mauvaise nouvelle par cette phrase laconique : « Nous sommes dans l'obligation de vous retirer une étoile. » C'était surréaliste. Par SMS il me souhaitait ses meilleurs vœux pour l'année 2019 et par téléphone il m'annonçait que je perdais ma troisième étoile. Ça m'a choqué !

Est-ce que cette rétrogradation a eu une conséquence sur votre activité  ?

Non, pas du tout ! Bien au contraire. Mon chiffre d'affaires est même en hausse de 10 % par rapport à l'année dernière.

Comment vous portez-vous cinq mois après le retrait de votre troisième étoile ?

Je suis en dépression depuis le 20 janvier. J'ai l'impression que mes parents sont morts une deuxième fois. Vous imaginez la honte que j'éprouve : je suis le seul chef de l'histoire à avoir décroché une troisième étoile et l'avoir perdue l'année suivante. Tous les matins, je me réveille avec ça en tête. Je suis à bout, j'ai du mal à dormir, je ne mange quasiment plus, je pleure, je fais des malaises. J'ai dû faire une cure pour me soigner et je prends des médicaments. J'ai eu des idées noires. J'ai envisagé le pire. Ça m'est passé par la tête à plusieurs reprises. J'ai voulu rejoindre mon copain Bernard Loiseau là-haut. Ma compagne a eu peur, elle a caché mes cachets, mes fusils de chasse… Si je suis encore là, c'est grâce à elle et au soutien de mes quatre enfants.

Envisagez-vous de rendre vos deux étoiles ?

Plusieurs chefs m'ont encouragé à le faire. Si je les rends, je serai totalement libéré. Je me donne l'été pour y réfléchir et je prendrai ma décision en septembre.

<<<<<<la HAINE

Entretien avec Raphaël Enthoven

 Décathlon : le "hijab" de la colère - C l’hebdo - 02/03/2019

 

Mais si vous me le permettez, le vrai sujet dans cette histoire n’est pas mon opinion (banalement républicaine) ; le vrai sujet, c’est l’opinion que mes adversaires, comme un seul homme, m’ont attribuée à la seconde où j’ai eu l’heur de leur déplaire : « islamo-gauchiste », « relativiste », « bobo bien-pensant » etc. Pour quelqu’un qui se fait quotidiennement traiter d’ « islamophobe fasciste », de « chien de garde des dominants » ou de « raciste blanc » par les Indigènes de la République, un changement d’étiquettes, c’est presque les vacances !

Je pointais l’idiotie qu’il y a à défendre la laïcité tout en exhibant sa croix

J’ai dit, redit et répété avec une patience de vicaire qu’à aucun moment, je ne mettais la croix (ou la kippa) et le voile sur le même plan, car 1) le voile est réservé aux femmes 2) il est présenté par celles qui le portent et par ceux qui en vantent les bienfaits comme un devoir envers le Tout-Puissant, et 3) ce qu’il symbolise est (à mes yeux) misogyne et patriarcal. Ceux qui le présentent comme l’exact symétrique de la kippa au prétexte que celle-ci est, quant à elle, réservée aux hommes, oublient un peu vite (et tout à fait à dessein) que les femmes n’ont jamais eu un statut égal à celui des hommes dans les trois religions monothéistes, et que, de ce point de vue, les obligations spécifiques qui leurs incombent sont marquées d’un sceau sexiste (la femme doit être modeste, pudique, dévouée à son époux, etc.).

Mon propos, en la circonstance, n’était pas d’attaquer le christianisme (ce que je fais parfois), mais de pointer l’idiotie qu’il y a à défendre la laïcité tout en exhibant sa croix, car un tel geste donne le sentiment que, sous prétexte de laïcité, c’est une certaine culture (chrétienne) qu’on protège. Et à ceux qui m’opposent que porter une croix, ce n’est pas l’exhiber – puisque ce signe n’est pas jugé ostentatoire du point de vue de la loi de 2004 – j’ai simplement rappelé que dans le cas de Valérie Boyer, son port s’accompagnait systématiquement d’un discours alarmiste sur les « racines chrétiennes de la France », qui laisse clairement transparaître une volonté d’affirmation publique et militante de son identité chrétienne. Or, c’est l’unique argument des indigènes de la République qui voient dans la laïcité républicaine le cache-sexe de la vieille France, sinon du racisme (voire du classisme). Et à lire les réponses que j’ai reçues, je me demande si, en ce qui concerne les reliques de la droite de ce pays, les indigènes n’ont pas raison. Ainsi mes objurgations n’ont-elles pas empêché votre journaliste Anne-Sophie Chazaud de s’adonner à un vulgaire sophisme du déshonneur par association en m’affiliant à Hani Ramadan (sérieusement), de citer partiellement mes propos sur le Notre-Père (ce qui n’a aucun rapport), et de croire, elle aussi, m’apprendre quelque chose en étant la 458ème  à m’expliquer qu’on ne peut pas comparer le voile et la croix. Pourquoi privilégier ce que je pense, sur ce qu’on voudrait que je pense ? Pourquoi discuter, en somme, quand on peut étiqueter quelqu’un, ou pratiquer le déshonneur par association ? « Il ne s’agit pas de ce que je suis », disait Camus, « mais de ce que, selon la doctrine ou la tactique, il faut que je sois ».

Je vois dans les déclarations faussement laïcardes de Valérie Boyer l’offensive d’un christianisme assiégé.

Certes laïque, la fille aînée de l’Eglise ne doit-elle pas reconnaître une forme de droit d’aînesse culturelle au catholicisme ?

« Droit d’aînesse culturelle » ? Que voulez-vous dire ? Cette manière de déplacer un débat présenté par Valérie Boyer comme relevant de la laïcité sur le terrain de la concurrence des religions est la preuve qu’en vérité, il n’a jamais été question de laïcité ici, et que cette dernière sert d’alibi à un agenda idéologique qui en est la négation. Or, sans offense, en me posant cette question, je trouve que vous donnez raison à ceux qui, comme moi, voient dans les déclarations faussement laïcardes de Valérie Boyer l’offensive d’un christianisme assiégé. De quoi parlons-nous, ici ? De laïcité, ou de religions ? De République ou de folklore ? Ce n’est pas clair chez les partisans de Valérie Boyer qui, tous, ont commencé par me reprocher une analogie imaginaire voile-croix avant, pour finir, de prendre la défense du catholicisme. Quel rapport ? Une chose est de dire que la France est la fille aînée de l’Eglise – ce que personne ne conteste. Tout autre est de réduire la laïcité à la francité, ou pire : d’indexer son combat sur la défense de nos traditions catholiques. Ce sujet-là n’est absolument pas clair à droite, et témoigne de sa profonde méconnaissance de l’essence même de la laïcité : la laïcité n’est pas une identité comme l’est le catholicisme, mais un principe politique qui instaure un nouveau rapport (distancié) entre l’État et les religions. Est-ce la France qu’ils défendent, ou la République ? Est-ce la tradition, ou la laïcité ? Est-ce le catholicisme, ou la liberté de conscience ? M’est avis, au terme de cette polémique, qu’en somme la droite française n’est laïque que par hasard. Accidentellement. Par peur de l’islam (ou de l’islamisme). Elle ne l’est pas, donc. Son but n’est pas l’égalité, mais la prévalence d’une tradition sur une autre. Cette convergence d’intérêt entre l’idéal républicain (qui interdit TOUS les signes religieux à l’école) et la droite étroite (qui préfère la croix au voile et appelle ça « laïcité ») ne doit pas tromper les premiers. La droite n’est pas l’alliée de la laïcité. Juste l’ennemie d’une partie de ses ennemis.

 Le voile, comme signe religieux, n’a pas sa place dans les sorties scolaires.

Ce jugement manque sans doute de complexité, mais passons. La société française étant aujourd’hui plurireligieuse, voire multiculturelle, cette diversité vous fait-elle accepter le port du voile par les parents accompagnateurs lors des sorties scolaires ?

Non. Les mamans accompagnatrices ont une mission qui leur est délivrée par l’école. Le voile, comme signe religieux, n’a pas sa place dans les sorties scolaires. Bref, malgré les arrière-pensées qui ont peut-être nourri sa rédaction, j’étais et je reste favorable à l’amendement déposé par LR sur les mamans accompagnatrices. Pour autant, j’entends les arguments de ceux qui soulignent qu’un tel amendement aurait des conséquences terribles sur les mamans elles-mêmes, privées d’accompagner leurs enfants, ou sur la perception de la loi républicaine par une communauté qui, à tort ou à raison, se sent stigmatisée. Que faire ? Ethique de conviction (la République, toute la République et rien qu’elle) ou éthique de responsabilité (sachons nous accommoder, au risque de laisser une religion prosélyte mettre un pied dans l’école…) ? En fait, je ne sais pas.

En deux siècles et demi, les catholiques ont tout perdu : le pouvoir, l’influence, l’argent et le monopole des consciences.

Beaucoup de nos lecteurs choisiraient sans hésiter l’éthique de conviction. Pour citer Max Weber, notre France socialement, culturellement et politiquement fragmentée connaît un véritable « polythéisme des valeurs ». Dans ce contexte de concurrence inter-religieuse, craignez-vous l’émergence d’un communautarisme catholique en réaction à la montée de l’islamisme ?

Je ne la crains pas. Je la constate. Et, pour un mécréant comme moi, c’est un spectacle fascinant. A force de maquiller la défense de leur culte en sauvegarde d’une laïcité mise à mal par un islam conquérant, les cathos sont en train, par involution, de devenir les nouveaux indigènes de la république. D’ailleurs, j’attends (comme l’apocalypse) le jour où la cathophobie sera elle aussi présentée comme un racisme par ses victimes… Mais en même temps, il faut se mettre à la place des catholiques. En deux siècles et demi, ils ont tout perdu : le pouvoir, l’influence, l’argent et le monopole des consciences. Le catholicisme français, c’est la mer d’Aral. Après avoir dû accepter, au moment du mariage pour tous, que son discours cessât d’être normatif, le catholicisme doit désormais consentir à être minoritaire. Suprême couleuvre ! Il y a de quoi devenir dogmatique.

 

 

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et article est publié dans le cadre du Festival du Jeu de l’oie organisé par l’Université Aix Marseille, qui se tient depuis le 9 mai et jusqu’au 22 juin 2019, et dont The Conversation France est partenaire. Retrouvez le programme complet sur le site de l’événement.


Porté par l’artiste Céline Schnepf de la compagnie Un château en Espagne et piloté par le Merlan, scène nationale de Marseille, le projet Nos forêts intérieures (NFI) est un projet de médiation culturelle territorialisée, orienté vers la petite et toute petite enfance. Il s’est développé sur quatre années (2016-2019) dans le quartier populaire du Grand Saint Barthélémy dans le 14e arrondissement de Marseille et s’est décliné en différents moments et sous différentes formes : des spectacles courts, des installations poétiques, des créations d’objets, des parcours urbains, des ateliers adultes enfants, des expositions autour d’un thème l’imaginaire de la forêt.

Chacun des temps forts a été accueilli sur un lieu différent du quartier (une médiathèque, des centres sociaux, des écoles, un lieu culturel…) transformé en théâtre pour l’occasion. Pour accompagner ce projet et en mesurer les effets, une équipe de sociologues l’a suivi au fil de son développement : entretiens auprès des participants, questionnaires, observations d’une trentaine de représentations, d’une vingtaine d’ateliers, leur ont permis de côtoyer environ 1 millier d’enfants et leurs accompagnants.

Un projet co-construit

La construction des actions, comme le montre Fanny Broyelle dans ses analyses en cours s’appuie sur l’équipe du Merlan et un réseau d’une centaine d’acteurs construit au fil du temps. Le projet a réuni autour de Céline Schnepf une grande variété de personnes et de structures qui viennent de mondes très différents : des artistes et des opérateurs culturels, des professionnels de la petite enfance, des personnels de l’éducation et de l’enseignement, des acteurs des mondes sociaux, des acteurs du domaine médico-social ou encore les membres d’associations diverses.

Les initiateurs et porteurs du projet se sont donc attachés à mobiliser les acteurs du territoire et ils ont pris très au sérieux le (non)public de proximité, particulièrement les tout-petits auxquels ils s’adressaient.

