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Articles

 

evangelizo.org
l’Évangile au Quotidien
« Seigneur, vers qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » Jn 6, 68

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Jeudi 14 Février 2019
Fête des saints Cyrille, moine, et Méthode, évêque, patrons de l'Europe
Calendrier ordinaire
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Sts Cyrille et Méthode , St Valentin

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Livre des Actes des Apôtres 13,46-49.

En ces jours-là, à Antioche de Pisidie, Paul et Barnabé déclarèrent aux Juifs avec assurance : « C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes.

C’est le commandement que le Seigneur nous a donné : ‘J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre.’ »

En entendant cela, les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants.

Ainsi la parole du Seigneur se répandait dans toute la région.

 

Psaume 117(116),1.2.

Louez le Seigneur, tous les peuples ;

fêtez-le, tous les pays !

 

Son amour envers nous s'est montré le plus fort ;

éternelle est la fidélité du Seigneur !

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 10,1-9.

En ce temps-là, parmi les disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre.

Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.

Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.

Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin.

Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison.’

S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous.

Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison.

Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté.

Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.” »

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

 

 

Bulle

Saint Paul VI
pape de 1963-1978
Discours du 22/05/1970 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)

Saint Cyrille et l'alphabet cyrillique

Nous sommes très heureux de... commémorer le grand saint Cyrille, qui avec son frère saint Méthode est justement honoré comme apôtre des Slaves et fondateur de la littérature slave. Cyrille a été un grand apôtre qui a su réaliser d'une manière remarquable l'équilibre entre les exigences de l'unité et la légitimité de la diversité. Il s'est appuyé sur un principe traditionnel et immuable : l'Église respecte et assume toutes les virtualités, toutes les ressources, toutes les formes de vie des peuples auxquels elle annonce l'Évangile du Seigneur, en les purifiant, en les fortifiant, en les élevant. C'est ainsi que les saints Cyrille et Méthode ont pu faire en sorte que la révélation du Christ, la vie liturgique et la vie spirituelle chrétiennes se sont trouvées « chez elles » dans la culture et la vie des grands peuples slaves.

Mais que d'efforts il a fallu à Cyrille pour être capable de mener à bien une telle œuvre ! Sa pénétration de la langue et de la culture des peuples slaves étaient le fruit d'études longues et persévérantes, d'une abnégation continuelle, servie par un génie peu commun qui a su fournir à cette langue et à cette culture le premier alphabet... Ce faisant il a jeté la base d'un immense développement littéraire et culturel qui n'a jamais cessé de s'amplifier et de se diversifier jusqu'à nos jours... Que saint Cyrille, l'homme de la tradition qui reste toujours un exemple pour les hommes d'aujourd'hui dans leurs efforts de s'adapter aux changements qui se produisent, [nous] inspire dans [nos] efforts pour la concorde et la paix entre peuples de diverses cultures et traditions.

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Les francs-maçons mécontents de voir CIVITAS aux européennes

 

Comme on pouvait s’en douter, la franc-maçonnerie n’a guère apprécié l’annonce de Civitas de présenter une liste aux élections européennes.
Ainsi, le blog maçonnique Hiram écrit :

CIVITAS TOUJOURS CONTRE LA FRANC-MAÇONNERIE

Par Géplu dans Anti-maçonnerie

Le site d’extrême-droite « Nous sommes Partout », déjà présenté ici, a publié le 18 janvier une interview d’Alain Escada, le président de Civitas (…) qui milite pour la « rechristianisation » de la France et qui s’est constitué en 2016 en parti politique.

Escada y annonce que son parti va présenter une liste aux élections européennes, occasion qui lui permettra de « tenir sur la place publique un message décomplexé, catholique, patriote, pro-famille, anti-système et anti-mondialiste ». Il réaffirme que son parti n’est « pas démocrate », mais que la tribune électorale lui permettra de démonter « une série de mensonges imposés en dogmes républicains ».

A la question « Quelle alternative souhaitez-vous proposer face à une Europe totalitaire et, n’ayons pas peur des mots, de filiation maçonnique ? », il répond : Nous allons tout simplement nous avancer dans cette campagne électorale comme un cheval de Troie anti-union européenne. (…) Civitas proposera des mesures radicales : le Frexit et la reprise en main de notre destinée, la mise en place d’une alternative à l’UE : un traité d’alliance des patries européennes, la remigration, l’organisation d’un blocus maritime mettant fin à l’arrivée incessante d’embarcations d’immigrés illégaux, l’inscription dans le marbre que l’Europe est chrétienne, avec toutes les conséquences civilisationnelles que cela implique, la promotion d’une vraie politique familiale et nataliste, l’interdiction des sociétés secrètes, le contrôle sévère des pratiques des lobbies auprès des institutions européennes,…

Un vaste et bien joli programme…

Voici l’entretien complet accordé par Alain Escada au site “Nous sommes partout” :

Le parti catholique Civitas entend présenter une liste aux élections européennes de mai prochain. Son président, Alain Escada, entend tenir sur la place publique un message décomplexé, catholique, patriote, pro-famille, anti-système et anti-mondialiste.

• Civitas est un parti politique depuis 2016 et a déjà participé aux élections législatives de 2017 en France, initiative qui n’a guère été couronnée de succès vu l’abstention massive et le boycott médiatique face à un parti catholique. Quelle leçon avez-vous tiré de cette expérience ?

D’abord, il faut préciser que, n’étant pas démocrate et refusant toute démarche de compromission qui pourrait s’apparenter à ce que je qualifie volontiers de prostitution électoraliste, j’ai souvent répété aux membres de Civitas que notre camp politique ne gagnera pas le pouvoir par les élections, sauf circonstances exceptionnelles.
Notre participation aux élections a pour premier objectif essentiel de pouvoir nous adresser à grande échelle aux Français. L’avantage des élections européennes est la circonscription unique : participer à ce scrutin nous permettra de toucher chacun de nos concitoyens. Et croyez-moi, nous tiendrons un discours sans langue de bois !
Pour réformer la France, il faut d’abord atteindre et gagner les cerveaux et les âmes des Français. Cela passe par une première étape de réinformation. La tribune électorale peut y contribuer en démontant une série de mensonges imposés en dogmes républicains.

• Visiblement, la leçon n’est pas négative puisque Civitas souhaite présenter une liste aux Européennes. Comment allez-vous faire face à un tel investissement ?

Le défi financier est énorme, nous en sommes conscients. Peu d’électeurs imaginent le coût que représentent l’impression et la livraison des bulletins de vote à fournir dans tous les bureaux électoraux. Il nous faut rassembler au bas mot un million et demi d’euros. Pour un jeune et petit parti, sans subventions, c’est un enjeu de taille. Nous lançons donc une souscription spéciale. Nous nous fixons trois mois pour rassembler la somme. C’est le prix pour pouvoir libérer la parole et tenir sur la place publique un message décomplexé, catholique, patriote, pro-famille, anti-système et anti-mondialiste. Nul autre parti que le nôtre ne dira avec franchise et fermeté ce que nous nous préparons à démontrer aux Français.

• Quelle alternative souhaitez-vous proposer face à une Europe totalitaire et, n’ayons pas peur des mots, de filiation maçonnique ?

Nous allons tout simplement nous avancer dans cette campagne électorale comme un cheval de Troie anti-union européenne. Nous allons démontrer comment ces institutions européennes sont les ennemies des peuples et des Nations. Cette Union Européenne est le temple des banksters cosmopolites et des forces occultes. Elle se permet d’imposer ses diktats aux Etats qui la composent, les gouvernants lui ayant abandonné leur souveraineté. Civitas montrera à travers mille exemples, dans les domaines les plus variés, de l’immigration à l’agriculture, de l’économie à la santé, comment cette Union Européenne va systématiquement à l’opposé du bon sens. Civitas dénoncera avec précision les incroyables gabegies dont se rendent coupables ces institutions européennes. Civitas proposera des mesures radicales : le Frexit et la reprise en main de notre destinée, la mise en place d’une alternative à l’UE : un traité d’alliance des patries européennes, la remigration, l’organisation d’un blocus maritime mettant fin à l’arrivée incessante d’embarcations d’immigrés illégaux, l’inscription dans le marbre que l’Europe est chrétienne, avec toutes les conséquences civilisationnelles que cela implique, la promotion d’une vraie politique familiale et nataliste, l’interdiction des sociétés secrètes, le contrôle sévère des pratiques des lobbies auprès des institutions européennes.

• Quel regard Civitas, parti catholique, porte-t-il sur l’état de la France et en particulier sur le conflit des gilets Jaunes ?