Le dernier temps de création NFI a eu lieu en mars 2019, il a été l’occasion d’un dernier spectacle La mécanique du vent (photo), d’une exposition des boîtes à forêt (photo) et de la reconstitution d’un « morceau de forêt » dans la gare Franche (photo). Il a aussi permis de présenter les premiers résultats de l’enquête sociologique. Si la présence enthousiaste et toujours très attentive des publics, la reconnaissance de la dimension créative et de la qualité de la proposition esthétique d’Un Château en Espagne, les échos positifs dans la presse locale, témoignent de la réussite de NFI, quels enseignements tirer de cette expérience pour les projets de territoires et dans le cadre des dispositifs d’éveil culturel des tout-petits ? Comment expliquer plus concrètement que ce projet ait suscité autant d’adhésion ?

L’un des premiers résultats de l’étude montre en effet très clairement que NFI a réussi son pari : éveiller les imaginaires, faire naître des envies qui n’étaient pas prévues au départ, construire un réseau d’acteurs original et une dynamique collective autour du théâtre, et ce dans un contexte que l’on peut qualifier de complexe au départ (que ce soit du point de vue des publics visés, des territoires ciblés, ou de l’absence d’interconnaissance entre les différents acteurs).

NFI a su capter l’attention des enfants, de leurs accompagnants, avec un sentiment de sympathie et d’attachement toujours très fort, une continuité et une forme de fidélité à l’artiste et à sa compagnie.

Éveiller les imaginaires par des ateliers de création

À mettre au crédit de cette réussite, la forme même de ce qui a été proposé, avec des expériences plurielles qui croisent création théâtrale et arts plastiques, allant au plus près des enfants dans leur monde quotidien et en les mettant en situation de création avec des artistes autant qu’en situation de récepteur (visiteur et spectateur).

Par exemple, un premier type d’atelier visait la réalisation des Boites à forêt, « on part d’une boîte vide et on doit y faire rentrer quelque chose d’impossible : une forêt ». Un deuxième type d’ateliers a été mené par des artistes sur des pratiques diversifiées : ateliers d’expression plastique pour transformer le lieu où se déroulait le temps fort : feuilles, décor en terre, cabanes, œuf, nid, oiseaux, planètes, tipis ; ateliers d’écriture brodée ; ateliers d’expression vidéo ; ateliers d’expression corporelle et d’écoute musicale, etc.

À la croisée des disciplines et des formes de création, NFI a amené son public vers une expérience inédite. Cette expérience reposait sur la manipulation, le faire, le toucher sortant les enfants de leur zone de confort (peur de se salir, de toucher) mais qui très vite devient un plaisir.

Les encadrants sont surpris par l’attention des enfants au cours de l’atelier et par les changements de comportements de certains. Bien souvent les adultes qui encadrent les expériences se sont pris au jeu, entrant dans le processus créatif et se laissant emporter par l’imaginaire de la forêt. Loin d’être une simple introduction/préparation au temps fort (le spectacle), de « simples » ateliers de sensibilisation préalables, ces activités invitent à une expérience créative à part entière, engagent la production d’objets d’exposition, d’éléments du décor, etc. qui donnent toute sa matérialité au processus de création et fonctionnent comme autant de traces, de marqueurs de l’expérience vécue pour les tout-petits.

Devenir spectateur

Ces expériences créatives permettent aux tout-petits de cheminer progressivement (d’un point de vue cognitif et esthétique) vers le spectacle, et d’endosser au moment où il sera joué le rôle de spectateur, à l’appui de ces expériences. Au cours et au fil des spectacles, les observations d’Ariane Richard-Bossez confirment qu’un processus s’est bien enclenché et que les tout-petits, pourtant plus souvent considérés comme un public « indiscipliné » (qui se lève, parle, s’allonge, interrompt les acteurs, etc.) et difficile à capter sur la durée, ont été captivés par ce qui leur a été proposé.

Ce qui ressort c’est l’engagement très fort et que l’on peut percevoir à leur niveau de concentration, d’absorption et d’implication dans l’activité ; le plaisir (« moi j’aime trop », « ça me plaît trop bien », « c’est ma meilleure journée au centre », « c’était trop bien »), et la fierté d’avoir participé à la création (« c’est moi qui les ai faits », « c’est nous on l’a fait », « elle a dit ils sont magnifiques ») qu’ils en retirent, les boîtes à forêt sont autant de traces, de marqueurs de leurs expériences ; l’expressivité créative qui est vécue où l’on voit que progressivement, une fois la « technique » proposée maîtrisée, les enfants prennent des initiatives, font des choix, laissent libre cours à leur imagination. Les adultes eux aussi se laissent embarquer par les spectacles et leurs réactions en témoignent (« j’ai retrouvé mon âme d’enfant »).

L’émotion est palpable et partagée lors des spectacles, les rires des enfants sont communicatifs et les acteurs se jouent subtilement de leurs interpellations et réactions inopinées. Par exemple, lors du dernier spectacle, l’actrice interpelle la salle avec cette question : « Tu la connais toi Mireille ? » et engage la conversation avec un tout-petit qui vient de lui répondre « nan j’la connais pas moi Mireille ».

Et après ?

NFI propose donc une ouverture particulièrement intéressante en termes de réception et de sensibilisation au théâtre, d’une part, parce que le projet s’adresse à un public spécifique et se déplace sur des territoires où l’accès aux institutions culturelles n’est pas évident (freins réels et freins symboliques) ; d’autre part, parce qu’il permet d’élargir le regard des adultes (parents, accompagnants, enseignants…) sur les enfants, mais aussi des enfants sur eux-mêmes, en leur faisant découvrir de nouvelles potentialités qu’ils n’avaient souvent jamais expérimentées ou envisagées auparavant.

Une boîte à forêt.

Cette recherche sur le rapport que les tout-petits construisent avec les objets artistiques et culturels, les effets produits par le projet NFI montrent qu’il est possible de déjouer la mécanique de mise à distance qui peut se mettre en place dès le plus jeune âge face aux arts et à la culture, et particulièrement pour certaines catégories de publics et sur certains territoires. Pour tous ceux qui, par indifférence, méconnaissance, désintérêt, etc. pour les arts et de la culture, ne s’y confrontent jamais, Céline Schnepf replace l’art au centre de la vie sociale d’un quartier, au cœur de la cité. Plus qu’une initiation, les tout-petits par cette expérience sociale territorialisée dans un contexte de vie quotidienne (différente d’une pratique culturelle dans un contexte de monde de l’art) ont pu poser les premiers jalons d’une « carrière de spectateur ». En leur laissant la possibilité qu’émergent et se croisent une pluralité de rapport à l’art possible, des plus « sociaux », fugaces et informels (que je désigne comme des « expériences sociales sur fond d’art ») aux plus esthétiques et idéal typique du comportement des publics habitués, des spectateurs initiés, c’est bien une logique de démocratisation qui est à l’œuvre. Bien qu’informelle, peu spectaculaire, difficilement mesurable et quantifiable, elle est très certainement durable.

NFI a constitué pour les tout-petits et leurs parents un moment de vie tout autant qu’une opportunité de créer une familiarité avec le théâtre et les arts plastiques, sans que la metteuse en scène ne transige sur la qualité esthétique et l’exigence de création théâtrale.

Si la réussite est indéniable, en termes de politique culturelle une question se pose : comment faire pour prolonger les effets produits et capitaliser sur cette expérience ? Comment assurer une forme de continuité et penser l’après-projet ? C’est un des aspects qui reste aujourd’hui relativement peu étudié, et peu pris en compte par les politiques culturelles, la réussite d’un projet signalant aussi sa fin. En effet, Un château en Espagne a fini sa résidence à Marseille, le Merlan poursuit et met en œuvre d’autres projets avec d’autres compagnies, les acteurs et professionnels des différents mondes qui ont fait réseau autour de NFI retournent à leurs activités. Mais du côté des publics, que se passe-t-il après ? Il n’y a certainement pas de réponse simple à cette question ni de dispositif systématisable, gageons que les graines semées par NFI dans les réseaux d’acteurs locaux et dans les imaginaires des jeunes spectateurs pourront germer sur d’autres terrains.

 

 

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Voilà maintenant plusieurs semaines que nous entendons parler du débat public pour réconcilier certaines strates politiques et des citoyens subissant de fortes frustrations. Mais finalement, qu’est-ce qu’un débat ? Quelles sont les règles ? Qu’est-ce qui en émane ? Quelles en sont les attentes ? Et que peut apporter le numérique dans un débat citoyen ?

Il est bon de rappeler que le débat existe depuis très longtemps dans nos sociétés (voir ci-dessous), mais sa forme actuelle ne répond pas aux besoins de véritables délibérations, de socialisation et d’éducation de nos sociétés contemporaines.

Aujourd’hui, le débat est appelé à reprendre tout son sens et toute son utilité. Il doit être un véritable outil de gouvernance. Il ne s’agit pas d’en faire un outil de démocratie participative, mais bien réellement un moyen de produire des propositions concrètes au service de tous.

Confiance et respect doivent être les fondements de ces nouvelles formes de débats. Si le débat présentiel reste indispensable, le débat numérique est mis par Internet à la portée de tous. Mais les réseaux sociaux ne sont-ils pas, au final, une source incontrôlée de débats, avec leur lot de bonnes et mauvaises pratiques ?

Et si le débat permettait de démêler raison, émotion et manipulation ? Pour Erasme, c’était folie d’imaginer que la raison puisse l’emporter sur la colère et la concupiscence. Pourtant, si le débat numérique caractérise les formes de vérités des arguments discutables, alors on pourrait mieux distinguer les arguments de raison, des propos de colère et des manipulations des parties prenantes avides de défendre leurs intérêts.

La science apporte ses formes de vérité aux débats

A Athènes, deux visions du débat s’opposaient. Platon se servait du débat comme un outil pédagogique, Aristote se servait de la logique pour contrer la rhétorique des sophistes qui veulent tirer profit du débat.

Dans sa mission d’accompagnement et de conseil sur le « Grand débat national », Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP), défend l’idée que le débat public, plutôt qu’un outil de pédagogie pour les politiques, doit être un dispositif d’écoute. La question de conjuguer postures d’écoute et pédagogie se pose réellement, l’une étant indissociable de l’autre.

Les scientifiques se sont appropriés les débats depuis toujours : en effet dans la pratique scientifique, le débat sert par exemple pour toutes les soutenances de thèses de doctorat – que ce soit en philosophie, droit, mathématiques, physiques, médecine. Comme elles sont ouvertes au public, il suffit d’y assister pour se rendre compte de la diversité de leurs protocoles.

Les scientifiques discutent de manière approfondie des données, des principes, des hypothèses, des axiomes, des événements, des phénomènes, des théories, des lois, tous soumis à leur examen. Dans les débats science/société, les scientifiques prouvent, réfutent et déterminent les formes des énoncés de ce qui est pour eux discutable. Ainsi la science (au sens large) a toujours apporté les seules formes de vérité défendables des débats.

Débat et big data des décisions

Un grand débat rassemble un nombre très important de discussions et de participants. Les consultations, les concertations publiques, les palabres, les plaidoyers, les enquêtes publiques concernent les citoyens et les scientifiques quand il s’agit de la répartition de l’eau, de l’éducation, de la santé, de la sécurité, du commerce, de la justice, de l’aménagement d’un territoire… Sur de tels sujets, il y a des milliards de « débatteurs » en puissance. Il y a donc des millions de débats particuliers.

Il en découle la formalisation de milliers de prises de décision politique à différentes échelles. Mais est-il possible, in fine, de gérer et de vraiment prendre en compte ces nombres ? Ne sommes-nous pas confrontés au big data des décisions ?

Le numérique doit aider les garants des débats à les coordonner, à les associer aux prises de décisions en préparation, à faire respecter les vies privées des participants, à garantir la vérité et l’intégrité des propos.

Or le débat est par nature incontrôlable et il ne fait pas forcément le jeu du pouvoir politique, qui est souvent tenté de le canaliser. C’est l’addition des contributions de tous qui constitue précisément le débat. Personne n’en a la maîtrise car tout le monde l’influence par ses interventions et ses absences d’intervention. Le débat se joue du temps car les participants peuvent réactiver des débats antérieurs.

Il faut alors que chacun techniquement puisse conserver la propriété de ses idées, les faire évoluer et pouvoir choisir quand et comment intervenir. Aussi est-il impératif que les dispositifs du débat garantissent une confiance en lui.