La France vit un réveil inattendu d’une partie de sa population. La révolte des gilets jaunes s’accompagne d’une défiance virulente à l’encontre des médias du système, des pseudo-élites et donneurs de leçons (de BHL à Yann Moix, pitoyables chiens de garde de la pensée unique), des partis politiques et des représentants de la république au sens le plus large (le président Macron, les ministres, les députés, les préfets, les hauts fonctionnaires, ainsi que la police politique du régime). Mieux encore, ici ou là, des gilets jaunes mènent des actions devant les Banques Rothschild et Lazard, demandent l’interdiction de la franc-maçonnerie ou l’abrogation de la loi Taubira. La prise de conscience se fait chaque jour plus grande. A mesure que monte la colère tombent les œillères !
Bien évidemment, il faut faire la part des choses. Les gauchistes de tous poils sont également bien présents dans les manifestations de gilets jaunes et feront tout pour manipuler le mouvement. Mais c’est aux militants catholiques et nationaux d’être plus efficaces et intelligents et d’occuper le terrain avec persévérance.

• Au delà des élections, avez-vous des projets pour vous développer et renforcer votre présence dans les régions françaises ?

Le vrai enjeu pour nous, ce sont les élections municipales de 2020, particulièrement dans les petites communes de la France rurale. C’est là que nous pourrons connaître de réels succès, augmenter le nombre de nos élus locaux, conquérir des responsabilités et mener une véritable politique de reconquête au service du bien commun. Notre engagement sur l’échiquier des élections européennes, en augmentant notre visibilité, nous permet de développer notre implantation locale. Nous le constatons dès à présent. Et il faut bien en avoir conscience, la véritable reconquête se fera à partir de l’échelon local. C’est pourquoi nous voulons mettre en place ce que j’appelle des villages catholiques et gaulois.

• Comment comptez-vous pallier l’absence de médiatisation due à votre statut de « bête immonde » et d’adorateur de Notre Seigneur Jésus Christ ?

Nous n’avons ni l’argent des banquiers apatrides ni le soutien des ambitieux qui galopent au secours des victoires assurées. Il faudra donc redoubler d’imagination, utiliser au mieux les talents de chaque bénévole et faire de chaque euro dépensé une balle qui atteint sa cible. Nous miserons d’abord sur les médias alternatifs et dissidents – comme le vôtre – et sur les réseaux sociaux pour tenter de propager des messages percutants. Nous privilégierons aussi la présence sur le terrain, partout où s’exprime le Pays Réel. Nous avons la foi qui déplace les montagnes !

Source cliquez ici

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L’Europe emportée dans son “tourbillon crisique”

Il est manifeste que le pays aujourd’hui le plus à l’aise en Europe pour la manœuvre politique pouvant amener des gains considérables, c’est sans aucun doute l’Italie. Son terrain d’essai favori, son “souffre-douleur” principal, c’est sans aucun doute la France : l’Italie de Di Maio-Salvini joue avec la France de Macron comme un chat avec une souris, – et cela quoi qu’on pense des gains ou des pertes tactiques de la politique suivie par l’un ou l’autre leader italien ; l’essentiel est bien dans l’affrontement du “modèle populiste italien” et du “modèle antipopuliste français” assiégé par le populisme français.

(Il existe par ailleurs un contentieux important entre Français et Italiens dans les affaires internationales : les relations avec la Russie, la Libye en 2011, les migrants, etc., tout un ensemble que rappelle WSWS.org dans un article de ce 8 février 2019. Mais pour notre compte, nous pensons que l’enjeu qui prime tout, balaye toutes les autres considérations et concerne directement les deux pays, y compris dans le même sens, est la situation totalement nouvelle créée par le gouvernement populiste à Rome et la crise des Gilets-Jaunes en France.)

Le triumvirat italien joue sa pièce à merveille. Di Maio, le Vice-Premier du M5S, joue à fond les Gilets-Jaunes parce qu’il trouve en eux une réplique parfaite des méthodes d’action des 5 Etoiles, dans cette démarche de “démocratie par le bas” et juge que c’est ainsi renforcer son mouvement en Italie, en perte de vitesse vis-à-vis de La Liga. Salvini, lui, travaille au niveau européen, pour réaliser un rassemblement populiste. Les deux partis populistes sont concurrents en un sens mais ils ont pour l’instant tout intérêt à travailler de conserve, contre les croutes diverses qui peuplent le rassemblement devenu grotesque de l’UE. L’élégant Premier ministre Conte est certes une potiche, mais il n’est nullement inutile quand les circonstances le permettent, en prodiguant auprès des pays étrangers qui se sentent touchés par ces remous des bonnes paroles que l’on finit en général par entendre...

La dernière intervention polémique est celle de Di Maio, avec des Gilets-Jaunes eux-mêmes objets de contestation en France (ce dont Di Maio n’a cure, puisqu’il ne considère que l’aspect symbolique des  GJ contre la direction française)... « Luigi Di Maio, vice-président du Conseil des ministres italien, s'est félicité, dans un tweet publié ce 5 février, d'avoir rencontré “le leader des gilets jaunes Christophe Chalençon et les candidats aux élections européennes de la liste RIC d'Ingrid Levavasseur”. “Le vent du changement a traversé les Alpes.” a-t-il commenté.

» Le leader du mouvement 5 étoiles ne tarit pas d'enthousiasme dans sa publication et pour cause, cette rencontre s'inscrit dans un contexte électoral européen imminent. De fait, la liste de “ralliement d'initiative citoyenne” (RIC), composée de Gilets jaunes, a été confirmée le 24 janvier dernier, quatre mois avant les élections européennes. Si la démarche est saluée par Luigi Di Maio, il est à noter qu'elle peine à susciter l'engouement du mouvement citoyen. Les choix politiques passés de certains des premiers membres de la liste ‘RIC’ inquiètent particulièrement les Gilets jaunes

» Réagissant au tweet de Luigi Di Maio, le journaliste de Libération Vincent Glad a noté la présence sur la photo d'une autre figure contestée au sein des Gilets jaunes, celle de Marc Doyer. “On retrouve même à gauche sur la photo Marc Doyer, l'ancien macroniste devenu gilet jaune avant de se retirer de la liste RIC sous la pression de la base” commente-t-il. »

Cette fois, ou dans tous les cas pour l’instant, l’intervention de Conte n’a pas réussi à voir se lever un orage sévère entre la Franc et l’Italie à la suite de l’initiative de Di Maio, – ou bien disons qu’elle n’a pas encore le temps de faire sentir ses effets puisqu’elle n’a pas eu lieu officiellement. La France a rappelé son ambassadeur à Rome, pour la première fois depuis 70 ans, c’est-à-dire depuis la chute de Mussolini et l’installation de l’actuel régime démocratique.

« Le ministère des Affaires étrangères français a annoncé avoir rappelé son ambassadeur en Italie pour des “consultations” ce 7 février, dénonçant des “accusations répétées, d[es]attaques sans fondements, d[es] déclarations outrancières” qui n'ont “pas de précédent depuis la fin de la guerre”. Le communiqué du Quai d'Orsay pointe également du doigt «les dernières ingérences» italiennes qui «constituent une provocation supplémentaire et inacceptable», faisant certainement référence à la rencontre, le 5 février, entre le vice-président du Conseil italien Luigi di Maio et des représentants de Gilets jaunes. Une rencontre déjà qualifiée de “provocation” dès le 6 février[par le Quai d’Orsay]

» “Tous ces actes créent une situation grave qui interroge les intentions du gouvernement italien vis-à-vis de sa relation avec la France”, estime en outre le Quai d'Orsay, avant d'annoncer sa décision de rappeler l'ambassadeur de France en Italie, Christian Masset. Le communiqué se conclut par un appel à son voisin italien à “retrouver la relation d'amitié et de respect réciproque”. »

Les relations entre la France et l’Italie ont ainsi atteint un point de tensions sans précédent entre deux États-Membres de l’UE, et cela nullement sur un contentieux objectif, sur une question de forme de type institutionnel ou organisationnel, mais certes sur une question de fond qui constitue le cioeur de notre Grande Crise d'Effondrement du Système. Nous disons “point de tension” et nullement “point de rupture” puisque nous sommes au sein de l’UE et cela impose des liens et des affrontements excluant la rupture au sens classique de la diplomatie. Cette situation engendre des effets particuliers. L’appartenance commune à l’UE n’implique nullement dans ce cas un mécanisme d’apaisement venant surmonter l’affrontement ; au contraire, en maintenant ces liens particuliers à l’UE, y compris avec rappel d’ambassadeur, cette situation permet à l’affrontement de se poursuivre, donc de s’aggraver, si l’un ou l’autre des protagonistes l’entend ainsi.

Cet affrontement entre l’Italie et la France nous apparaît justement exceptionnel par sa gravité formelle et politique à la fois, entre deux pays d’une Union si vantée pour sa cohésion et dans laquelle la cohésion porteuse d’une nécessaire marche vers l’intégration représente un enjeu central de la stabilité de l’ensemble, et tout cela plus encore entre deux pays du noyau initial de l’Europe. D’autre part, il faut considérer combien cette exceptionnalité de l’affrontement France-Italie correspond en vérité à un affrontement politique fondamental et complètement exemplaire du grand affrontement en cours au cœur du Système entre deux pays exemplaire par leurs caractères autant que par leurs poids politiques respectifs :

• La France de Macron, particulièrement et exceptionnellement dans le chef de ce président, se trouve être selon nous dans les circonstances présentes le pays du bloc-BAO le plus soumis au Système du fait de la subversion cherchant à susciter un effondrement de sa psychologie collective conduite sous une pression d’une force sans précédent par une équipe dont l’entreprise est sans aucun doute de type démoniaque. Dans ce cas, la France apparaît comme le pays le plus engagé dans la voie de la soumission au Système dans sa transcription opérationnelle, par ses voies à elle qui prennent en général l’allure qu’on connaît déjà d’une soumission à l’Allemagne.  (Voir le texte de Régis de Castelnau, du 31 janvier 2019 sur VuduDroit.) Bien entendu et en contrepartie radicale qui fait heureusement constater que l’attaque du Système se fait dans une situation absolument effervescente du fait de cette attaque, ce même pays est l’objet d’un mouvement de résistance antiSystème d’une puissance et d’une originalité considérables, à mesure de l’orientation satanique imposée par sa direction.

• L’Italie de Di Maio-Salvini constitue le premier pays d’une réelle puissance, et d’un poids incontestable, qui s’est structuré selon les conceptions populistes qui l’orientent nécessairement vers l’antiSystème, sans rencontrer au niveau national d’opposition-Système réellement efficace, notamment dans le champ d’affrontement de la communication. Selon cette logique d’affrontement dans le cadre de l’activisme Système-antiSystème, l’Italie semble suivre une politique d’agression ouverte contre la France, toujours selon les normes du temps qui privilégient le terrain de la communication bien sûr. En un sens, l’affrontement France-Italie a une importance symbolique exceptionnelle au cœur de l’Europe et au cœur du Système ; et dans cet affrontement, l’Italie attaque la France de façon ouverte, comme si elle identifiait le pays dont la direction suit la voie la plus démoniaque, donc nécessitant une attaque frontale.

Du côté des institutions européennes, on n’est pas en reste dans une situation d’extrême tension, même si les attitudes d’une extrême inquiétude sont conduites d’une façon beaucoup plus structurée, en un sens dans une forme beaucoup plus stable et retenue que les affrontements entre les États-Membres. Pour autant, la gravité des conflits en cours n’est pas moindre, et peut-être est-elle même réalisée dans toute leur extrême gravité beaucoup plus que dans les États-Membres impliqués.

D’une façon très imagée et pour rester dans le registre ésotérique, nous dirions que l’état d’esprit des directions institutionnelles débat autour de la question de l’enfer... Effectivement, on se bouscule au portillon pour savoir qui, dans la direction européenne, est le plus proche de l’enfer. Pour le président Donald Tusk, le Royaume-Uni, totalement à la dérive pour le Brexit, navigue sur les rives de l’Enfer. A côté de cela, son complice Jean-Claude Juncker philosophe dans le même sens, mais pour son propre compte.

Donc, si pour Tusk l’enfer c’est les autres, – les Anglais, – pour Juncker, l’enfer c’est lui-même, – c’est-à-dire, le travail qu’il fait, l’action de la Commission...  « Je me demandais à quoi ressemblait cet endroit spécial en enfer pour ceux qui ont promu le Brexit sans même un schéma d'un plan pour le réaliser en toute sécurité », a déclaré Tusk, suggérant que maintenant il sait, car il n’y a qu’à regarder le Royaume-Unis dans tous ses ébats et ses négociations avec Cerbère. Là-dessus, Juncker a renchéri mais dans le sens où l’enfer c’est lui-même, comme s’il était son propre Cerbère, une chope à la main : « Je suis moins catholique que mon bon ami Donald. Il croit fermement au paradis et par opposition à l'enfer. Je crois au paradis et je n’ai jamais vu l’enfer, mis à part le temps où je faisais mon travail ici, – car ici c’est bien l’enfer ».

Actuellement, des sources dans les institutions européennes signalent un changement remarquable dans la forme des préoccupations gravissimes en cours. La situation habituelle a toujours été que les institutions tenaient une ligne plutôt idéologique optimiste et pleine d'allant, confiant dans leur puissance et leur capacité pour conduire les États-Membres à cesser leur contestations, leurs querelles, etc. pour se regrouper dans l’ensemble institutionnel qu’offre l’UE. Les passages difficiles dans tel(s) et tel(s) États-Membres étaient considérés en général avec un réalisme idéoilogique optimiste parce qu’un événement institutionnel marquait la limite de la crise et nul ne doutait dans la bureaucratie bruxelloise que le retour aux normes européennes l’emporterait. Aujourd’hui, le réalisme idéologique bruxellois alimente plutôt un profond pessimisme, notamment dans deux crises, – celle du Brexit avec le Royaume-Uni et celle des Gilets-Jaunes et toutes les incertitudes satellites dont la France est secouée.

La position très dure de l’UE dans le Brexit a moins à voir avec un compte à régler avec le Royaume-Uni, et une victoire à emporter pour l’UE, qu’avec la crainte-panique à Bruxelles qu’un Brexit réussi grâce à des concessions de l’UE donnerait à d’autres pays l’idée de tenter à leur tour la sortie de l’UE. Selon le jugement de John Laughland, « l’UE doit tout faire pour que le Brexit échoue et que la séparation se fasse dans le chaos, pour éviter une réaction en chaîne avec d’autres pays membres ». Dans le cas français qui est l’autre crise qui les inquiète, à Bruxelles centre de l'Europe, l’idée d’un référendum pour sanctionner le “Grand Débat” en cours, destiné à mettre un terme à la crise des GJ est loin de rassurer la bureaucratie. Nul ne sait si cette crise peut être arrêtée de cette façon, et nul ne sait surtout si un référendum (sur quoi ? Sur quelle(s) question(s) ? Etc.) ne donnerait pas l’effet contraire d’accélérer la crise. Les précédents extrêmement récents et encore presque brûlants sont terriblement fâcheux : c’est l’idée de Cameron de soumettre l’idée du Brexit à référendum (juin 2016) pour liquider l'idée, qui a abouti au résultat inverse ; c’est un référendum sur une réforme constitutionnelle (décembre 2016)  qui a eu la peau de Matteo Renzi et a ouvert la crise italienne accouchant du premier gouvernement populiste G5S-Liga.

Jusqu’ici si assurée de sa puissance, l’UE a, aujourd’hui, brusquement peur de son destin.

Mis en ligne le 8 février 2019 à 10H45

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DOSSIER - La plupart des romans s'intéressent aux débuts d'idylle ou aux mariages qui se désagrègent. Alain de Botton raconte l'histoire de couples dont l'amour s'approfondit avec les ans. Une nouvelle tendance littéraire?

Le philosophe anglais Alain de Botton publie un roman qui raconte et analyse les étapes de l'histoire d'un couple pendant quinze ans. Passionnant.

LE FIGARO. - Votre livre s'érige contre la vision romantique de l'amour que véhicule la littérature. Que reprochez-vous au romantisme?

Alain DE BOTTON. - L'idéal romantique nous a menés à la catastrophe. La littérature amoureuse, à quelques exceptions près, comme Madame Bovary , qui se moque de l'illusion romantique, a ruiné notre vie sentimentale en n'accordant de l'importance qu'à la rencontre amoureuse. Il est criminel de prétendre par exemple que Roméo et Juliette est une grande histoire d'amour. C'est l'histoire d'une pathologie adolescente! La majorité des romans d'amour ne s'intéresse qu'aux prémices de l'amour, ce laps de temps où l'on rencontre celui ou celle qu'on revêt de toutes les qualités et qui nous plonge dans l'extase. Comme si la beauté des débuts suffisait à garantir la grandeur et la pérennité de l'amour. Cette croyance empêche d'apprendre à faire vivre, croître, s'enrichir la relation amoureuse dans le temps.

Quel genre de romans d'amour aimeriez-vous lire?

J'ai envie de lire des romans qui décryptent ce qui est en jeu dans les disputes homériques qui peuvent naître dans les rayonnages d'Ikea et la façon dont un couple peut en triompher. Selon moi, lorsque deux personnes se décident l'une pour l'autre, leur histoire d'amour ne fait que commencer. Les écrivains devraient s'intéresser davantage à ce qui se passe lorsqu'on vit en couple depuis un certain temps. J'aimerais lire des romans qui mêlent l'analyse au récit comme le fait Proust pour déchiffrer les émotions extrêmes qu'un microévénement provoque chez un personnage. Une vie de couple est semée de ce genre de tsunamis émotionnels qui demandent à être interprétés. Une querelle domestique, quand elle force un couple à se dépasser pour ne pas s'entre-tuer, m'intéresse autant qu'une bataille dans un roman de chevalerie.

«Les Grecs considèrent que l'amour est fondamentalement pédagogique. Dans un couple, chacun est tour à tour maître et disciple»

Alain de Botton

À vous lire, on se dit que l'histoire d'un couple ressemble à une épopée et qu'elle requiert une bonne dose d'héroïsme.