Les cinq « garants » du « grand débat national », le 22 janvier 2019, à Paris. Geoffroy Van der Hasselt/AFP

Généralement, les mauvais débats sont directement et factuellement signalés par des plaintes précises des participants. Ces mauvais débats démocratiques se révèlent aussi pour des raisons indépendantes des citoyens :

  • ils ne se pratiquent pas aux bonnes échelles, qui consistent en des débats locaux, sur les territoires, dans des communes, à l’échelle régionale, nationale et internationale ;

  • ils ne portent pas sur des projets d’envergure concernant la vie au quotidien des citoyens quels qu’ils soient ;

  • ils n’entrouvrent pas d’autres formes d’association et de participation à la politique publique ;

  • ils ne conduisent pas à un changement de comportement des administratifs et des politiques.

Le numérique est-il un médicament ou un poison ?

Il est dangereux de se servir d’outils de débat numérique sans qu’en soient précisés leurs effets positifs ou nocifs sur les citoyens et sur la société. Nous voyons bien les ravages possibles de ces outils que sont les réseaux sociaux.

On ne met pas sur le marché un nouvel avion ou un nouveau médicament sans une batterie de tests et sans l’aval d’agences indépendantes. Curieusement l’ingénierie du débat public numérique n’est soumise à ce jour au contrôle d’aucune agence, alors qu’on a déjà vu des conséquences dangereuses de l’usage du numérique pour la vie démocratique.

De nombreux exemples sont présents liés à la manipulation des électeurs via les réseaux sociaux pour orienter leur vote, comme la controverse lors de dernières présidentielles américaines sur l’utilisation des réseaux sociaux.

Demain, il faudra qu’une agence ait pour mission l’agrément des outils de débat public en demandant à leurs concepteurs de répondre à une batterie de questions, dont les suivantes :

  • Comment sont articulés les débats en présence et les débats numériques ? Comment sont réalisées les synthèses et les consensus ?

  • Comment sont démêlées les raisons, des colères et des manipulations ? Comment les citoyens sont-ils invités aux débats ?

  • Comment sont instaurées confiance, participation et créativité dans le débat ? Comment sont partagées les connaissances entre scientifiques, administrateurs, juristes, politiques et citoyens ?

  • Comment cet outil améliore-t-il l’esprit critique des participants ?

  • Quel statut le numérique donne-t-il aux témoignages des citoyens lanceurs d’alerte ?

  • Comment est attribuée une forme de vérité aux arguments ?

  • Comment est rendu public et défendu le contenu des débats ?

  • Comment peut-on revenir sur des débats passés ?

  • Comment authentifier tous les apports des participants ?

Qualifier des outils numériques ayant le soutien d’institutions fortement établies

Pour le grand débat national, la CNDP propose 6 dispositifs pour des débats en présence et à distance sans exclure l’utilisation d’autres. Elle propose de mettre ses garants et commissaires à la disposition des débats. Elle propose aussi une plate-forme pour les enregistrer tous. La CNDP demande que la restitution des débats distingue le diagnostic, la vision et les propositions. Elle préconise une rédaction circulaire des rapports intermédiaires rédigés aux différentes échelles pour améliorer le résultat.

le Président au cœur de la mêlée du « grand débat national » (ici en Normandie, en janvier 2019). Philippe Wojazer/AFP

Mais ce grand débat ne pourra fonctionner véritablement que s’il mobilise des institutions qui apportent les conditions d’une confiance, d’une participation active, tout en faisant preuve de créativité. Ces institutions doivent être indépendantes des organisateurs.

À titre d’exemple, les notaires exercent leur profession sur tout le territoire comme des tiers de confiance, ils sont en réseau et maîtrisent les outils numériques. Dans le cadre de leur mission, les blockchains pourraient être mobilisés pour garantir localement et techniquement que chacun conserve la propriété de ses idées et la maîtrise de son intervention dans un débat.

Les universités sont également établies partout pour créer et transmettre des savoirs spécialisés adaptés aux débats locaux et les médiathèques sont proches des citoyens pour leur donner un soutien dans l’accès à des études documentaires adaptées à leurs besoins, et pourquoi pas des lieux de débats !

Avec de telles institutions, pourquoi ne pas lancer des recherches-actions pour qualifier des outils numériques favorisant la confiance et la participation du citoyen qui, assuré du respect de ses idées, aiguise son esprit critique, mobilise sa créativité et tire profit de celle des autres ?

Rétablissons le débat, dans la confiance et respect de chacun, et avec une volonté collective d’aboutir à un changement profond de notre société pour prendre part aux décisions de demain.

 

« Comme les GAFA nous le démontre à foison, le numérique s’impose de plus en plus dans un formatage des comportements dont l’efficacité est redoutable, mais la légitimité problématique. »

« Comme les GAFA nous le démontre à foison, le numérique s’impose de plus en plus dans un formatage des comportements dont l’efficacité est redoutable, mais la légitimité problématique. » LUCIANO LOZANO / Ikon Images / Photononstop

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Hugues Bersini

Directeur de l’Institut de recherches interdisciplinaires et de développements en intelligence artificielle (Iridia) de l’Uiversité libre de Bruxelles, membre de l’Académie royale de Belgique

Le chercheur en informatique Hugues Bersini plaide dans une tribune au « Monde » pour un « codage citoyen », qui ferait des algorithmes les outils d’une gestion collective de notre existence commune.

 

Tribune. De très intéressantes expériences de reprise en main du big data et des technologies informatiques par le public et le politique sont en cours dans des villes telles que San Francisco, Boston ou Milton Keynes (en Grande-Bretagne). Boston est le lieu d’expérimentation algorithmique d’un groupe de développeurs réunis sous le label Code for America qui, parmi d’autres réalisations, ont inscrit à leur tableau de chasse l’inscription automatisée dans les écoles publiques.

A Milton Keynes, une myriade de capteurs engrange toutes les données qu’ils peuvent en matière de services publics, transports, parkings, consommation énergétique, gestion des déchets, système scolaire, installations domotiques, et beaucoup d’autres. Toutes ces données sont ensuite mises à la disposition des citoyens, chercheurs (universitaires ou non), start-up, et tout acteur que la vie de la cité préoccupe, afin de proposer des solutions innovantes pour chacun de ces biens communs.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Les technologies numériques n’apportent pas de réponses universelles »

Cela ne devrait-il pas se généraliser dans toutes les villes, dans tous les pays ? Après-demain, dans des régimes de gouvernance plus en phase avec ces temps numériques, nous pourrions nous-mêmes écrire le code source du système de prélèvement fiscal, de l’accès aux études, du rationnement énergétique, de la mobilité à venir, tout comme la plupart des algorithmes intéressants et des savoirs en ligne s’écrivent aujourd’hui sur le Web de manière collective, délibérée, et pour l’essentiel auto-organisée, à l’instar du système d’exploitation Linux, de Wikipédia ou la plate-forme Github (qui réunit des millions de programmeurs).

Fin de la démocratie participative à l’ancienne

La démocratie participative ne passe plus par la seule expression électorale des choix de nos représentants, par des pétitions ou autres manifestations sporadiques, mais bien par l’écriture collectivisée de ces régimes informatisés d’existence en commun. Nous n’élirons plus des parlementaires, nous programmerons nous-mêmes, en commun, ces modes algorithmisés de contrainte législative et de gouvernance. La Prix Nobel d’économie Elinor Ostrom (1933-2012), la prêtresse des communs, ne s’était-elle pas offert une deuxième jeunesse en découvrant les communautés open source ?


La voilà la véritable expression citoyenne, qui devrait nous réconcilier avec la politique ! Le monde est devenu bien trop complexe pour en confier la seule gestion à des gouvernants en chair et en os. Les lourds nuages noirs qui nous menacent exigent une bien meilleure compréhension et interprétation des phénomènes, ainsi qu’une prise en charge qui échappe de plus en plus aux humains et de moins en moins aux algorithmes.

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L’idéologie du gender dans le manuel Nathan de seconde

 

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L’idéologie du gender dans le manuel Nathan de seconde

 

À gauche figure un mannequin articulé, à droite quatre paires de curseurs. En face du mot Identité qui pointe le cerveau du mannequin, deux curseurs nous proposent de nous sentir homme ou femme, ou peut-être les deux, selon une échelle de sept degrés. Si je comprends bien, je peux me sentir un peu femme et un peu beaucoup homme ou inversement.

Retour au corps : il a, nous dit-on, une expression. Le mot est expliqué (je cite) : “C’est la manière dont une personne peut exprimer son identité de genre (…) par son apparence physique ou par sa gestuelle.” Je peux alors pousser deux nouveaux curseurs plus ou moins loin, l’un côté féminin, l’autre côté masculin. Mon portrait de genre prend forme. Un troisième mot, Attirance, pointe le buste. L’attirance émotionnelle, précise le tableau, est “un des aspects de l’orientation sexuelle”.

C’est sibyllin. Je m’imagine élève de seconde. Un curseur me propose d’évaluer mon degré d’attirance émotionnelle vers Femme / féminin ; un autre vers Homme / masculin. Ça se complique. L’attirance peut-elle changer selon les années, voire du matin au soir ? Le manuel ne le dit pas. Enfin arrive le Sexe, en dernier. Le mot ne pointe que sur l’entrejambe du mannequin où figure une combinaison de trois sigles : mâle et femelle (qui sont bien connus) mais aussi un sigle composite, comme un troisième sexe. Lisons la légende : “Selon la loi, c’est le sexe assigné à la naissance en fonction de l’apparence des organes génitaux externes”.

Notons les mots : loi, apparence, assigné. Le sexe n’est donc pas constaté tout naturellement. Il est assigné. La réalité du sexe est la seule mise en doute. Les derniers curseurs me proposent d’évaluer mon attirance, cette fois sexuelle, vers la femme / le féminin et vers l’homme / le masculin. Tiens ! On nous épargne les choix Homme / féminin ou Femme / masculin. Sans doute par manque de place. En bas de la page figure enfin l’injonction : “à chacun d’ajuster ses curseurs”, de “pas du tout” à “complètement”.

Vous êtes perdu ? L’élève aussi. C’est le but de ce salmigondis de déconstruction : inoculer du trouble dans l’identité sexuée, imposer au lycéen une auto-dissection selon les dogmes de l’idéologie du genre, lui interdire de penser que l’humanité est faite d’hommes et de femmes. Il y a de quoi déboussoler tout ado en crise d’identité. Si j’avais un enfant en seconde, je l’encouragerais, en SVT, à viser le zéro pointé.

 

 

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Le Musée d’Orsay consacre une exposition à cette figure majeure de l’impressionnisme. Une reconnaissance tardive mais amplement méritée.

Oubliée la belle aux grands yeux noirs du célèbre Balcon de Manet. Oubliée encore celle que ce dernier a prise pour modèle onze autres fois ; peut-être par amour, on ne saura jamais. Oubliée également la femme peintre, forcément amateure, et qui ne devrait sa facilité qu’à un lien généalogique avec Fragonard. Oubliée enfin l’exception de la tribu impressionniste, cette dame qui a participé à sept des huit expositions historiques du mouvement mais qu’on a surtout vue comme une caution d’ouverture, un effet de bienveillance.

Place au peintre plein et entier. Berthe Morisot (1841-1895) se voit enfin installée selon son rang au Musée d’Orsay. La commissaire Sylvie Patry déjoue d’emblée le cliché d’une peinture «féminine» par un choix d’œuvres de très haute qualité - essentiellement des figures et des portraits, essentiellement des huiles - qui soulignent sans cesse la radicalité et l’originalité de la facture.

Eugène Manet (1834-1892) sur l’île de Wight, de Berthe Morisot, huile sur toile, 36x46 cm.
Eugène Manet (1834-1892) sur l’île de Wight, de Berthe Morisot, huile sur toile, 36x46 cm. - Crédits photo : Musée Marmottan Monet, Paris / The Bridgeman Art Library

Dans ces huit espaces structurés de façon chrono thématique, Morisot va plus loin que beaucoup de ses compagnons en modernité. Elle précède même parfois son beau-frère Édouard en audaces. Voilà une touche étonnamment énergique, étonnamment allusive, presque sténographique. Tellement dissociée que les couleurs ne semblent jamais se fondre. Même si l’on sait que les compositions ont souvent fait d’objet de travaux préparatoires, voire d’une mise au carreau (elle reste apparente dans Paule Gobillard en robe de bal), on ne retient que la rapidité de la main. Stries et stridences orange ou bleues faisant vibrer les étoffes (Jeune femme au divan). Chevrons et croisillons des arrière-plans en mélange unique «de furie et de nonchalance», selon l’expression de Mallarmé. Lignes brisées, grattages, incisions avec le manche du pinceau. Et piquetages de noir et de vermillon pour un tapis, un bouquet. Pailletage blanc bleu pour un oreiller, une tenue estivale…

L’inachevé, signe de modernité

Dans une belle salle où l’on découvre sept de ses vingt déshabillés, certains blancs crémeux sont piqués et d’un semis d’écarlate et de noir intense (La Psyché) tandis que les bleus sont laissés empâtés ou au contraire très écrasés dans Femme à sa toilette (Chicago). La critique du temps n’a vu que «brouillards bleus» d’une amatrice. Pourtant ce sont bien des robes, des cols à jabot, des ras-du-cou ou des fleurs qu’on sent là en pures impressions.

Les scènes? Qu’importent ces intimités bourgeoises. On a le droit de se lasser devant ces répétitions de sœurs cultivant leur vague à l’âme, Madame Bovary désemparées devant un nourrisson. Mais même le virtuose tulle du berceau semble empreint d’angoisse. Que vont devenir ces petits, ces joueurs ou ces rêveurs dont le visage n’est même pas esquissé? Combien de temps vont vivre ces yeux en trous d’aiguille? Ne sont-ils pas déjà un peu des orbites de crânes? Au sein de cet univers fait de tâches quotidiennes, dans un salon ou un jardin à la végétation de plus en plus envahissante (ces plantes grasses seraient-elles carnivores?), aucun livre. Au mieux, un ouvrage de broderie ou un éventail laissé par Degas, indice de la passion japonisante du moment comme le sont les légers décadrages des compositions ou les balustrades fuyantes depuis une vue extérieure -Vue du petit port de Lorient (Washington).

Jeune fille à la poupée, de Berthe Morisot, 1884, huile sur toile, 82x100 cm.
Jeune fille à la poupée, de Berthe Morisot, 1884, huile sur toile, 82x100 cm. - Crédits photo : Christian Baraja

«Un mouvement, une vie extraordinaire»

Une autre salle est dédiée au non-fini, autre signe emblématique de la modernité. Dans ces toiles volontairement inachevées, on croise un chien. Il est si ébouriffé par le pinceau qu’on ne sait s’il s’agit d’un bichon ou d’un yorkshire. Les petites filles l’adorent. Ce sont elles, sans visage ou de trois-quarts dos, qui émaillent le plus le parcours. Une des premières apparaît dans Cache-cache qui fut de la première exposition expressionniste (collection particulière).

Le véritable sujet est, comme partout, l’instant présent. Ce hic et ce nunc baudelairiens que Morisot traque tel une entomologiste (La Chasse aux papillons). Selon Paul Valéry, celle qu’il appelait «Tante Berthe» (il s’est marié avec sa nièce) ne peignait «ni l’apparence des choses ni le sens des corps, mais le prodige de l’instant aveuglant et l’effroi de sa disparition» avec «une inquiète volonté d’expression». Quelle rage donc, et quelle souffrance que de vouloir fixer le transitoire!

Berthe s’entête, court à l’essentiel avec son style fa presto. Pas de retouches. Ses huiles sont comme ses aquarelles ou ses pastels. Elle n’a jamais fait les Beaux-Arts, c’était interdit aux filles. Alors elle a cultivé les idées les plus avancées. Après avoir copié les maîtres au Louvre, elle s’est initiée au plein air auprès de Corot. Et l’a dépassé en nouveautés, comme lorsqu’elle met le bleu d’une ombrelle sur le vert d’une pelouse. Cela jure mais c’est courageux. Morisot n’hésite pas non plus à figurer la fumée des hauts fourneaux d’Asnières sur un champ de blé. D’autres panaches sortent de ses trains et de ses bateaux à vapeur. Pour elle, voilà «un mouvement, une vie extraordinaire».

Une touche crépitante

Pas de classification: cette vie peut être pareillement passionnante dans le frou-frou d’une robe de dentelles violettes (À la campagne, collection particulière) ou dans le courant d’air d’une véranda de villégiature maritime (Intérieur de cottage, Bruxelles). Quelles phosphorescences, quelles transparences alors! Et toujours cette touche qui crépite, zigzague, étincelle. Cette écriture atteint au manifeste dans l’autoportrait de 1885. Une autre toile volontairement inachevée et zébrée de traits rapides. Toute entière signature. Morisot s’y présente en maître autant qu’en pirate avec ses cheveux noués en catogan. Il lui faudra pourtant patienter encore dix ans pour avoir sa première exposition personnelle. Elle a déjà 51 ans. Son mari Eugène Manet est un des rares à avoir tôt compris son importance. Il a lui-même renoncé à la peinture pour la soutenir. Dans les squares et les jardins, c’est lui qui pose, c’est elle qui travaille. Féminisme? Sylvie Patry préfère parler d’«un moment d’affirmation féminine».

Autre modèle de prédilection, encore plus touchant et obsessionnel: Julie. La fille du couple est par six fois aux cimaises. Sa mère la surnommait Bibi (puisqu’elle était très chérie). Elle avait une peur folle de lui avoir laissé en héritage la syphilis familiale ; on considérait alors à tort l’infection comme héréditaire. Autour, dans les peintures, on remarque de plus en plus de chaises vides. Une hantise de l’absence et de la mort. L’artiste s’est éteinte à 54 ans. Adieu Berthe? Mais Bonnard, Vuillard ou même Munch l’ont tellement admirée…

Berthe Morisot, au Musée d’Orsay (Paris VIIe), jusqu’au 22 septembre. Tél.: 01 40 49 48 14. www.musee-orsay.fr

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Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 20/06/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

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Après que le Premier ministre a annoncé qu’un projet de loi sur la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes va être présenté à l’Assemblée nationale, Ludovine de La Rochère, présidente de la Manif pour tous, réagit au micro de Boulevard Voltaire.

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 ARTICLE 5 du 24.06.2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 voir en CORRELATION : 

« Je ne mets pas la kippa, le voile et la croix sur le même plan »

Mis en cause par notre contributrice Anne-Sophie Chazaud pour avoir pointé la supposée laïcité à géométrie variable de la députée LR Valérie Boyer, Raphaël Enthoven répond. Peut-on arborer une petite croix et défendre sincèrement la laïcité ? Quelle est la place du catholicisme en France ? Tous les signes religieux se valent-ils ? L’essayiste met les points sur les i.

 

 

 

 ARTICLE 4 du 23.06.2019 .... trouvé par hasard en consultant la Revue de presse - Egalité et Reconciliation

 

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ARTICLE 3 du 23.06.2019  .... trouvé en tappant ' haine existentielle " .......

 

Approche phénoménologique existentielle de la haine

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ntales, la liberté au prix de la nécessité, la créativité à la mesure du conformisme et l’uniquede l’identité humaine dans sa proportion avec le même, alors l’expérience de la haine peut signi-fier la désarticulation entre les assises affectives émotionnelles et l’émancipation douloureusede la colère, du dégoût, de la tristesse et de la peur, détachées de la confiance et du sentimentbasal de sécurité et en rupture de leur lien proportionnel habituel Alors l’énergie vitale et l’exal-tation réduisent le projet humain à la quête solitaire, violente et illusoire d’une sauvegarde dela liberté, engagent la dynamique du sujet dans un unique principe de survie, et animent unedangereuse protestation identitaire qu’il faudra savoir saisir de la profondeur biographique. Lapathologie en psychiatrie et plus encore l’actualité de notre modernité interrogent plus dure-ment les racines de la haine et la genèse intersubjective de son exigence

Pour l’approche phénoménologique existentielle, l’enjeu de la viehumaine répond de l’équilibration des antinomies existentiellesfondamentales : la liberté au prix de la nécessité, la créativité àla mesure du conformisme et l’unique de l’identité humaine dans sa propor-tion avec le même, ces équilibres relevant de l’articulation harmonieuse desassises affectives émotionnelles formant le socle de la dynamique vitale et deson lien à l’environnement.Le trouble mental décline parfois intensément ces trois questions :celle de la liberté du sujet dans l’angoisse et ses multiples formes (panique,tension, phobie, état dissociatif, somatisation...) où est mise en questiondirectement la Confiance, celle de la créativité dans le trouble de l’humeur,la dépression et la manie (et les immédiats de la crise, de l’itération, de l’ad-diction...) et celle de l’identité dans la dissociation schizophrène (retraitautistique, délire paranoïde) et dans le trouble psychotique et la disjonctionentre de Soi et le corps notamment.La haine se définit classiquement comme une hostilité très profonde,une exécration et une aversion intenses envers quelqu'un ou quelque chose.Calculée, froide et systématique, la haine se distingue de la simple inimitié,plus spontanée, impulsive et affective. De structure complexe, elle connoteune humeur dysphorique, sthénique et froide, un composite d’émotions néga-tives mêlant colère, tristesse, dégoût et peur, et souvent d’une satisfactionsthénique, un sentiment de frustration, d’injustice, de jalousie, de mépris, detrahison, qui forment le socle d’un thème de revanche et de vengeance, et ani-Séminaire de psychanalyse 2015 - 2016Approche phénoménologique existentielle de la haineApproche phénoménologique existentiellede la hainePr Dominique Pringuey

Si l’enjeu de la vie humaine répond de l’équilibration des antinomies existentielles fonda-mentales, la liberté au prix de la nécessité, la créativité à la mesure du conformisme et l’uniquede l’identité humaine dans sa proportion avec le même, alors l’expérience de la haine peut signi-fier la désarticulation entre les assises affectives émotionnelles et l’émancipation douloureusede la colère, du dégoût, de la tristesse et de la peur, détachées de la confiance et du sentimentbasal de sécurité et en rupture de leur lien proportionnel habituel Alors l’énergie vitale et l’exal-tation réduisent le projet humain à la quête solitaire, violente et illusoire d’une sauvegarde dela liberté, engagent la dynamique du sujet dans un unique principe de survie, et animent unedangereuse protestation identitaire qu’il faudra savoir saisir de la profondeur biographique. Lapathologie en psychiatrie et plus encore l’actualité de notre modernité interrogent plus dure-ment les racines de la haine et la genèse intersubjective de son exigence.Mots-clefs :haine, émotions, identité, phénoménologie, approche existentiellement un comportement d’évitement puis de violence.Ces traits mêlés d’humeur, d’émotion et de sentiment motivent la repri-se d’une phénoménologie de la vie affective émotionnelle qui d’abord entendpar affectivité la « faculté d’être affecté par... » (Tatossian 1979) et par affectun état psychique minimal qui caractérise le sens des réactions de l’agréable(plaisir) au désagréable (douleur). La vie affective résulte de la compositionde trois dimensions distinctes intriquées, l’humeur, assise basale, autonome,portant des variations lentes, de tonalité passive en épaisse toile de fond del’expérience (être de bonne ou de mauvaise humeur), le sentiment, affectivi-té-conflit et relationnelle, qui prend la forme significative d’une action dumoi, attachée à un objet particulier, et déroule le temps d’une action avec undébut, une acmé et une terminaison, et l’émotion, réactivité affective, sensi-bilité aiguë et ponctuelle, réponse non spécifique à l’événement mais qui vautpour un appui fort du lien relationnel dans le message corporel, réactionsignificative à expression faciale notable.Paul Ekman (1969) a proposé une typologie pratique de la catégorisa-tion faciale des émotions sur la base de leur universalité expressive, opposantautour des traits neutres de la surprise, la mimique si reconnaissable de la joie(appelant l’adhésion) au quatuor des émotions négatives, la tristesse, la peuret le dégoût (inspirant la fuite) et la colère (motivant l’attaque) (Mastsumoto2001).À la haine, on oppose aussi trop hâtivement l’amour qui depuis Platonmêle toujours plusieurs émotions « fondamentales » et ressort d’une compo-sition habile de la filia, amour pour le genre humain, du couple fait de l’éros,désir et plaisir sexuel, et de la storgé, amour dans la famille, les enfants, lesparents, le tout porté par l’agapéqui est le caractère inconditionnel, absolu etsacrificiel de l’amour.La haine plus qu’un visage, est à la fois un regard, une posture qui peutêtre agressive, menaçante, raide, tendue, une humeur rageuse, glaciale, colé-reuse, une menace, dans le geste, les insultes, la provocation, la malédiction,la vengeance, le projet de mort, un passage à l’acte, la violence, le crime...D’un point de vue descriptif, l’expérience de la haine signifie l’éman-cipation douloureuse de la colère, de la peur, du dégoût et de la tristessemélangés, émotions négatives en rupture de leur lien proportionnel habituelet détachées de la confiance et du sentiment basal de sécurité et leur recom-position plus ou moins marquée avec la dimension positive sthénique. Alorsl’énergie vitale et l’exaltation combinée aux émotions négatives réduisent leprojet humain à la quête solitaire, violente et illusoire d’une sauvegarde de laliberté, engagent la dynamique et l’énergie du sujet dans un unique principede survie, et animent une dangereuse protestation identitaire. Alors il faudrasavoir saisir de la profondeur biographique le début du trouble et y déceler lesracines de la colère, la genèse intersubjective à l’origine de son exigence.Haïr, c’est vouloir la mort de l’autre c’est le refus de toute détermina-tion et donc de l’autre, « banale » possibilité, certes extrême mais d’une sim-150ALI Alpes-Maritimes–AEFLSéminaire de psychanalyse 2015 - 2016Pr Dominique Pringuey