Je m'intéresse en effet à l'héroïsme de la vie quotidienne, aux odyssées contemporaines comme celle que raconte James Joyce dans Ulysse . Il y a parfois plus de bravoure à vivre en couple qu'à partir marcher seul en Sibérie. Il y a des épreuves et des joies quotidiennes qui mériteraient de jouir d'un certain prestige. Le mariage est un parcours initiatique, un combat et une aventure. Même si on aime son conjoint, il faut une sacrée force d'âme pour ne pas devenir fou par moments et pour ne pas céder aux chants des sirènes et des romanciers qui nous disent que la vraie vie est ailleurs. Dans la littérature française, la vie bourgeoise est toujours l'ennemi. L'artiste déteste la vie de famille. C'est un point de vue très puéril. Une des fonctions de l'art, me semble-t-il, est de montrer que la vie est intéressante, même si on va au boulot et qu'on prend le métro. Par exemple, l'art néerlandais du XVIIe siècle voit dans la vie quotidienne quelque chose de beau, une sorte d'accomplissement.

Peut-être que si les couples considéraient leur histoire comme un roman en train de s'écrire, cela les aiderait à continuer de tourner les pages pour aller au bout?

Exactement. On devrait vivre sa vie de couple comme un roman d'amour qu'on écrit à deux. Un roman d'apprentissage. Car, j'y tiens beaucoup, aimer, ça s'apprend, ça n'est pas inné. L'amour est un talent à cultiver et pas seulement une émotion. Il naît d'un enthousiasme, mais, pour durer et se fortifier, il requiert du savoir-faire, comme une œuvre d'art. L'inspiration ne suffit pas. Créer un couple, c'est comme écrire un livre, cela suppose un certain labeur, et une habileté. Nietzsche parlait de créer sa vie. Si deux personnes qui s'aiment pensaient qu'elles sont cocréatrices de leur couple, de leur amour, elles en tireraient de la fierté et du courage. C'est ainsi que l'amour peut faire grandir les deux protagonistes. Je voudrais lire des Bildungsroman amoureux qui montrent comment les héros mûrissent en apprenant à s'aimer.

«Le mariage est un parcours initiatique. Même si on aime son conjoint, il faut une sacrée force d'âme (...) pour ne pas céder aux chants des romanciers qui nous disent que la vraie vie est ailleurs»

Alain de Botton

Comme remède au romantisme, vous préconisez un retour à la conception grecque de l'amour?

Oui, les Grecs disaient que l'amour naît du sentiment d'admiration qu'on éprouve devant les qualités de l'autre. Par conséquent, plus l'amour devient profond, plus se fait sentir le désir de devenir vertueux et d'aider l'autre à développer ses vertus. Les Grecs considèrent que l'amour est fondamentalement pédagogique. Dans un couple, chacun est tour à tour maître et disciple. Sous l'influence du romantisme, l'homme et la femme modernes pensent qu'il faut être soi-même et refuser que l'être aimé leur demande de se perfectionner. Platon disait au contraire que c'est une preuve d'amour que de vouloir aider son amant à devenir une meilleure version de lui-même. Il ne s'agit pas de vouloir que la personne qu'on aime soit autre qu'elle n'est, mais de l'aider, avec tact et intelligence, à s'accomplir. Comme un éditeur guide un écrivain pour améliorer son manuscrit. L'amour n'est pas une effusion mais un ouvrage à remettre chaque jour sur l'établi. L'être humain aussi. J'ai une vision mélancolique de l'amour et du bonheur. J'ai conscience que la perfection n'existe pas mais j'en ai la nostalgie, si bien que je ne renonce pas à y tendre. De nos jours, cette sagesse se perd. On a une vision trop optimiste et idéaliste de l'amour. La déception est inévitable et engendre le cynisme.

Votre roman montre très bien que l'amour requiert un grand talent d'interprétation pour lire son conjoint entre les lignes. Tout un art?

Oui. Il faut avoir l'intelligence et la patience d'expliquer par des mots un geste agressif ou un accès de froideur. Un couple doit développer un véritable art de la traduction émotionnelle. Il faudrait comprendre, par exemple, que lorsque l'un des conjoints dit «j'en ai marre de toi», cela peut vouloir dire «j'ai besoin que tu t'occupes de moi», comme le ferait un enfant qui dit à son père «je te déteste». Aimer quelqu'un, c'est avoir la générosité et l'énergie d'aller chercher derrière des paroles déplaisantes ou carrément meurtrières l'ancienne douleur qui les suscite. C'est ce que fait Dostoïevski. Je ne comprends pas grand-chose à la religion, mais en lisant ses romans, j'ai commencé à saisir ce que les chrétiens appellent la miséricorde. Tout le monde, a fortiori son conjoint, mérite d'être compris et pardonné. Il faut cesser d'exiger l'amour parfait, comme le rêve dangereusement le romantisme, pour se mettre à le prodiguer sans calcul. L'un des ferments de l'amour au long cours, c'est la charité.

«Aussi longtemps que dure l'amour», d'Alain de Botton, traduit de l'anglais par Lucien d'Azay, Flammarion, 330 p., 17€.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 29/09/2016. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

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" « À l’instantanéité doit succéder la réflexion, à la réaction incessante le recul stratégique.»

La stratégie naît il y a 2 500 ans, à Athènes et en Chine avec Sun Tzu et son célèbre Art de la guerre. Art militaire au départ, méthode de pensée pour l’action, elle apparaît de plus en plus indispensable dans notre monde moderne. Pourtant, le sens en a été oublié.
Aujourd’hui, les décideurs – entrepreneurs, politiques, militaires –( ...les couples ...époux ..., ) sont accaparés par le court terme et la tactique. Atteints de myopie décisionnelle, ils éprouvent des difficultés grandissantes à prendre du recul. Ils ont perdu l’habitude et le goût de la stratégie, qu’ils pratiquent de moins en moins alors qu’elle seule peut apporter des réponses à la complexité du monde et à l’accélération du temps.
ll faut entrer en stratégie, utiliser celle-ci pour modeler le présent et bâtir l’avenir. Le but de cet ouvrage est de faciliter cette démarche, de l’éclairer et de la démythifier.
Entrer en stratégie est un guide de survie et de succès. "

 

ARTICLE

 

Général Vincent Desportes : « Qu'est-ce que la stratégie au XXIe siècle ? »

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FIGAROVOX.- Pourquoi faut-il «entrer en stratégie»?

Vincent DESPORTES.- C'est simplement vital, tant pour le succès de toutes les entreprises humaines d'une certaine ampleur… que pour la survie du monde que nous aimons. Et pourtant, toujours davantage, les dirigeants, quel que soit leur champ d'action, sont dévorés par l'instantané. Si l'on n'y prend garde, la tentation du court terme frappe. Partout. Sauf exception, le politique se consacre d'abord au succès des prochaines élections. Il délaisse le long terme qui, quoi qu'il arrive, ne lui appartient pas et ne lui profitera pas ; il abandonne aisément les grands principes pour les petits choix et les faciles arrangements. La focalisation se fait sur les questions locales de court terme où des progrès tangibles peuvent être produits au cours des cycles électoraux. On promet beaucoup pour l'avenir - on y rasera gratis! - mais on ne le construit pas, puisqu'il sera celui des autres. L'entrepreneur succombe à la même obsession. Les patrons de petites ou moyennes entreprises, peu secondés, sont accaparés par leur quotidien qu'accélèrent les flux croissants d'information. Ceux des grandes entreprises cotées, obsédés par la dictature des résultats trimestriels, sont facilement victimes de «myopie managériale» ; ils privilégient les bénéfices rapides au détriment de la création de valeur à long terme. L'actionnaire, souvent anonyme, attend des résultats immédiats dont l'absence le priverait de revenus et dégraderait le cours de Bourse. Les responsables sont jugés et remerciés sur leur capacité à mettre en œuvre de soi-disant stratégies… dont les résultats sont évalués toutes les douze semaines! Il faut donc absolument que les dirigeants s'obligent à «entrer en stratégie»: c'est la seule solution pour sauver le monde qui vient.

Mais «entrer en stratégie», n'est-ce pas une démarche incertaine et risquée?

Certes… mais infiniment moins que de ne pas oser le faire! Oui, la pratique stratégique est aussi nécessaire que périlleuse. Elle est en effet engagée en sens unique: ce qui fut ne sera plus jamais. La stratégie modifie de manière définitive le champ dans lequel elle se déploie. Elle se développe d'états nouveaux en états nouveaux, non rationnellement anticipables mais aussi irréversibles que le temps. La boîte de vitesses stratégique ne dispose pas de marche arrière et le billet d'envol ne peut qu'être qu'un aller simple et définitif pour un temps qui n'a pas de limite: en stratégie jamais de victoire définitive, pas de début, de milieu et de fin de partie, celle-ci n'étant que le début de la partie suivante. Le temps ne s'arrête jamais dans l'espace stratégique en reconfiguration permanente. L'exercice stratégique est hasardeux: mieux vaut s'y engager plus fort d'une bonne compréhension de ce qu'il est et de ce qu'il sera. Fruit de mes réflexions et de mon expérience, mon dernier ouvrage veut y aider.

Y a-t-il véritablement des écoles stratégiques différentes?