plicité étrange qui surligne l’effort éthique de la paix et du renoncement à laréciprocité (Girard 2007). Après l’échec du processus d’externalisation dia-bolique, elle apparaît comme la tentative ultime d’une projection du mal surl’autre, et devient le motif du combat contre « l’axe du mal ». Elle est enfinun échec définitif en ce que la liberté de l’autre est fondamentalement inac-cessible.« Homo homini lupus est» ! l’assertion « l'homme est un loup pourl'homme » serait la réponse ironique de Plaute vers 195 av. J.C. dansAsinaria, La Comédie des Ânes, à Cæcilius Statius pour qui Homo hominideus est,si suum officium sciat(l'homme est un dieu pour l'homme, s'ilconnaît son propre devoir) Fabulaincognita, V. 265, assertion que Sénèqueobstinément refuse : Homo, sacra res hominià (l’homme est une chose sacréepour l’homme) Lettres à Lucilius, XCV, 33. Thomas Hobbes la reprendradans l’épître dédicatoire de son De cive, et nombre sont ceux qui confirme-ront : Érasme Adagiorum Collectanea, Rabelais Tiers livre (chapitre III),Montaigne Essaislivre III, chapitre V, Agrippa d'Aubigné Les Tragiques(Livre I), Francis Bacon De Dignitate et augmentis scientiarum et NovumOrganum, Schopenhauer Le Monde comme Volonté et commeReprésentation...Pourquoi tuer l’autre« Je te tue avant que tu me tues », pour que jevive et que j’assure ma descendance..., mais je ne le sais pas. Je te tue pourfaire vivre et assurer le meilleur pour l’humanité à venir : on évoque l’étudepopulationnelle des haplotypes Y l’atout d’un brassage génétique adaptatifpar acquisition des femmes des vaincus (Haak 2015).Et Thomas Hobbesredevient à la mode. « C'est par crainte de la mortviolente que (l’homme) fait société avec ses semblables » (Decive1642).L'homme n’est pas sociable par nature mais par nécessité. L'égalité naturelle,soit le désir d’appropriation, fait peser sur la vie de tous une menace perma-nente. L’état de nature est un état de « guerre de tous contre tous » (Bellumomnium contra omnes), un état sans loi, sans juge et sans police... un étatfondamentalement mauvais ne permettant pas la prospérité, le commerce, lascience, les arts, la société. C’est seulement par contrat civil que l’hommegarantit ce qui ne l’était pas dans l’état de nature : sa liberté, sa sécurité etl’espoir de bien vivre. Selon son bon vouloir et l’air du temps.Hegeldans sa « Phénoménologie de l’esprit » (1807) considère quec’est en vue d’une reconnaissance mutuelle que toute conscience poursuitinéluctablement la mort de l’autre. Si les hommes sont engagés dans une lutteà mort les uns avec les autres, c’est afin de se faire reconnaître comme hom-mes, de s’élever au-dessus de la vie animale, de s’affirmer en tant que cons-cience de soi, d’accéder à la conscience de leur propre autonomie. Cettereconnaissance mutuelle par le combat avec l’autre assure les droits de l’êtresingulier et préserve la différence au sein de l’unité. Cette thèse de la recon-naissance sera reprise dans le contexte de la philosophie sociale par AxelHonneth (2008).JP Sartre (1943) dans « L’être et le néant* » propose un véritable151ALI Alpes-Maritimes–AEFLSéminaire de psychanalyse 2015 - 2016Approche phénoménologique existentielle de la haine

« traité » des relations concrètes avec autrui et entreprend une analyse phéno-ménologique fine de la haine, du sadisme et de la honte (p401) Il voit dans ledésir une émotion d’appropriation de la chair d’autrui : la conscience se faitcorps et fait l’expérience d’un trouble. Le sadisme manifeste l’échec dudésir ; il est refus de la chair et du trouble, pure conscience, pure liberté d’as-servir l’autre devenu un simple objet. La haine vaut pour un double échec carelle devient désir d’annihilation de l’altérité et de l’autre. Elle consiste à vou-loir la mort de l’autre pour se libérer totalement de son aliénation. Guerrecontre l’autre en général, la haine réclame elle-même d’être haie.De fait, l'autre constitue mon être même et j’ai besoin de l’autre pourla constitution de mon moi : je ne suis un être pour soi qu’à travers l’autre.Mais l’autre est aussi essentiellement celui qui me regarde et qui limite maliberté : je m'éprouve dès le départ dans la rencontre comme "possédé" parl’autre. Être vu par l'autre est ma honte, une passivité, une décentration demon monde. Je hais le pouvoir que l’autre a sur moi. Je hais l’autre en entier,son existence, sa liberté. Et je hais tous les autres en un seul. Et je leur fais laguerre...Mais « la guerre est finie ! » titre Frédéric Gros en 2006 dans son tra-vail intitulé « États de violence ». De fait, comme conflit armé, public et juste(Alberico Gentillis, De jure belli1597 livre I, chapitre II) la guerre qui vise àla mise en forme du chaos dans un horizon régulateur n’est plus. Elle reposaitjadis sur la tension éthique d’un échange de morts dans le contexte de l’hon-neur, du courage et du sacrifice ; elle avait pour objectif l’unité politique dela Cité, de l’État ou de l’Empire ; elle possédait un cadre juridique au titre dela « poursuite armée de la justice » qui se résumait dans une cause. La confi-guration terroriste dans l’assassinat aléatoire de civils démunis, l’attaqued’individus vulnérables, une surenchère d’atrocités portées dans la Cité, lespectacle du malheur nu, télévisé, en ligne, signent de fait la venue – leretour ? – des « états de violence ».La guerre consistait à risquer sa peau pour sauver des vies et, qu’on lagagne ou qu’on la perde, assurer l’avenir et la paix. Elle instaurait une rupturedans l’histoire. Le terroriste vise en se tuant à tuer le maximum de personneset à détruire le passé, dans la perpétuation indéfinie d’un cauchemar continuau sein d’un monde global régulé par les systèmes de sécurité et des interven-tions. De fait la guerre est finie, disparus ses honneurs et ses atrocités. Lavenue des états de violence diligente mesures sécuritaires, vigilance continue,et impose un vivre composant avec la violence devenue le sentiment de « vul-nérabilité d’un vivant soumis aux dangers de causes extérieures : attentatsaussi bien que maladies, accidents, catastrophe naturelle, conflits civils oucrimes de droit commun. ». (Gros 2006) C’est l’état terroriste.Et la radicalisation terroriste interroge. Si nous « revenons aux choseselles-mêmes », force est d’ébaucher une compréhension anthropologique del’acte terroriste. Celui-ci le plus souvent émane d’un membre d'une organisa-tion politique qui l’exécute pour imposer par la terreur ses conceptions idéo-logiques. Le terme de radicalisation, substantif de radical – de radix, la racine,se rapporte à ce qui est profond, intense, total, absolu, dans un comportement152ALI Alpes-Maritimes–AEFLSéminaire de psychanalyse 2015 - 2016Pr Dominique Pringuey

ou une décision, à ce qui détient un caractère excessif, fondamentaliste. Onqualifie ainsi l’« accroissement ou le renforcement du caractère extrémistedes pensées des sentiments et des comportements d’individus ou de groupesd’individus » animant une violence collective (Mandell 2009).D’une grille académique qui énumère ses propriétés, la radicalisationressort d’aspects multiples, psychologiques: cognitifs, émotionnels, motiva-tionnels, relationnelsde type empathique : propriété des structures et organi-sations assurant les recrutements, promoteurs: qui sont le fait d’instigateurs,de facilitateurs, de catalyseurs, et socioculturelset historiques, qui légitimentune contagion thématique aisée. Le modèle du processus d’adhésion actuelaux organisations de l’islam terroriste est instructif, dévoilant les ressorts desa dynamique (Centre de Prévention des Dérives Sectaires liées à l’Islam). Lemécanisme de recrutement passe dorénavant par les réseaux sociaux, nourrisde la propagande du cyberterrorisme et s’avère plus lisible de ce fait. Les spé-cialistes décrivent l’exemple typique de « l’hameçonnage » d’un sujet jeune,âgé de 15 à 25 ans, plutôt issu des classes moyennes et supérieures, venantdans 80 % des cas de familles athées (Bouzar 2014).L‘opération de radicalisation terroriste se prétextant de l’islam sedéroule en quatre phases. La première est une phase de sensibilisation depuisle web et les réseaux au travers d’informations générales notamment agré-mentées de vidéos. Le message rapporte les difficultés de notre vie quotidien-ne à une injustice qui génère un mal-être et à l’abandon par la laïcité de toutecroyance et pratique religieuse. Sont évoqués pêle-mêle les excès de la civi-lisation de consommation, le règne de l’argent, les publicités mensongères,les scandales sanitaires, la domination des firmes pharmaceutiques... le toutcouplé à une opération de « love bombing » qui renforce le lien. S’ensuit unephase de déconstruction selon une progression algorithmique calculée desmodalités du message, ajusté selon les intérêts du sujet par le suivi de ses« like ». Est alors affichée la thèse du complot : des sociétés secrètes mani-pulent l’humanité. Sont profilés les paramètres idéaux de la solution isla-mique extrémiste qui ont pour effet d’accentuer l’isolement. Le troisièmetemps est à la reconstruction qui personnalise les messages de séduction etprésente définitivement l’islam radical comme seule solution toujours plusmagnifiée par des qualités extraordinaires de beauté, de vérité, de pureté... Ledernier stade est celui d’un renforcement par un suivi serré, le rappel ducaractère irréversible de la conversion, l’usage de la culpabilisation, desmenaces... S’ensuit un intense processus d’intégration groupale militante,défaisant les derniers restes de la personnalité, par la formation au combatdans un climat de compétition pour atteindre l’idéal et la planification dehauts faits guerriers pour l’accomplir sous la forme majeure de l’attentat sui-cide. Bien que le suicide soit interdit dans l'islam, de même que les conduitesvisant à semer la corruption sur la terre, l’islamisme radical déploie une théo-rie mortifère, glorifiant la mort de ses combattants en guerre contre lesmécréants. Leur projet est de devenir « Chahid », martyr de Dieu, en tuant desimpurs pour gagner le paradis qui les attend.Cette progression ressemble singulièrement à un processus d’adhésionsectaire tel le mécanisme d’embrigadement pratiqué par la scientologie

notamment, comme le commente récemment un très important documentaire(Gibney 2015) basé sur un livre de témoignages édifiants (Wright 2015). Lepoint d’ancrage initial est à la vulnérabilité subjective. On s’adresse plutôt à un sujet de personnalité fragile, en période de difficulté, par exemple dans ledécours d’une déception sentimentale, en échec ou difficulté scolaires ou pro-fessionnels, à la suite d’un accident de santé... sujet dont les proches sont peu disponibles, le milieu familial distant, rigide et froid, peu aidant voire disqua-lifiant, ou « absent ». Voire, il s’agit d’un sujet rejeté par les siens pour divers motifs liés à ses comportements antisociaux tel la délinquance. C’est alors l’histoire d’une rencontre qui fournit une série de réponses aux questions émanant du mal-être vécu. Une écoute empathique facilite la verbalisation des problèmes créant un climat de confiance, une solution estsuggérée dans un message délivré de façon habillement dosée et manipulé, et qui aboutit de façon caractéristique à la proposition d’un soutien de diversesformes mais qui évolue au travers d’un projet d’intégration à un groupe sub-stitut du groupe d’appartenance sociofamilial d’origine. Ce groupe dominépar une figure d’autorité, dirigé souvent par un gourou, nouvelle communautétrès structurée, apporte un soutien souvent exalté, offrant une reconnaissancecapable de redonner confiance en soi et même de fournir une identité de rem-placement, jusqu’à la liberté de changer de nom pour un titre mythique,pseudoscientifique ou guerrier. Le processus initial d’amorçage montre enquoi la séduction dans sa puissance, et indépendamment de la recherche debénéfices secondaires, détient les principes de l’exercice d’une emprise surautrui et guide le projet de son aliénation. L’adhésion à une secte a été assi-milé à une addiction (Abgrall 1996, Clément 2006) selon le schéma classiqued’une rencontre significative entre un sujet, une situation et un produit.On retrouve une faiblesse initiale de l’adepte en rupture avec sonmilieu, un contexte d’anomie institutionnelle motivant l’expression culturelled’une protestation anthropologique contre les structures de la modernité(Hunter 1981) et la manifestation d’un besoin de transcendance par la recher-che d’un canal de contact avec l’extraordinaire – la science-fiction chezHubbard dans la création de la Scientologie (Wright 2015), le sacré et le supranaturel, satisfaisant alors un développement personnel impérieux depuis lesubstitut d’une famille que propose un groupe d’appartenance structuré.Il faut compter aussi avec les méthodes de persuasion au moins aumoment de l’amorçage initial. On a montré en psychologie générale dans lathéorie de l’engagement comment un individu se trouve lié à ses actes selonl’importance qu’ils revêtent pour lui (Kiesler 1971). De fait, il nous sembleque nous prenons nos décisions en toute liberté quand bien même autrui nous les auraient inspirées. Malgré nous, nos valeurs propres se trouvent mises en question dans les mécanismes d’obéissance « agentique » à l’autorité(Milgram 1963) comme à ses figures. Diverses stratégies de communication simples permettent d’obtenir que nous infléchissions nos comportements ou que nous changions d’opinion ou de croyance dans certaines circonstances,en faveur d’une « soumission librement consentie » résultant des mécanismes de contact, d’amorçage, de manipulation de l’information... et que nousadoptions en toute liberté des comportements nouveaux après avoir réaliséceux qu’autrui est parvenu à obtenir de nous (Joule & Beauvois 1998).Si nous revenons à l’étude des motivations à l’engagement terroriste,on relèverait diverses configurations psychosociales peu ou prou centrées surun vécu de haine. Dans un contexte sociohistorique propice, l’expérience duressentiment valide le principe de la vengeance et de sa réciprocité (Girard2007). Sur l’horizon relationnel matriciel, pour divers motifs indépendants dela question sociale, religieuse ou politique, père, mère et proches familiauxn’ont pas permis de surmonter une crise de l’adolescence, barrant l’accès dusujet à une autonomie harmonieuse. Cet échec motive alors la quête effrénéed’une identité, favorisant l’émancipation d’un projet radical. Reprenant leplus haut de la pyramide des besoins humains qu’Abraham Maslow a proposédans les années quarante, l’approche phénoménologique relie cette quêteidentitaire au comblement de trois besoins vitaux fondamentaux articulésentre eux :Un besoin de signification, un besoin de reconnaissance et un besoind’identité. Le besoin de signification, vigoureusement porté par Karl Jasperset Victor Emile Frankl, correspond au souci de donner un sens à sa vie, à lavie, et de savoir gagner sa liberté face à la nécessité, et dans certaines condi-tions la défendre au risque d’en mourir.Le besoin de reconnaissance étayé par Axel Honneth (2008), définittrois sphères interdépendantes : celle de l’intime, de l’amour, où est reconnuela valeur de l’être et qui fonde la confiance en soi, celle des activités coopé-ratives, du travail, de lavie de familleoù est reconnue la valeur de la contri-bution de l’individu, de son utilité sociale, et qui fonde l’estime de soi, et lasphère juridique et politiqueoù est reconnue la valeur de la liberté de l’indi-vidu et des droitsqui la garantissent, qui fonde le respect de soi. Lorsque nises proches ni le corps social ne permettent pas d’en disposer, on peut gagnercette reconnaissance d’une relation interpersonnelle « située » soutenue parune « appartenance » groupale nouvelle de substitut.Enfin, et il s’agit bien d’une issue de la reconnaissance, le besoin d’i-dentité que Paul Ricœur, après d’autres, a inscrit comme un enjeu existentielmajeur où, depuis l’autre, le Soi se construit, est fondamental : il s’agit d’êtrel’auteur de cette construction qui articule l’identité et le corps en vue d’équi-librer le même (identité Idem) et l’unique (Identité ipse), et en continu d’a-juster l’autre que Soi à l’autre de Soi, ou son inverse.Or pour le combattant, la guerre a valeur de tenir au moins cinq confi-gurations éthiques élémentaires (Gros 2006). À la guerre, il s’agit de sedépasser : c’est l’éthique chevaleresque, le défi des héros, un code d’honneur,l’affirmation de soi. Il faut tenir bon et manifester courage, endurance et maî-trise de soi. Il convient d’obéir, simple rationalisation de l’art de la guerre oùl’on devra savoir se sacrifier, mourir pour une cause qui nous dépasse, unidéal. Il est nécessaire d’en finir, soit d’anéantir l’autre jusqu’au désastre et àl’armistice. Ces configurations portent le parfait construit de l’identitéhéroïque où la mise en jeu de sa propre vie vise à gagner une liberté perdue,obtenir enfin une reconnaissance et assumer une identité durement acquise.155ALI Alpes-Maritimes–AEFLSéminaire de psychanalyse 2015 - 2016Approche phénoménologique existentielle de la haine

Et il est des situations de vie plus propice à la montée aux extrêmes,reportant la question à leur origine, ce que les classiques ont approché dansle concept de ressentiment, ce que Freud a vu dans le meurtre du père, ce quela phénoménologie pourrait retenir comme une récapitulation de l’êtreconfronté à une finitude perdue et réifiée en don où le vaniteux le dispute àl’absurde.CONCLUSIONEn contrepoint de la conclusion de Jean Paul Sartre à son œuvre prin-ceps « L’être et le néant » où il déplore que « L’homme (est) une passioninutile » p. 662, nous proposons de reprendre l’énigmatique déclaration deMartin Heidegger faite au cours d’un entretien télévisé en 1966 et publié auSpiegel en 1976 pour qui « seulement un Dieu peut encore nous sauver », unDieu advenant de nouveau dans « la lumière de l’Être » et venant nous sauver« de l’emprise du nihilisme » (Sichère 2002). L’interprétation de cette asser-tion depuis son grand œuvre suggérerait trois sources de salut possibles : desretrouvailles avec la parole des Grecs et les dieux de la Grèce..., la reprised’un dialogue passionné avec Nietzsche et avec le mot de Nietzsche ‘’Dieuest mort’’, et l’entente de la parole du poète Hölderlin : « Proche et difficileà saisir est le Dieu » (Sichère 2002).On a fait dire à André Malraux que « le XXIe siècle sera religieux oune sera pas » ce qu’il a récusé plusieurs fois. Questionné dans les années cin-quante sur le fondement religieux de la morale, Malraux répondait : « Depuiscinquante ans, la psychologie réintègre les démons dans l’homme. Tel est lebilan sérieux de la psychanalyse. Je pense que la tâche du prochain siècle, enface de la plus terrible menace qu’ait connu l’humanité, va être d’y réintro-duire les dieux. » « Le problème capital de la fin du siècle sera le problèmereligieux sous une forme aussi différente de celle que nous connaissons, quele christianisme le fut des religions antiques.». Pour signifier que le « retourdu religieux » auquel nous assistons, notamment sous sa forme fondamenta-liste et terroriste, est aux antipodes du religieux qu’il appelait : un événementspirituel majeur capable de sortir l’homme de l’abîme dans lequel il s’estplongé au cours du XXe siècle, l’avènement d’une « nouvelle spiritualité auxcouleurs de l’homme » étouffée en ce début de siècle par la fureur du chocdes identités religieuses traditionnelles » (Lenoir 2005).La question religieuse qui fait issue de cette réflexion motiverait dereprendre sous son enseigne notre développement où nous sommes de faitrendus au problème psychopathologique de la distinction entre croyances etdélire qui, pour être familier à la discipline, ne s’est jamais résolu aisément.BIBLIOGRAPHIEABGRALLP.La mécanique des sectes. Ed Payot Paris 1996/2002 Centre de Prévention des Dérives Sectaires liées à l’Islam. http://www.cpdsi.fr/.CLÉMENTF.Les mécanismes de la crédulité, Librairie Droz Genève/Paris,2006156ALI Alpes-Maritimes–AEFLSéminaire de psychanalyse 2015 - 2016Pr Dominique Pringuey

BOUZARD., CAUPENNECH., VALSANS.La métamorphose opérée chez lejeune par les nouveaux discours terroristesNovembre 2014. http://www.bou-zar-expertises.fr/metamorphoseELBOGENEB, JOHNSONSC.The Intricate Link Between Violence and MentalDisorder. Arch Gen Psychiatry 2009 ; 66, 2 :152-161 EKMANP, SORENSON, ER, FRIESENWV.Pancultural elements in facialdisplays of emotion. Science, 1969 ; 164 (3875), 86-88.FRANKLV.E.Découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie. Éditions del'Homme, Paris 1988, Réed J’ai lu, Paris 2013GIBNEYA.Scientologie sous emprise. Documentaire Canal+ du 11 novembre2015. Web 2:16:41 : https://www.youtube.com/watch?v=R-mhNHM1z3YGIRARDR.Achever Clausewitz. Ed. Carnets Nords Paris, 2007GROSF. États de violence. Essai sur la fin de la guerre. Ed. Gallimard HRFEssais Paris 2006HEGELPhénoménologie de l’esprit. 1807, Ed. Gallimard NRF Paris 1993HEIDEGGERM.« Seulement un Dieu peut encore nous sauver». Entretien auDer Spiegel le 23 septembre 1966HONNETHA.La lutte pour la reconnaissance dans la philosophie socialed’Axel Honneth. Présentation par Yannick Courtel, Revue des sciences reli-gieuses 2008, En ligne : rsr.622-la-lutte-pour-la-reconnaissance-dans-la-phi-losophie-sociale-d-axel-honneth1.pdf HUNTERJ.The new relidions : demodernization and the protest againstmodernity In The social impact of the new religions movementsEd. BrianNelson, The Rose of Scharon Press 1981, 1-19JASPERSK. Introduction à la philosophie. Ed. Bibliothèque Paris 2001JOULERV, BEAUVOISJL. La Soumission librement consentie : Commentamener les gens à faire librement ce qu'ils doivent faire ?PUF 1998.KIESLERCA.The Psychology of Commitment, Academic Press, New York,1971LENOIRF.Malraux et le religieux. Le Monde des religions, septembre-octo-bre 2005, n° 13MILGRAM, S."Behavioral Study of Obedience". Journal of Abnormal andSocial Psychology 1963 ; 67 (4) : 371–8. MANDELLD.R. Radicalization, what does it mean ?in Home GroundTerrorism. Ed. TM Pick et al. IOS Ress 2009, 101-113. From Tinking, Riskand Intelligence Group. Adversarial Intent Section Defence R&D Canada-TorontoMATSUMOTOD.Culture and Emotion. In D. Matsumoto (Ed.), The handbookof culture and psychology. New York : Oxford University Press. 2001, pp.171-194RICŒURP.Soi-même comme un autre. Ed. Seuil, Paris 1990.SARTREJP L’être et le néant. Ed. Gallimard Paris, 1943 pp 604SICHèREB.Seul un dieu peut encore nous sauver. Le nihilisme et son envers.Ed. Desclée de Brouwer, Paris, 2002TATOSSIANA.Phénoménologie des psychoses. Ed. Masson Paris 1969, Rééd.Art du Comprendre Vrin Paris 2011WRIGHTL.Devenir clair : la scientologie, Hollywood et la prison de la foi.Ed. Pirhana, 2015 pp. 464157ALI Alpes-Maritimes–AEFLSéminaire de psychanalyse 2015 - 2016Approche phénoménologique existentielle de la haine

 

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ARTICLE 2  du 19.06.2019

Mathieu Bock-Côté: «Contenir la haine ou étouffer la dissidence?»