Toute pensée stratégique est spécifique: la stratégie et son stratège sont indissolublement liés. C'est là tout l'intérêt de la notion même de culture stratégique. L'inné, la culture du stratège jouent un rôle important. La relation de tout acteur stratégique au monde, à son adversaire et à lui-même est spécifique. Confronté au même dilemme stratégique, un Occidental, habitué à l'action ponctuelle et rapide, en puissance, dans le temps court, choisira une stratégie très différente de celle d'un Asiatique penchant naturellement à l'action progressive dans le temps long, à l'économie des moyens par le contournement indirect de la volonté adverse. Au sein de cultures plus proches, comment pourrait-on imaginer qu'un Français - pétri de centralisme, de hiérarchie et de cartésianisme - puisse juger de la même manière qu'un Allemand naturellement fédéraliste, cogestionnaire et kantien? Ou que le même Français, imprégné des alignements symétriques des jardins «à la française» saisis d'un seul coup d'œil, puisse aborder son espace concurrentiel avec le même esprit que son camarade britannique amoureux des courbes et des recoins, des irrégularités et surgissements successifs des jardins «à l'anglaise» d'un pays où la jurisprudence remplace Code civil et Code pénal? Inévitablement, les uns et les autres auront des lectures différentes de la réalité.

La pensée stratégique française a donc de vraies particularités?

Oh, oui: elle est le fruit de notre géographie, de notre histoire, de notre culture. Mieux vaut connaître ses racines pour comprendre la force mais aussi les pièges de notre culture stratégique. Fortement influencée depuis le XIXe siècle par la pensée positive d'Antoine de Jomini, la réflexion stratégique française souffre d'une faiblesse historique.

Chez le général suisse, l'ennemi n'est pas considéré comme une volonté en conflit, mais comme une addition de capacités destinée à recevoir les effets de la stratégie de son adversaire plus qu'à y réagir. Cette objectivation trompeuse de l'adversaire permet à Jomini de postuler l'existence d'un adversaire passif, privé d'initiative, et donc de définir des règles précises pour la conduite de la guerre. Ce paradigme jominien a favorisé en France une représentation positive de la guerre, formulable en principes autonomes. Cet effacement du caractère éminemment dialectique de la confrontation stratégique s'est renforcé de la tendance naturellement cartésienne de notre pensée. Ceci est un vrai piège qui nous a valu de cuisantes défaites, en 1870, 1940 et même août 1914 face à une culture stratégique allemande fondamentalement clausewitzienne et concevant donc au contraire l'espace stratégique comme celui de la confrontation de deux volontés libres et indépendantes.

La pensée stratégique militaire s'applique-t-elle dans d'autres domaines d'action?

Absolument! La stratégie est «une»: ce n'est pas parce que la stratégie est née dans les champs de guerre et n'a imprégné que beaucoup plus tard les autres champs de l'action humaine que les grands principes ne sont pas identiques. Il est même fascinant de constater que l'entreprise est un arrivant fort tardif dans le monde de la stratégie. Il a fallu pour cela que les entreprises aient à faire face à des conditions concurrentielles sévères dans un monde devenu à la fois plus ouvert et plus opaque. La stratégie des affaires est ainsi encore un art nouveau: la fin des Trente Glorieuses, le choc pétrolier des années 1970, la progressive transformation du marché de la demande en un marché de l'offre, la croissance de la concurrence étrangère en ont engendré le besoin. Il faut attendre le milieu des années 1960 pour que le premier livre de stratégie d'entreprise soit publié, qu'un premier cours de stratégie soit mis sur pied à la Harvard Business School, que les cabinets de consultants commencent à proliférer. L'un des précurseurs en ce domaine, Bruce Henderson - le fondateur du fameux BCG, le Boston Consulting Group - observe alors que «la plupart des principes de base de la stratégie proviennent de l'art de la guerre». A cette brève expérience entrepreneuriale, s'opposent en effet des millénaires de pensée et d'action stratégiques militaires. Puisque la stratégie est une quel que soit le milieu dans lequel elle se déploie, il est raisonnable de s'appuyer sur cette solide expérience militaire pour réfléchir la stratégie, et donc la complexité qui la rend nécessaire.

Au fond, faire une stratégie n'est-il pas simplement un pari sur l'avenir!

Inévitablement, mais un pari conscient et réfléchi! Le premier point est que l'explorateur-stratège doit «entrer en stratégie» en conscience des multiples pièges tendus, afin de les déjouer et de construire l'avenir qu'il s'est choisi. L'avenir y est difficilement prévisible même si, aujourd'hui, les grands prêtres du big data tentent de nous faire croire le contraire: aucune conjonction de données et de calculs ne permettra de percer le secret des ricochets des réactions d'acteurs aussi indénombrables que toujours plus interconnectés. La connaissance stratégique ne peut prétendre à la perfection et toute décision stratégique est subjective par essence. Elle ne peut être qu'un pari étroitement lié au parieur-stratège, relatif à son inclination et à l'état momentané de sa compréhension de l'espace stratégique. Notre parieur-stratège doit décider sans aucune certitude quant aux résultats de sa décision.

Ici se conjuguent l'angoisse et l'espoir volontariste du stratège. Si l'avenir est toujours conditionné par le passé, il n'est en rien déterminé à l'avance: chaque instant possède un nombre infini de futurs possibles. Et c‘est l'objet même de la stratégie que de peser sur le cours des événements pour les conduire, malgré les volontés antagonistes, vers l'avenir que le stratège a choisi. Rappelons-nous la belle perception d'Henri Bergson: «L'avenir, ce n'est pas ce qui va nous arriver, mais ce que nous allons faire»! La stratégie, c'est d'abord la question d'un avenir à vouloir puis à construire avec et malgré le présent. Mais, ne pouvant prédire l'avenir, le stratège va le créer afin de se libérer de l'incertitude et de la fatalité, puis modifier le présent pour le conduire vers son ambition: il choisit et façonne le monde.

Vous avez effectivement raison, la nature même de l'espace stratégique implique que toute stratégie soit fondée sur des présuppositions - dont on recherchera cependant la robustesse par le biais de la science et du raisonnement - et que toute action humaine y relève du pari.

N'est-ce pas un peu inquiétant tout de même? Il n'y a donc pas de vérité, de recette stratégique?

Et non! Aucune stratégie n'a de garantie de bon fonctionnement. Penser que la vérité, traduite en plan, permet d'atteindre l'objectif témoigne d'une prétention irréaliste à ce que la stratégie puisse maîtriser le réel. La tentation de vérité stratégique est dangereuse car elle conduit à l'aliénation intellectuelle, à l'idéologie, c'est-à-dire à l'inverse du doute, donc à l'échec. Pas de projet stratégique qui puisse se construire sur la certitude de la connaissance et de la compréhension: il s'agira tout au plus de parvenir à une approximation fiable de l'environnement et de la capacité causale des décisions. Dans ces conditions, il est évidemment illusoire de rechercher le succès stratégique à partir d'artifices et de raisonnements qui ne varient pas. Pas de livre de cuisine en stratégie, ni de solution universelle: pas de drill, mais un lent apprentissage de l'art du questionnement. Il existe des vérités techniques, il en existe de tactiques, mais il n'existe de vérités stratégiques que ponctuelles et momentanées, forgées d'adaptations, donc d'initiatives. La stratégie ne peut prétendre qu'à un compromis idéal sans cesse remis en cause: l'équilibre stratégique est par nature un équilibre dynamique qui ne se trouve que dans le mouvement et sa propre déformation. La vérité, le prêt-à-porter stratégique, sont des leurres pour stratèges incompétents. S'il en existait, la stratégie ne servirait à rien!

Un conseil encore pour l'explorateur-stratège?

sûrement. Une idée forte: la stratégie, c'est la question d'un avenir à vouloir puis à construire avec et malgré le présent. Cela exige vision, volonté et adaptation permanente focalisée sur l'ambition. En dépit des contestations que ne manquent jamais d'engendrer ses décisions, il «veut» fermement, afin de dépasser les difficultés rencontrées par son action dans un monde toujours nouveau, modifié de surcroît par ses propres agissements. Interface entre la pensée et l'action, navigant entre rationalisme et empirisme, rigoureux dans sa démarche mais jamais rigide, il doit à la fois douter et croire, concilier l'inconciliable et faire preuve de capacités rarement rassemblées chez un être humain

Aussi, celui qui entre en stratégie doit-il penser en architecte et non en maçon. Loin de construire le futur à partir du passé et du présent, prêt à affronter ce qui n'a jamais été, il doit accueillir le flot continu des circonstances nouvelles comme autant d'opportunités et, sans s'en abstraire, se dresser au-dessus d'elles pour aller vers son ambition. Il doit refuser toute attitude seulement réactive face aux circonstances émergentes: ce serait nier la capacité de l'homme à engendrer des opportunités nouvelles. Il ne peut se contenter d'anticiper les évolutions prévisibles et de s'y préparer. Par son action, il s'efforce au contraire de modeler le futur, de provoquer les changements nécessaires à la réalisation de son ambition. Ne pouvant prédire l'avenir, il va le créer afin de se libérer de l'incertitude et de la fatalité, puis modifier le présent pour le conduire vers son ambition: il choisit et façonne le monde qui vient.

L'homme entre en stratégie parce qu'il ne se résigne pas: il entend créer son destin.

Général Vincent Desportes, propos recueillis par Etienne Campion (Figaro Vox, 1er février 2019)

 

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DOCUMENT | Professeur de théologie morale, le cardinal Caffara est archevêque de Bologne. Spécialiste du mariage, de la famille, de la procréation, il fut l’homme de confiance de saint Jean Paul II sur ces questions, et à ce titre, le premier président de l’Institut pontifical d'études sur le mariage et la famille créé en 1981 à l'université du Latran, à la suite du synode de 1980. Inlassable promoteur de la théologie du corps du pape polonais, il a émis des critiques sévères contre le rapport du cardinal Kasper en faveur d’une remise en cause de la doctrine de l’Église sur l’accès à la communion des divorcés-remariés. Le pape François lui a récemment témoigné toute son estime. Dans une conférence prononcée le 12 mars dernier, à Rome, à l’Université pontificale de la Sainte-Croix, il revient sur les défis de la proposition chrétienne en matière de mariage dans la culture occidentale.

IL EST NECESSAIRE, pour que je puisse indiquer avec la rigueur conceptuelle voulue? quel est exactement le thème de ma réflexion, de procéder à une clarification des termes qui vont être employés.

Foi : j’entends par là la fides quæ en ce qui concerne le mariage. Elle est synonyme d’“évangile du mariage” non seulement au sens objectif, c’est-à-dire ce que l’Évangile propose à propos du mariage, mais également au sens subjectif, c’est-à-dire l’Évangile, la bonne nouvelle qu’est le mariage. Il faut souligner que ma réflexion va porter sur la doctrine de foi à propos du mariage considérée non pas en soi, mais en tant qu’elle est communiquée dans un contexte culturel précis, celui de l’Occident. En bref : ma réflexion va porter sur la communication de la proposition chrétienne en matière de mariage dans la culture occidentale.

Je passe maintenant au second terme : culture. Par ce mot, j’entends la perception du mariage telle qu’elle est actuellement répandue en Occident. Et par perception, j’entends la manière de penser le mariage, qui s’exprime principalement dans les systèmes juridiques des États et dans les déclarations des organismes internationaux.

Je vais maintenant entrer dans le vif du sujet. Ma réflexion va être structurée en trois parties.

Dans la première, je chercherai à esquisser une présentation de la situation culturelle dans laquelle le mariage se trouve actuellement en Occident.

Dans la seconde, je chercherai à identifier les problèmes fondamentaux que cette situation culturelle pose à la proposition chrétienne en matière de mariage.

Dans la troisième, j’indiquerai quelques modalités fondamentales selon lesquelles l’Évangile du mariage doit être proposé aujourd’hui.

I- Situation du mariage en Occident

« Rari nantes in gurgite vasto. » Ce vers célèbre de Virgile donne une photographie parfaite de la situation du mariage en Occident. L’édifice du mariage n’a pas été détruit ; il a été déconstruit, démonté morceau par morceau. À la fin, nous avons tous les morceaux, mais il n’y a plus d’édifice.

Toutes les catégories qui constituent l’institution matrimoniale – conjugalité ; paternité-maternité ; filiation-fraternité – existent encore, mais elles n’ont plus une signification univoque.

Pourquoi et comment cette déconstruction a-t-elle pu se produire ? Si nous commençons à descendre en profondeur, nous constatons qu’est en train de se réaliser une institutionnalisation du mariage qui fait abstraction de la détermination bio-sexuelle de l’être humain. Il est de plus en plus possible de concevoir un mariage totalement séparé de la sexualité propre de chacun des deux époux. Cette séparation va jusqu’à impliquer une autre catégorie, celle de la paternité-maternité elle-même.

La conséquence la plus importante de cette débiologisation du mariage est que celui-ci est réduit à être une simple émotion privée, qui n’a plus une importance publique fondamentale.

Le processus qui a conduit à séparer l’institution matrimoniale de l’identité sexuelle des époux a été long et complexe.

1/ Le premier élément de ce processus est constitué par la manière de concevoir le rapport de l’individu avec son corps. Il s’agit là d’un thème qui a toujours accompagné la pensée chrétienne. Qu’il me soit permis de décrire l’évolution des choses au moyen d’une métaphore.

Il existe des aliments qui, lorsqu’ils sont ingérés, peuvent être métabolisés sans créer de problèmes, que ce soit dans l’immédiat ou ultérieurement ; ils ne provoquent pas non plus d’indigestions ni d’augmentation du taux de cholestérol. Il existe d’autre part des aliments qui, lorsqu’ils sont ingérés, sont d’une digestion difficile. Il existe enfin des aliments qui sont nuisibles pour l’organisme, y compris à long terme.

La pensée chrétienne a ingéré la conception platonicienne et néoplatonicienne de l’homme et cette décision a créé de graves problèmes de “métabolisme”. Pour reprendre une expression chère aux théologiens médiévaux, le vin de la foi risquait de devenir l’eau de Platon, au lieu que ce soit l’eau de Platon qui devienne le vin de la foi.

Augustin a vu très clairement et très profondément que la difficulté résidait dans l’humanitas-humilitas Verbi, dans le fait qu’il s’était fait chair, corps.

La difficulté proprement théologique ne pouvait pas ne pas devenir également une difficulté anthropologique concernant précisément le rapport individu-corps. La grande thèse de saint Thomas qui affirmait l’unité de substance de l’individu n’a pas triomphé.

2/ Second élément. La séparation du corps et de l’individu trouve une impulsion nouvelle dans la méthodologie qui est propre à la science moderne, consistant à éliminer de son sujet d’étude toute référence à la subjectivité, dans la mesure où celle-ci n’est pas une grandeur mesurable. Le parcours qui permet de séparer le corps et l’individu — la réduction, la transformation du corps en un pur objet — peut alors être considéré comme pratiquement achevé.

D’une part la donnée biologique est progressivement éliminée de la définition du mariage ; d’autre part et par conséquent en ce qui concerne la définition du mariage, les catégories d’une subjectivité réduite à une pure émotivité deviennent centrales.

Je m’arrête quelques instants sur ce point. Avant que ne soit pris le virage de la débiologisation, le “génome” du mariage et de la famille était constitué essentiellement de la relation entre deux relations : la relation de réciprocité (la conjugalité) et la relation intergénérationnelle (la génitorialité). Ces trois relations étaient intra-personnelles : elles étaient pensées comme des relations enracinées dans l’individu. Elles ne se réduisaient certainement pas aux données biologiques, mais les données biologiques étaient assumées et intégrées dans la totalité de l’individu. Le corps est un corps-individu et l’individu est un individu-corps.

Actuellement la conjugalité peut être ou bien hétérosexuelle, ou bien homosexuelle ; quant à la génitorialité, elle peut être obtenue au moyen d’un procédé technique. Comme l’a justement démontré Pier Paolo Donati, nous sommes en train d’assister non pas à un changement morphologique, mais à un changement du génome de la famille et de celui du mariage.

II- Problèmes posés à l’Évangile du mariage

Dans cette seconde partie, je voudrais identifier les problèmes fondamentaux que cette situation culturelle pose à la proposition chrétienne en matière de mariage.

Je pense qu’il ne s’agit pas en premier lieu d’un problème éthique, de comportements humains. La situation dans laquelle se trouvent actuellement le mariage et la famille ne peut pas être traitée en premier lieu par des exhortations morales. C’est une question radicalement anthropologique que celle qui est posée à l’annonce de l’Évangile du mariage. Je voudrais maintenant préciser en quel sens.

1/ La première dimension de la question anthropologique est la suivante. Il est bien connu que, selon la doctrine catholique, le mariage sacrement coïncide avec le mariage naturel. Je pense que la coïncidence entre l’un et l’autre ne peut plus, aujourd’hui, être mise en doute au point de vue théologique, même si, avec et après Duns Scot qui fut le premier à la nier, il y a eu de longues discussions à ce sujet au sein de l’Église latine.

Aujourd’hui, ce que l’Église voulait et veut toujours dire avec l’expression “mariage naturel” a été démoli dans la culture contemporaine. La “matière”, qu’il me soit permis de le dire, a été retirée au sacrement du mariage.

C’est à juste titre que les théologiens, les canonistes, et les pasteurs s’interrogent actuellement à propos du rapport foi-sacrement du mariage. Mais il existe un problème plus radical. Celui qui demande à contracter un mariage sacramentel, est-il capable de contracter un mariage naturel ? Ou bien : est-ce que ce n’est pas son humanité – plutôt que sa foi – qui est tellement dévastée qu’il n’est plus en mesure de se marier ? Il faut certainement avoir présents à l’esprit les canons 1096 (« Il faut que les contractants n'ignorent pas pour le moins que le mariage est une communauté permanente entre l'homme et la femme, ordonnée à la procréation ») et 1099. Cependant la præsumptio juris de l’alinéa 2 du canon 1096 (« Cette ignorance n'est pas présumée après la puberté ») ne doit pas être une occasion de désengagement par rapport à la situation spirituelle dans laquelle beaucoup de gens se trouvent en ce qui concerne le mariage naturel.

2/ La question anthropologique comporte une seconde dimension. Elle consiste en l’incapacité à percevoir la vérité — et par conséquent le caractère précieux — de la sexualité humaine. Je crois que c’est Augustin qui a décrit de la manière la plus précise cette manière d’être : « Submergé et aveuglé comme je l’étais, je n’étais pas en mesure de penser à la lumière de la vérité et à une beauté qui méritât d’être aimée pour elle-même, qui soit visible non pas au regard de la chair, mais seulement à l’œil intérieur » (Confessions, VI 16, 26).

L’Église doit se demander pourquoi elle s’est comportée, de fait, comme si le magistère de saint Jean-Paul II à propos de la sexualité et de l’amour humain n’existait pas. Nous devons aussi nous poser une autre question : comment et pourquoi l’Église, qui possède une grande école où elle apprend la vérité profonde du corps-individu — la liturgie — n’a pas su en tirer profit également en ce qui concerne la question anthropologique dont nous sommes en train de parler ? Jusqu’à quel point l’Église a-t-elle conscience du fait que la théorie du gender est un véritable tsunami, qui a pour cible principale non pas le comportement des individus, mais la destruction totale du mariage et de la famille ?

En résumé : le second problème fondamental qui est posé aujourd’hui à la proposition chrétienne en matière de mariage est la reconstruction d’une théologie et d’une philosophie du corps et de la sexualité qui créent un nouvel engagement éducatif dans toute l’Église.

3/La question anthropologique qui est posée à la proposition chrétienne en matière de mariage par la situation où celui-ci se trouve actuellement comporte une troisième dimension, qui est la plus grave.

La défaillance de la raison dans sa tension vers la vérité, dont il est question dans l'encyclique Fides et ratio (81-83), a également entraîné avec elle la volonté et la liberté de l’individu. L’appauvrissement de la raison a provoqué l’appauvrissement de la liberté. En conséquence du fait que nous désespérons de notre capacité à connaître une vérité totale et définitive, il nous est difficile de croire que l’individu puisse réellement se donner de manière totale et définitive et recevoir le don de soi-même total et définitif qui est effectué par quelqu’un d’autre.

L’annonce de l’Évangile du mariage a quelque chose à voir avec un individu dont la volonté et la liberté sont privées de leur consistance ontologique. Le résultat de cette inconsistance est, aujourd’hui, le fait que l’individu est incapable de penser l’indissolubilité du mariage autrement que sous la forme d’une loi exterius data : une grandeur inversement proportionnelle à la grandeur de la liberté. C’est là une question très sérieuse y compris dans l’Église.

Dans les systèmes juridiques civils, le passage du divorce pour faute au divorce par consentement mutuel institutionnalise la situation où se trouve, de nos jours, l’individu dans l’exercice de sa liberté.

4/ Avec cette dernière constatation nous sommes entrés dans la quatrième et dernière dimension de la question anthropologique posée à l’annonce de l’Évangile du mariage : la logique interne propre des systèmes juridiques des États en ce qui concerne le mariage et la famille. Non pas tellement le quid juris, mais le quid jus, dirait Kant. Sur cette question en général, Benoît XVI a formulé le magistère de l’Église dans un de ses discours fondamentaux, celui qu’il a prononcé à Berlin, le 22 septembre 2011, devant le parlement de la République fédérale d’Allemagne.

Les systèmes juridiques ont progressivement mis fin à l’enracinement du droit de la famille dans la nature de l’être humain. C’est une sorte de tyrannie de l’artificialité qui est en train de s’imposer et elle réduit la légitimité à la procédure.

Je viens de parler de « tyrannie de l’artificialité ». Prenons l’exemple de l’attribution de la conjugalité à la vie commune des homosexuels. Alors que jusqu’à présent les systèmes juridiques, partant du présupposé de la capacité naturelle qu’ont l’homme et la femme de contracter un mariage, se bornaient à déterminer les empêchements à l’exercice de cette capacité naturelle ou la forme selon laquelle elle devait être exercée, les lois actuelles tendant à l’égalité des droits s’attribuent l’autorité de créer la capacité d’exercer le droit de se marier. La loi s’arroge l’autorité nécessaire pour rendre possible artificiellement ce qui ne l’est pas naturellement.

Considérer – et agir en conséquence – que le mariage civil n’aurait pas de rapport avec l’Évangile du mariage et que ce dernier n’en aurait qu’avec le sacrement du mariage, serait une grave erreur. Cela reviendrait à abandonner le mariage civil aux dérives des sociétés libérales.

III- Modalités de l’annonce

Je voudrais maintenant, dans ce troisième et dernier point, indiquer quelques modalités selon lesquelles la proposition chrétienne en matière de mariage ne doit pas être faite et quelques modalités selon lesquelles elle peut être faite.

Il y a trois modalités qu’il faut éviter.

La modalité traditionnaliste, qui confond une manière particulière d’être une famille avec la famille et le mariage comme tels.

La modalité catacombale, qui choisit de retourner dans les catacombes ou d’y rester. Concrètement : les vertus “privées des époux” sont suffisantes ; il est préférable d’accepter que le mariage, du point de vue institutionnel, soit défini par ce que décide la société libérale.

La modalité conciliante, qui considère que la culture dont j’ai parlé précédemment est un processus historique qu’il est impossible d’arrêter. Elle propose donc de trouver avec celui-ci des compromis et d’en conserver ce qui semble pouvoir être reconnu comme bon.

Je n’ai pas le temps en ce moment de réfléchir plus longuement à chacune de ces trois modalités. Je vais donc indiquer maintenant quelques modalités positives.

Je pars d’une constatation. La reconstruction de la conception chrétienne du mariage dans la conscience de chaque individu et dans la culture occidentale doit être envisagée comme un processus long et difficile. Lorsqu’une pandémie s’abat sur une population, la première urgence est certainement de soigner ceux qui ont été atteints, mais il est également nécessaire d’éliminer les causes.

La première nécessité, dans ce cas, est de redécouvrir les évidences originelles concernant le mariage et la famille. Débarrasser les yeux du cœur de la cataracte des idéologies, qui nous empêchent de voir la réalité. C’est la pédagogie socratico-augustinienne du maître intérieur, pas simplement celle du consensus. C’est-à-dire : retrouver ce “connais-toi toi-même” qui a accompagné le cheminement spirituel de l’Occident.

Les évidences originelles sont inscrites dans la nature même de l’être humain. La vérité du mariage n’est pas une lex exterius data, mais une veritas indita.

La deuxième nécessité est de redécouvrir que le mariage naturel et le mariage-sacrement coïncident l’un avec l’autre. S’ils sont séparés l’un de l’autre, d’une part on finit par considérer la sacramentalité comme quelque chose d’ajouté, d’extrinsèque, et d’autre part on risque d’abandonner l’institution matrimoniale à cette tyrannie de l’artificiel dont j’ai parlé tout à l’heure.

La troisième nécessité est de reprendre la “théologie du corps” qui est présente dans le magistère de saint Jean-Paul II. Le pédagogue chrétien a besoin, aujourd’hui, d’un travail théologique et philosophique qui ne peut plus être remis à plus tard, ni limité à une institution particulière.

Comme vous pouvez le constater, il s’agit de prendre au sérieux cette supériorité du temps sur l’espace dont il est question dans Evangelii gaudium (222-225). J’ai indiqué trois processus plutôt que trois interventions d’urgence.

En fin de compte je suis, moi aussi, de l’avis de George Weigel, pour qui, à la base des discussions du synode, il y a le rapport que l’Église veut avoir avec la postmodernité, dans laquelle les éléments qui sont le reste de la déconstruction du mariage constituent la réalité la plus dramatique et la plus indiscutable.

 + Card. Carlo Caffara

Sources :
 Chiesa.espresso.repubblica.it
 Evangelium-vitae.org

Phrase extraite  de Entrevoir et vouloir : Vladimir Jankélévitch

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George Orwell reste un maître pour comprendre comment la corruption de la langue débouche sur la corruption de la pensée. Une correspondante de Polémia a retrouvé un essai de 1946 intitulé La politique et la langue anglaise . 60 ans plus tard ce texte éclaire parfaitement la situation… de la politique et de la langue française. En voici de larges extraits.


 Au sujet de chaque phrase qu’il écrit, un auteur scrupuleux se posera au moins quatre questions : « Qu’est-ce que j’essaie de dire ? Quels sont les mots qui pourront l’exprimer ? Quelle image ou locution pourra-t-elle le rendre plus clair ? Cette image est-elle assez vivante pour être efficace ? » Et il s’en posera probablement deux autres : « Pourrais-je l’exprimer de façon plus concise ? Y a-t-il dans cette formulation quelque laideur qui pourrait être évitée ? »

Se laisser imprégner des expressions toutes faites

Mais vous n’êtes pas obligé de vous donner toute cette peine. Vous pouvez vous l’épargner en ouvrant grand votre esprit et en le laissant envahir par les expressions toutes faites. Elles construiront des phrases pour vous — elles penseront même à votre place, dans une certaine mesure — et au besoin elles vous rendront un grand service en dissimulant partiellement, y compris à vous-même, ce que vous voulez dire. C’est ici qu’apparaît clairement le lien qui existe entre la politique et l’avilissement de la langue.

De nos jours, les textes politiques sont le plus souvent mal écrits. Quand ce n’est pas le cas, c’est en général que l’écrivain est une sorte de rebelle, qui exprime ses opinions propres et non une « ligne de parti ». Il semble que l’orthodoxie, de quelque couleur qu’elle soit, exige un style sans vie et imitatif. Bien entendu, les jargons politiques utilisés dans les brochures, les éditoriaux, les manifestes, les rapports et les discours des sous-secrétaires diffèrent d’un parti à l’autre, mais ils sont tous semblables en ceci qu’on n’y relève presque jamais une tournure originale, vivante et personnelle. Lorsqu’on observe quelque tâcheron harassé répétant mécaniquement sur son estrade les formules habituelles — atrocités bestiales, talon de fer, tyrannie sanglante, peuples libres du monde, être au coude à coude —, on éprouve souvent le sentiment curieux de ne pas être en face d’un être humain vivant, mais d’une sorte de marionnette : sentiment encore plus fort quand, par instants, la lumière se reflète dans les lunettes de l’orateur et les transforme en disques opaques derrière lesquels il semble qu’il n’y ait plus d’yeux. Et ce n’est pas là un simple effet de l’imagination. L’orateur qui utilise ce type de phraséologie a commencé à se transformer en machine. Son larynx émet les bruits appropriés, mais son cerveau ne travaille pas comme il le ferait s’il choisissait ses mots lui-même. Si le discours qu’il profère est de ceux qu’il a l’habitude de répéter encore et toujours, il peut être à peu près inconscient de ce qu’il dit, comme on l’est quand on prononce les répons à l’église. Et cet état de semi-conscience, sans être indispensable au conformisme politique, lui est du moins favorable.

La défense de l’indéfendable

Les discours et les écrits politiques sont aujourd’hui pour l’essentiel une défense de l’indéfendable. Des faits tels que le maintien de la domination britannique en Inde, les purges et les déportations en Russie, le largage de bombes atomiques sur le Japon peuvent sans doute être défendus, mais seulement à l’aide d’arguments d’une brutalité insupportable à la plupart des gens, et qui ne cadrent pas avec les buts affichés des partis politiques. Le langage politique doit donc principalement consister en euphémismes, pétitions de principe et imprécisions nébuleuses. Des villages sans défense subissent des bombardements aériens, leurs habitants sont chassés dans les campagnes, leur bétail est mitraillé, leurs huttes sont détruites par des bombes incendiaires : cela s’appelle la pacification. Des millions de paysans sont expulsés de leur ferme et jetés sur les routes sans autre viatique que ce qu’ils peuvent emporter : cela s’appelle un transfert de population ou une rectification de frontière. Des gens sont emprisonnés sans jugement pendant des années, ou abattus d’une balle dans la nuque, ou envoyés dans les camps de bûcherons de l’Arctique pour y mourir du scorbut : cela s’appelle élimination des éléments suspects. Cette phraséologie est nécessaire si l’on veut nommer les choses sans évoquer les images mentales correspondantes. Prenez, par exemple, le cas d’un pacifique professeur anglais qui défend le totalitarisme russe. Il ne peut pas déclarer sans ambages : « Je crois à l’élimination physique des opposants quand elle permet d’obtenir de bons résultats. » Il fera donc probablement des déclarations de ce style : « Tout en concédant bien volontiers que le régime soviétique présente certains aspects que les humanistes peuvent être enclins à déplorer, il nous faut, à mon avis, reconnaître qu’une certaine restriction du droit à l’opposition politique est un corollaire inévitable des périodes de transition, et que les rigueurs que le peuple soviétique a été appelé à subir ont été amplement justifiées dans la sphère des réalisations concrètes ».

L’ennemi du langage clair, c’est l’hypocrisie

L’enflure stylistique est en elle-même une sorte d’euphémisme. Les termes latins se répandent sur les faits comme une neige légère qui estompe les contours et dissimule les détails. Le principal ennemi du langage clair, c’est l’hypocrisie. Quand il y a un fossé entre les objectifs réels et les objectifs déclarés, on a presque instinctivement recours aux mots interminables et aux locutions rabâchées, à la manière d’une seiche qui projette son encre. A notre époque, il n’est plus concevable de « ne pas s’occuper de politique ». Tous les problèmes sont des problèmes politiques, et la politique elle-même n’est qu’un amas de mensonges, de faux-fuyants, de sottise, de haine et de schizophrénie. Quand l’atmosphère générale est mauvaise, le langage ne saurait rester indemne. On constatera sans doute — c’est une hypothèse que mes connaissances ne me permettent pas de vérifier — que les langues allemande, russe et italienne se sont, sous l’action des dictatures, toutes dégradées au cours des dix ou quinze dernières années. Mais si la pensée corrompt le langage, le langage peut aussi corrompre la pensée. Un mauvais usage peut se répandre par tradition et par mimétisme, même parmi des gens qui devraient être plus avisés — et qui le sont effectivement. A certains égards, le langage dégradé dont j’ai parlé est fort commode. Des expressions telles que : une hypothèse qui n’est pas sans fondement, laisse beaucoup à désirer, ne servirait à aucune fin utile, une considération que nous ferions bien de garder présente à l’esprit, sont une tentation permanente, un tube d’aspirine que l’on a toujours sous la main.

« Se sentir obligé de dire »

Relisez cet essai, et vous constaterez certainement que j’ai commis à maintes reprises les fautes mêmes que je dénonce. J’ai reçu par le courrier de ce matin une brochure consacrée à la situation en Allemagne. Son auteur me dit qu’il s’est « senti obligé » de l’écrire. Je l’ouvre au hasard, et voici l’une des premières phrases que je lis : « [Les Alliés] ont l’occasion non seulement de réaliser une transformation radicale des structures sociales et politiques de l’Allemagne de manière à éviter une réaction nationaliste en Allemagne même, mais aussi de poser les bases d’une Europe coopérative et unifiée. » Vous le voyez, il se « sent obligé » d’écrire — il estime probablement qu’il a quelque chose de nouveau à dire —, et pourtant ses mots, à la manière des chevaux de cavalerie qui répondent à l’appel du clairon, s’assemblent spontanément selon les mornes de schémas familiers. Lutter contre cette invasion de l’esprit par des expressions stéréotypées (poser les bases, réaliser une transformation radicale) impose d’être constamment sur ses gardes, et chaque expression de ce type anesthésie une partie du cerveau. (…)

Et quelques recommandations… (…)

  1. N’utilisez jamais une métaphore, une comparaison ou toute autre figure de rhétorique que vous avez déjà lue à maintes reprises.
  2. N’utilisez jamais un mot long si un autre, plus court, peut faire l’affaire.
  3. S’il est possible de supprimer un mot, n’hésitez jamais à le faire.
  4. N’utilisez jamais le mode passif si vous pouvez utiliser le mode actif.
  5. N’utilisez jamais une expression étrangère, un terme scientifique ou spécialisé si vous pouvez leur trouver un équivalent dans la langue de tous les jours.
  6. Enfreignez les règles ci-dessus plutôt que de commettre d’évidents barbarismes.

Ces règles peuvent sembler élémentaires, et elles le sont, mais elles exigent un profond changement d’attitude chez tous ceux qui ont pris l’habitude d’écrire dans le style aujourd’hui en vigueur. (…)

George Orwell
Extraits de La Politique et la langue anglaise
1946

Correspondance Polémia – 23/01/2011

Les intertitres sont de Polémia.

Nos lecteurs peuvent trouver l’intégralité de l’essai en cliquant ici.

Traduction française par Anne Krief, Michel Pétris et Jaime Semprun dans Tels, tels étaient nos plaisirs et autres essais , Ivréa/ EdN, 2005, p. 141-160.

Voir aussi : Le dictionnaire de Novlangue

Image : George Orwell
« Il existe deux autres références à la schizophrénie dans d’autres essais de 1946, l’une dans In Front of Your Nose (Devant votre nez), l’autre dans Politics and the English Language (La politique et la langue anglaise). Donnant en exemple le fait de soutenir deux idées contradictoires en même temps, il déclare dans le premier essai : “En termes de médecine, je crois, cette manière de penser est appelée schizophrénie ; dans tous les cas, c’est le pouvoir de tenir simultanément à deux croyances qui s’annulent mutuellement”. Dans le second, il affirme : “Tout résultat est résultat politique, et la politique elle-même est une accumulation de mensonges, de faux-fuyants, de folie, de haine et de schizophrénie”. (Takeo Doi, in : La sexualité : D’où vient l’Orient ? Où va l’Occident ?)