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CHRONIQUE - Nul ne contestera la nécessité de civiliser les médias sociaux et de calmer les fous furieux qui y sévissent. Mais s’il faut maudire la haine, on aura au moins la décence de la définir sans œillères idéologiques.

La députée LREM Laetitia Avia a présenté à la commission des lois de l’Assemblée nationale sa proposition de loi sur «la haine en ligne». Cette préoccupation, de plus en plus présente dans le monde occidental, doit pourtant susciter de grandes inquiétudes. Si chacun peut convenir de la nécessaire civilisation des mœurs sur les réseaux sociaux, où se déversent quotidiennement des torrents de la boue virtuelle la plus toxique qui soit, certains se demandent si une telle politique ne conduira pas à une extension du domaine de la censure. La lutte contre «la haine en ligne» ne risque-t-elle pas de virer assez rapidement à la mise à l’index des idées qui ont mauvaise réputation et qui ne s’expriment pas toujours dans un langage amidonné? Ce n’est pas la première fois que LREM essaie de restreindre le domaine de la liberté d’expression.

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Car la question de la haine est plus complexe qu’on ne le croit. De manière quasi rituelle, on l’assimile au combat contre le racisme, l’antisémitisme, l’«islamophobie», l’homophobie et le sexisme. Qui s’y opposera? Toutefois, la définition de ces termes ne cesse de s’étendre. Qui s’oppose à l’immigration massive a de bonnes chances de passer pour raciste. Qui critique l’islam ou s’oppose à l’islamisme sera quant à lui étiqueté islamophobe ou antimusulman. Le refus de souscrire à l’agenda LGBTIQ+ vaudra assurément à l’inconscient qui s’y risque une réputation d’homophobe ou de transphobe. En d’autres mots, le régime diversitaire en vient presque inévitablement à ranger dans la catégorie des haineux ceux qui refusent de s’y soumettre. Peut-être est-ce inévitable lorsqu’on se croit porté par le sens de l’histoire.

C’est plus fort qu’elle : la gauche a tendance à transformer son combat politique en croisade idéologique et à transformer ses adversaires en ennemis du genre humain

C’est plus fort qu’elle: la gauche a tendance à transformer son combat politique en croisade idéologique et à transformer ses adversaires en ennemis du genre humain. Elle «extrême-droitise» systématiquement ceux qui lui résistent. La pensée progressiste se construit en rejetant dans les marges ce qui lui est étranger. Ne lui suffit-il pas de classer une idée à droite pour se croire dispensée de la discuter?

Dans son esprit, toute résistance à sa vision de l’émancipation s’exprime au mieux par l’ignorance, au pire par l’intolérance. Sans surprise, elle accuse ceux qui lui résistent de verser dans la haine. Ne serait-ce que pour cela, on devrait relativiser le concept de «discours haineux» ou d’«incitation à la haine» qui prend tant d’importance aujourd’hui.

Pour nos progressistes, ce sont toujours les groupes «minoritaires» qui sont victimes de la haine issue d’une «majorité» heurtée à l’idée de perdre ses privilèges et se déchaînant pour cela contre eux. La haine contre la «majorité», lorsqu’on daigne la reconnaître, sera interprétée comme une réaction exagérée mais légitime de défense des groupes discriminés contre le sort qu’ils subissent. Cette théorisation d’une haine à sens unique n’a rien pour surprendre. Faut-il rappeler que la sociologie diversitaire ose nier l’existence du racisme anti-Blancs comme si ce concept était fondamentalement absurde? Aussi bêtement militante soit-elle, cette sociologie n’en demeure pas moins aujourd’hui dominante, à la fois dans les sciences sociales et dans le système médiatique.

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Il existe pourtant aussi un progressisme haineux. Lorsque nos progressistes nazifient ceux qu’ils appellent les populistes, ils y cèdent. Il suffit de voir de quelle manière des figures publiques jugées controversées sont traitées sur les réseaux sociaux dès qu’ils sont rattrapés par la polémique. Le rituel est toujours le même: on les conspue, on les diabolise, on se demande pourquoi ils ont droit à une tribune et on en appelle à leur expulsion de l’espace public. Contre les salauds officiels du régime diversitaire, toutes les injures sont permises. Il suffit de voir le traitement réservé à un Éric Zemmour, qui subit une campagne de diffamation permanente dans les grands médias et sur les réseaux sociaux pour comprendre que la haine en elle-même n’indigne pas nos progressistes, et qu’ils n’y sont pas étrangers.

Revenons-y: nul ne contestera la nécessité de civiliser les médias sociaux et de calmer les fous furieux qui y sévissent en y multipliant les propos les plus abjects, clairement diffamatoires. Mais s’il faut maudire la haine, on aura au moins la décence de la définir sans œillères idéologiques. Sans quoi on sera en droit de se demander si la question de «la haine en ligne» ne sert pas plutôt de prétexte pour justifier le contrôle politique et idéologique sur les réseaux sociaux. Ce qu’on leur reproche, essentiellement, c’est d’être un espace se dérobant aux codes de la respectabilité politico-médiatique où peut s’exprimer sans complexe et quelquefois de manière débridée une vision du monde hostile à l’idéologie dominante. Autrement dit, il est bien possible qu’on cherche moins à contenir la haine qu’à étouffer la dissidence.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 22/06/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

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ARTICLE 1  du 19.06.2019

 

Les années Pompidou: était-ce le bon temps?

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RÉCIT - Il y a cinquante ans, Georges Pompidou succédait au général de Gaulle à la présidence de la République. La Ve République allait devoir fonctionner sans son fondateur. Ce «quinquennat» fut un temps de prospérité qui, cependant, vit poindre les germes des crises que nous connaissons.

C’était il y a cinquante ans, jour pour jour. Le président de la République par intérim, Alain Poher, accueillait ce 20 juin 1969 Georges Pompidou sur le perron de l’Élysée. Ainsi s’achevait la deuxième campagne présidentielle de l’histoire de la Ve République. Tout s’était précipité après la victoire du non au référendum du 27 avril sur la réforme du Sénat. Le général de Gaulle avait brusquement décidé de tirer sa révérence et de quitter l’Élysée, obligeant les électeurs à une présidentielle anticipée. Georges Pompidou, âgé de 58 ans, ancien premier ministre du général, s’y était naturellement présenté, même s’il était conscient du fait que son choix n’était pas à proprement parler une évidence pour le parti gaulliste. Il n’était pas un ancien de la France libre, un baron du «gaullisme». Mais il se réclamait de sa grande proximité avec le fondateur de la Ve République, lui écrivant dès le 28 avril, depuis son bureau du boulevard de Latour-Maubourg, qu’il se présenterait à sa succession pour conforter son œuvre: «Je puis vous assurer qu’aucune des grandes directions que vous avez marquées (…) ne sera abandonnée de mon fait.» Le Général n’était pas entièrement convaincu par ce discours. Pour lui, son échec au référendum était en partie dû à l’attitude de Georges Pompidou (qui avait pourtant fait campagne pour le oui, à la différence de Giscard d’Estaing).

Georges Pompidou et Charles de Gaulle, sur le perron de l’ Elysée, le 10 février 1968.
Georges Pompidou et Charles de Gaulle, sur le perron de l’ Elysée, le 10 février 1968. - Crédits photo : Rue des Archives/Credit ©Rue des Archives/AGIP

Entre le vieux Connétable et son fidèle serviteur, les relations s’étaient détériorées depuis les événements de Mai 68 et ils avaient cessé de se fréquenter après le triste dîner du 12 mars 1969 à l’Élysée. La misérable affaire Markovic, montage photographique d’une cellule de «barbouzes» du SDECE (service secret extérieur) humiliant Mme Pompidou, avait définitivement rompu les liens entre les deux hommes. Pompidou reprocha à de Gaulle de ne pas l’avoir assez soutenu dans cette épreuve mettant en cause l’honneur de sa femme. De Gaulle avait eu la réaction détachée de l’homme d’État impitoyable qu’il avait toujours été. «À trop vouloir dîner en ville dans le tout-Paris comme aiment le faire les Pompidou et à y fréquenter trop de monde et de demi-monde, il ne faut pas s’étonner d’y rencontrer tout et n’importe qui», dira de Gaulle à son fils. Le héros du 18 Juin reprochait notamment aux Pompidou leur familiarité avec des vedettes de cinéma qui frayaient ouvertement avec des truands. Le Général ne supportait pas cette fascination pour le showbiz de l’ancien petit enfant d’Auvergne qu’il aurait fini par surnommer «Marie-Cantal». Pour les gaullistes historiques, un autre «faux pas» avait accentué la rupture entre les deux hommes. Les déclarations de Rome et de Genève de Pompidou, où ce dernier avait fait savoir au début de l’année 1969 qu’il briguerait la succession du Général le moment venu. L’Élysée s’était empressé de faire savoir que la question n’était pas à l’ordre du jour. Bref, les entourages avaient fait monter la polémique. Querelles d’appareils sur fond de fin de règne.

En janvier 1968, 40 % des personnes sondées pensaient que la Constitution de 1958 ne serait pas maintenue après le départ du Général.

La grande question qui se posa dès l’annonce de la démission du Général était de savoir si les institutions de la Ve République, si ces fondations quasi monarchiques voulues par le Général, en d’autres termes cette «monarchie républicaine» bâtie pour son fondateur, seraient susceptibles de survivre à sa disparition. Ne risquaient-elles pas d’étouffer ses successeurs, comme le château de Versailles, pensé pour Louis XIV, fut fatal à ses héritiers? La grandeur peut se révéler fatale.

Certains Français s’interrogeaient. Après dix ans d’une présidence flamboyante, guidée par cet homme exceptionnel qui, comme le disait François Mauriac, disposait de «l’incroyable pouvoir d’oser dire: “Moi, la France”, et d’être cru», la question restait ouverte. En janvier 1968, 40 % des personnes sondées pensaient que la Constitution de 1958 ne serait pas maintenue après le départ du Général. L’histoire républicaine postérieure à 1969 doit ainsi se lire à travers cette question de la «normalisation» plus ou moins réussie du régime.

Dès le 29 avril 1969, l’ancien premier ministre du Général avait posé la question devant le groupe gaulliste de l’Assemblée nationale. Pompidou souligna que le successeur d’un «très grand homme» ne pourrait être que «condamné au mieux à un semi-échec historique». Dans Le Nœud gordien, le livre que Pompidou laissera inachevé à sa mort, il évoquera la nécessité d’opérer ce qu’il appelait un «retour à la normale». Et le 14 mai 1969, il déclarait devant les élus de la majorité: «Un président qui n’est pas le général de Gaulle ne peut pas gouverner comme le général de Gaulle.» Pompidou entendait donc «adapter les institutions à une présidence normale».

 

À gauche, beaucoup espéraient que cette Ve République ne résisterait pas au départ de son auteur.

À gauche, beaucoup espéraient que cette Ve République ne résisterait pas au départ de son auteur. Ils restaient opposés à ce présidentialisme exacerbé par la réforme de 1962, consacrant l’élection du président au suffrage universel. D’aucuns, comme Pierre Mendès France, ne voulaient même pas se présenter à l’élection afin de ne pas cautionner un tel régime. La gauche était aussi profondément fracturée par Mai 68. Aussi se présenta-t-elle en ordre dispersé à la présidentielle, notamment l’extrême gauche, toujours empêtrée dans des querelles de lignes et de personnalités. Les héritiers autoproclamés de Mai étaient devenus des frères ennemis et les trotskistes de la Ligue présentèrent Alain Krivine contre les «gauchistes» du PSU de Michel Rocard. Autant dire que la traduction politique de Mai 68 se trouvait définitivement morte, l’extrême gauche récupérant par le «sociétal» ce qu’elle avait définitivement perdu sur le plan politique.

Elle finira par gagner pour les cinquante prochaines années cette «crise de civilisation» pronostiquée par Georges Pompidou. Les années à venir virent le triomphe de la «critique artiste» (Boltanski et Chiapello) déstabilisant la vieille société bien plus que la critique sociale et l’ancienne violence de rue. La révolution est finie, place à la contestation et aux combats pour les «droits» des minorités (femmes, homosexuels, immigrés, etc.). Dans ce contexte d’ébullition intellectuelle, les vieilles gardes socialistes ne sont pas en forme, présentant Gaston Defferre à l’Élysée, François Mitterrand s’étant retrouvé parmi les non-inscrits, après avoir abandonné la présidence de la FGDS moribonde. Seuls les communistes semblent encore tenir la route grâce à leur candidat, Jacques Duclos, farouche stalinien qui a pour lui l’avantage d’être faussement jovial, ce qui illusionne une large frange populaire de l’électorat.

Cette gauche confuse et divisée se voit éliminée dès le premier tour. Les socialistes en particulier font un score lamentable de 5 % (en raison, dit-on, du soutien officieux de Guy Mollet au centriste Alain Poher). Seuls les communistes connaissent un grand succès, avec 21,27 %, un des meilleurs scores de leur histoire. Ils ne savent pas encore qu’ils sont comme l’oiseau de Minerve prenant son envol au crépuscule.

Le second tour oppose Pompidou, qui a fait au premier tour le plein du socle gaulliste (autour de 45 % de l’électorat), obtenant le score très enviable de 44,47 % des voix, au candidat des centristes, Alain Poher, président par intérim, qui a obtenu 23,31 %, guère plus que les communistes. Il paraît indéniable qu’il a échoué à incarner une alternative crédible au gaullisme, en particulier à cause de ses piètres performances télévisées.

Tous les sept ans, puis tous les cinq ans, le pays allait se transformer en une sorte de cour hystérique arbitrée par des chambellans médiatiques de plus en plus puissants et sans légitimité.

La télévision confirme l’importance cruciale qu’elle a commencé à prendre dès la première élection présidentielle de 1965. Ce fut probablement un élément que le Général n’avait pas mesuré en imposant la réforme de l’élection du chef de l’État au suffrage universel: la médiatisation et la personnalisation de la question politique finiront par devenir un poison mortifère pour la démocratie française. Tous les sept ans, puis tous les cinq ans, le pays allait se transformer en une sorte de cour hystérique arbitrée par des chambellans médiatiques de plus en plus puissants et sans légitimité. Les autres démocraties parlementaires européennes ne donnent pas, du fait de l’absence de cette élection cardinale, les mêmes pouvoirs aux médias audiovisuels. En l’espèce, ce système médiatique a profité à Georges Pompidou, bien plus à l’aise dans les débats que son adversaire. Alors qu’Alain Poher avait d’abord été encouragé par des sondages favorables, le candidat du centrisme, qui se présente comme le partisan d’une réorientation des institutions en faveur d’une logique plus parlementaire, une sorte de IVe République améliorée, laissant croire qu’il pourrait séduire une France lassée par la «grandeur» gaulliste, c’est finalement Georges Pompidou qui s’impose. Il sillonne le pays, Poher étant retenu à Paris du fait de ses responsabilités institutionnelles (il n’a pas la même liberté pour participer à des meetings dans toute la France). Le président par intérim a beau promettre in extremis qu’il nommera Pierre Mendès France à Matignon en cas de victoire, il ne parvient pas à convaincre la gauche. Le PCF déclare notamment que «Pompidou et Poher, c’est bonnet blanc et blanc bonnet». Finalement, la victoire de Georges Pompidou est éclatante: 58,21 % des suffrages exprimés. Le taux d’abstention est assez élevé pour l’époque (33,1 %). Au final, l’électorat gaulliste qui porte Pompidou à l’Élysée semble avoir un peu évolué: il apparaît plus conservateur que celui du gaullisme «historique» (le fameux «métro à 6 heures du soir») et aussi plus méridional. Le gaullisme se «droitise».


Dès son arrivée à l’Élysée, Georges Pompidou consacre les institutions de 1958, voire même, aux yeux de certains, les lave de leurs origines douteuses, comme l’affirme François Mitterrand lors de sa conférence de presse de ce 20 juin 1969, prétendant que «l’élection du nouveau chef de l’État a été légalement acquise», ce qui efface selon lui «le péché originel du 13 mai 1958» que l’auteur du Coup d’État permanent (1964) regardait comme un vulgaire golpe sud-américain.

« Chaban » a beau être un gaulliste historique, il est aussi un homme de la IVe

Le 20 juin, Pompidou nomme à Matignon Jacques Chaban-Delmas, qui présente le visage d’une politique libérale, ouverte sur la société, probablement nécessaire après Mai 68, même si la personnalité de «Chaban», comme on le désigne, voire «Charmant-Delmas» (dixit Le Canard enchaîné), semble aux yeux de certains un peu trop exubérante, pour ne pas dire superficielle. Au moins a-t-il le mérite de bien connaître les députés, dont il a été le président depuis les débuts de la Ve République. Très vite, l’opposition entre le style Chaban et le style Pompidou va devenir l’aliment de l’effervescence médiatique. Les entourages, en particulier ceux de la présidence derrière le conseiller spécial Pierre Juillet, n’y sont pas pour rien.

Le conflit éclate au sujet du discours de politique générale du premier ministre, prononcé le 16 septembre 1969. «Chaban» a beau être un gaulliste historique, il est aussi un homme de la IVe. Il n’a pas totalement intégré la présidentialisation à marche forcée de l’exécutif qui s’est accélérée depuis 1962. Aussi n’a-t-il pas pensé à faire valider le texte de son intervention sur la «nouvelle société» à l’Élysée. Le chef de l’État n’en a eu connaissance qu’à la dernière minute, alors qu’il était trop tard pour le corriger. Outre que Pompidou se méfie en homme de lettres des grandes formules creuses - il ne s’agit pas pour lui de parler de «nouvelle société» alors qu’il faut surtout adapter la «vieille société» -, il est surtout irrité - et son entourage se charge d’entretenir son courroux - que l’hôte de Matignon semble empiéter sur des prérogatives qui relèvent depuis le général de Gaulle de l’Élysée. Pompidou étant bien décidé à combattre tout ce qui pourrait rappeler la IVe République, il ne va pas cesser de surveiller et de déposséder petit à petit le premier ministre qui a osé le défier jusqu’à leur rupture définitive, en 1972, qui consacrera comme une sorte de virage conservateur de la présidence Pompidou.

Ces années Pompidou laissent l’impression d’avoir été le meilleur moment des  Trente Glorieuses, parenthèse enchantée dans une histoire de France déchirée et violente.

Malgré ces divergences de coulisses, aux yeux de ceux qui les ont connues, ces années Pompidou laissent l’impression d’avoir été le meilleur moment des  Trente Glorieuses, parenthèse enchantée dans une histoire de France déchirée et violente. Ces années qui vont de la chute du général de Gaulle jusqu’à la crise du pétrole, en 1973, avant le chômage de masse, la désindustrialisation, la construction européenne bancale, la crise des banlieues et de l’immigration, offrent aujourd’hui un fort goût de nostalgie car elles sont associées à une certaine idée du bonheur et de la confiance. La France se croyait encore une des plus grandes nations du monde et elle voyait le bonheur à portée de main. Le candidat Pompidou, lors du lancement de sa campagne électorale, le 16 mai 1969, en avait du reste fait un thème majeur: «Français, Françaises, je suis un démocrate, je crois être humain et libéral (…) pour préparer des lendemains qui peuvent être, qui doivent être heureux.» Et les électeurs en étaient alors persuadés.

Avec une croissance de 5 % l’an, la France passait alors pour « le Japon de l’Europe »

La France pensait avoir l’occasion historique d’échapper à ce «grand magasin de rancunes», comme disait Bernanos, qui marquait son histoire depuis 1789, toujours tiraillée entre deux camps irréconciliables. Elle ignorait encore ces crispations identitaires qui ont désormais pris notre pays à la gorge. Et les soubresauts de la colonisation ou de la guerre d’Algérie qui avaient marqué les débuts de la présidence de Gaulle semblaient du passé. En outre, le grand restaurateur de la «grandeur» du pays, le général de Gaulle, avait remis le pays d’aplomb. Avec une croissance de 5 % l’an, la France passait alors pour «le Japon de l’Europe» (à la même époque, le taux de croissance est de 2,7 % par an aux États-Unis et de 2,5 % au Royaume-Uni). Grâce à une politique industrielle visionnaire, menée par un État «colbertiste», le pays renouait avec la politique qui lui avait été profitable de Louis XIV à Napoléon III. À l’époque, les élites administratives, qui n’avaient pas cédé à l’«hérodianisme» (Toynbee) fatal des années 1980, y participaient encore avec conviction, persuadées de la nécessité de suivre la voie du «génie national», même si le discours sur la «nouvelle société», rédigé notamment par Jacques Delors, adepte de la future «deuxième gauche», dénonçait déjà un État «défectueux» et «tentaculaire».

La France était encore un des piliers du monde libre, mais d’un monde libre qui reposait sur un pacte équilibré entre le capitalisme et la démocratie, ne sacrifiant pas la seconde au premier. Le général de Gaulle en était depuis 1945 l’âme fédératrice. Et malgré une orientation sociale moins prononcée, Georges Pompidou en restait le continuateur. Cette tradition se poursuivra jusqu’au «tournant» de 1983, entamé paradoxalement par la gauche mitterrandienne (le fameux «compromis de Paris»). C’est alors que la France passa définitivement en deuxième catégorie, en se soumettant au modèle anglo-saxon.

C’est le président Pompidou qui pousse à une industrialisation à marche forcée, au nom d’un « progressisme » qui a des réussites (Concorde, TGV), mais finit par défigurer le vieux pays

Le président Pompidou, avec son physique de paysan, issu du terroir, mais doté d’un esprit raffiné et vif, saisissant les évolutions du monde, apaisait un peuple qui vivait depuis 1968 en fébrilité sociale. «Avec lui, les Français étaient rassurés», titrait Le Figarosous la plume de Jean d’Ormesson. «C’était le bon temps», ajoutait en 1984 le magazine L’Expressà propos de cette présidence souvent négligée. Il faut pourtant se méfier d’une lecture trop mélancolique de l’histoire. Car cette séquence des années Pompidou a aussi jeté les premiers grains de nos dissensions et de nos dérives, quand bien même la présidence de cet homme hautement estimable a toujours eu pour ambition de protéger les Français. Il n’a pu empêcher l’inéluctable déclin de la paysannerie (elle chute brutalement de 20 % à 10 %), le président s’en inquiétant pourtant: «Une nature abandonnée par le paysan, dira-t-il, devient une nature funeste.» De même n’a-t-il pu empêcher cette explosion d’une vie urbaine déshumanisante qui atteint près de 70 % de la population, non compensée par un cruel manque de logement, d’où les débuts de la «rurbanisation». Les salaires restent anormalement bas du fait d’un patronat parmi les plus conservateurs d’Europe, ne cessant, confiera Pompidou, d’exiger toujours plus de main-d’œuvre étrangère pour faire pression à la baisse sur les salaires, sans s’interroger sur les conséquences culturelles d’une telle politique.

Enfin, c’est aussi le président Pompidou qui pousse à une industrialisation à marche forcée, au nom d’un «progressisme» qui a des réussites (Concorde, TGV), mais finit par défigurer le vieux pays. Dans sa conférence de presse du 21 septembre 1972, le président Pompidou a ces mots malheureux: «Chère vieille France! La bonne cuisine! Les Folies Bergère! Le gai Paris! La haute couture… c’est terminé. La France a commencé et entamé une révolution industrielle.»

Nous payons cet état d’esprit. La victoire de Tricatel dans L’Aile ou la cuisse. Pompidou a beau avoir été un président cultivé, capable de citer Éluard ou un poète latin en conférence de presse, il n’en fut pas moins marqué par ces illusions saint-simonistes qui hantent la haute fonction publique française depuis le second Empire, et plus encore depuis 1945, et qui expliquent la façon dont certains n’ont pas hésité à moderniser le pays en le piétinant. Et cette tradition semble hélas loin d’être oubliée. D’autant que la «normalisation» voulue par Pompidou a fini à partir des années 1990 par se transformer en trahison. Au point de se demander si le régime posé par le général de Gaulle a finalement bien su résister à la disparition de son fondateur… Ce qui permettra à Emmanuel Macron d’affirmer en 2015 que le départ du général de Gaulle n’a toujours pas été digéré: «Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la politique française.» Parole toujours actuelle?

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Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 20/06/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici