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Thierry Meyssan réagit à la commémoration du débarquement en Normandie, à celle du massacre de Tiananmen et à la campagne pour l’élection du Parlement européen. Il souligne que nous ne cessons consciemment de mentir et de nous en féliciter. Or, seule la Vérité libère.

 

a propagande, c’est un moyen de propager des idées, vraies ou fausses. Mais se mentir à soi-même, c’est uniquement ne pas assumer ses fautes, tenter de se convaincre que l’on est parfait, fuir vers l’avant.

La Turquie illustre au paroxysme cette attitude. Elle persiste à dénier avoir tenté de faire disparaître ses minorités non-musulmanes, en plusieurs vagues, durant une génération, de 1894 à 1923. Les Israéliens ne sont pas mauvais non plus, eux qui prétendent avoir créé leur État pour offrir une vie digne aux juifs survivants de l’extermination par les nazis, alors que Woodrow Wilson s’était engagé à le fonder dès 1917 et que, aujourd’hui chez eux, plus de 50 000 rescapés des camps de la mort vivent misérablement en dessous du seuil de pauvreté. Mais les Occidentaux sont les seuls à établir des consensus sur leurs mensonges, à les professer comme des réalités révélées.

Le débarquement en Normandie

Nous fêtons le 75ème anniversaire du débarquement en Normandie. Selon les médias presque unanimes, les Alliés lancèrent alors la libération de l’Europe du joug nazi.

Or, nous savons tous que c’est faux.

- Le débarquement ne fut pas l’œuvre des Alliés, mais presque exclusivement de l’Empire britannique et du corps expéditionnaire états-unien.
- Il ne visait pas à « libérer l’Europe », mais à « foncer sur Berlin » de manière à arracher les lambeaux du IIIème Reich qui pouvaient l’être aux victorieuses armées soviétiques.
- Il n’a pas été accueilli avec joie par les Français, mais au contraire avec horreur : Robert Jospin (le père de l’ancien Premier ministre Lionel Jospin) dénonçait à la « une » de son journal l’importation par les Anglo-Saxons de la guerre en France. Les Français enterraient leurs 20 000 morts, tués sous les bombardements anglo-saxons, uniquement pour faire diversion. Une immense manifestation se rassemblait à Lyon autour du « chef de l’État », l’ex-maréchal Philippe Pétain, pour refuser la domination anglo-saxonne. Et jamais, absolument jamais, le chef de la France libre, le général Charles De Gaulle, n’accepta de participer à la moindre commémoration de ce sinistre débarquement.

L’Histoire est plus compliquée que les westerns. Il n’y a pas les « bons » et les « méchants », mais des hommes qui tentent de sauver leurs proches avec plus ou moins d’humanité. Tout au plus avons nous évité les âneries de Tony Blair qui, lors des commémorations du 60ème anniversaire, fit hurler la presse britannique en prétendant dans son discours que le Royaume-Uni était entré en guerre pour sauver les juifs de la « Shoah » —mais pas les gitans du même massacre—. La destruction des juifs d’Europe ne débuta pourtant qu’après la conférence de Wansee, en 1942.

Le massacre de Tienanmen

Nous célébrons le triste anniversaire du massacre de Tienanmen. Nous ne cessons de lire que le cruel régime impérial chinois a massacré des milliers de ses citoyens, paisiblement réunis sur la place principale de Beijing, uniquement par ce qu’ils réclamaient un peu de liberté.

Or, nous savons tous que c’est faux.

- Le sit-in de la place Tienanmen n’était pas celui de Chinois parmi d’autres, mais une tentative de coup d’État par les partisans de l’ancien Premier ministre Zhao Ziyang.
- Des dizaines de soldats ont été lynchés ou brûlés vifs sur la place par les « paisibles manifestants » et des centaines de véhicules militaires ont été détruits, avant toute intervention des hommes de Deng Xiaoping contre eux.
- Les spécialistes US des « révolution colorées », dont Gene Sharp, étaient présents sur la place pour organiser les hommes de Zhao Ziyang.

L’Union européenne

Nous venons de voter pour désigner les députés au Parlement européen. Durant des semaines, nous avons été abreuvés de slogans nous assurant que « L’Europe, c’est la paix et la prospérité », et que l’Union européenne est l’aboutissement du rêve européen.

Or, nous savons tous que c’est faux.

- L’Europe, c’est un continent —« de Brest à Vladivostok », selon la formule de Charles De Gaulle— et c’est une culture d’ouverture et de coopération, pas l’Union européenne qui n’est qu’une administration anti-russe, dans la continuité de la course à Berlin du débarquement en Normandie.
- L’Union européenne, ce n’est pas la paix à Chypre, mais la lâcheté face à l’occupation militaire turque. Ce n’est pas la prospérité, mais une stagnation économique quand le reste du monde se développe à toute vitesse.
- L’Union européenne n’a aucun rapport avec le rêve européen de l’entre-deux-guerres. Nos aïeux ambitionnaient d’unir les régimes politiques servant l’intérêt général —les Républiques, au sens étymologique—, conformément à la culture européenne, qu’ils se trouvent sur le continent ou hors du continent. Aristide Briand plaidait donc pour que l’Argentine (un pays de culture européenne en Amérique latine) en fasse partie, mais pas le Royaume-Uni (une société de classe).

Et cetera, etc…

Nous marchons comme des aveugles

Nous devons distinguer le vrai du faux. Nous pouvons nous réjouir de la chute de l’Hitlérisme, sans pour autant nous persuader que les Anglo-Saxons nous ont sauvés. Nous pouvons dénoncer la brutalité de Deng Xiaoping sans nier qu’il a de cette sanglante manière sauvé son pays du retour du colonialisme. Nous pouvons nous féliciter de ne pas avoir été dominés par l’Union soviétique sans pour autant nous enorgueillir d’être les valets des Anglo-Saxons.

Nous ne cessons de nous mentir à nous-mêmes pour masquer nos lâchetés et nos crimes. Puis, nous nous étonnons de ne résoudre aucun problème humain.

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Ce jeudi 6 juin, les couple Macron et Trump se sont rendus à Caen pour célébrer le 75ème anniversaire du Débarquement. Alors que les deux présidents déjeunaient à la préfecture, Brigitte Macron et Melania Trump ont jeté leur dévolu sur un restaurant caennais étoilé.

C’est une visite pour le moins surprenante à laquelle a eu droit Anthony Callot, propriétaire du restaurant À contre sens, un étoilé situé rue des Croisiers à Caen (Calvados). Ce jeudi 6 juin, aux alentours de 14h15, le périmètre commence à être sécurisé. Comme le rapporte Ouest France, « les barrières et les policiers se mettent en place ». Alors, pourquoi tant d’agitation ? Tout simplement parce que c'est dans ce restaurant que Brigitte Macron et Melania Trump – qui entretiennent de bons rapports – ont décidé de déjeuner, pendant que les deux présidents se retrouvaient à la préfecture.

Le chef étoilé n’en revient toujours pas d’avoir servi les deux Premières dames. « Nous sommes encore sous le coup de l’émotion. Elles viennent juste de partir. On est très content, tout s’est bien passé », a-t-il confié à nos confrères de Ouest France, peu de temps après le déjeuner en question. Au menu du midi, « une raviole de foie gras avec un bouillon de frais et une volaille de la ferme de La Houssaye », précisent nos confrères. Des produits locaux qui ont permis à l’épouse de Donald Trump de découvrir quelques « joyaux » de la gastronomie française.

La veille, Brigitte et Emmanuel Macron s’étaient rendus dans un autre établissement caennais, plutôt discret, où le couple présidentiel avait dégusté différents types de vins. Car si la Première dame a cette fois misé sur un restaurant étoilé, elle n’est pas « que » habituée aux établissements luxueux. Lorsqu’elle se déplace en province, seule ou même accompagnée du président, elle tient à être discrète. Dans ce climat de tensions sociales, mieux vaut faire profil bas… Il arrive même à la Première dame de refuser des bonnes tables.

À plusieurs reprises, le couple présidentiel a préféré les restaurants de la chaîne Courtepaille aux établissements chics, comme le confiait un proche de la Première dame à Gala en avril 2018. Le goût des choses simples…

Crédits photos : Best Image

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TRIBUNE - Être de droite, ce n’est pas seulement libéraliser le Code du travail et réformer l’ISF ; c’est chérir une sensibilité, un imaginaire, et avoir des attentes qui ne sont nullement satisfaites par le quinquennat en cours, plaide l’écrivain.

Emmanuel Macron est-il«de droite»? Les guillemets s’imposent. Philippe, Le Maire, Darmanin sont des transfuges de LR. Les réformes qu’ils tâchent de mettre en œuvre relèvent d’une politique libérale de l’offre somme toute classique. Force est de reconnaître qu’elles ne sont pas déraisonnables. Avec des intentions voisines, leurs prédécesseurs s’y sont tous attelés sans réussite probante. La rente, les entrepreneurs, les cadres supérieurs branchés sur l’économie-monde y trouvent leur compte.

Ils ont été rejoints dans les urnes lors du scrutin européen par une bourgeoisie moyenne, plutôt âgée, plutôt cossue, plutôt conservatrice. Elle avait des réticences mais la violence enclenchée par la révolte des «gilets jaunes» l’a exaspérée. Elle voulait un retour à l’ordre et elle a crédité Macron de l’avoir restauré à grand renfort de policiers. Ce qui n’augure pas une adhésion du fond du cœur: le terreau électoral de la macronie n’excède pas le cinquième des suffrages exprimés et c’est peu dire que les classes populaires n’y viennent pas picorer.

» LIRE AUSSI - Européennes: LREM et le RN ont puisé dans l’électorat de droite

Le credo libéral et le goût de l’ordre résument-ils les attentes des Français qui se veulent et se disent «de droite»? Rien n’est moins sûr. Du reste ce mot - droite - présente depuis deux siècles des vices de forme assez rédhibitoires. Il a couvert trop de causes douteuses pour être encore désirable, et reste affecté dans l’inconscient collectif d’un coefficient moral négatif. Mieux vaudrait définir en d’autres termes les idéaux, les références, les postures, les désarrois qui sont diabolisés dans l’espace intellectuel de la gauche. Du moins de la gauche contemporaine, dite «sociétale», qui a renié l’héritage des soldats de l’An II, de Vallès, de Gambetta, de Jaurès, de Blum pour prôner une récusation nihiliste de toute norme au profit de n’importe quelle marge.

Gauche «libertaire» pataugeant dans l’immanence, viscéralement hostile aux fondamentaux de la civilisation occidentale et à l’enracinement de la France dans sa matrice spirituelle. Gauche blasée et sceptique, cynique sur les bords, prétendant «émanciper» un individu hors-sol, soustrait à toute mémoire, titubant à l’aveugle dans l’espace aléatoire du capitalisme globalisé. Gauche bobo, esclave d’une «modernité» qui enrôle ses dupes dans la course à l’échalote d’un leurre, le «progressisme», avec comme débouché une variante high-tech du Meilleur des mondesde Huxley. Ou pire. Gauche hédoniste, consumériste, égocentrée, indifférente au sort des humbles s’ils n’appartiennent pas à une minorité qu’il convient de choyer par clientélisme. Ou pour solder une culpabilité malsaine en obligeant le peuple à battre une coulpe.

Ce Macron des jours ordinaires est banalement de gauche - et par voie de conséquence antipathique aux incroyants de la dogmatique ambiante, propagée par un bruitage médiatique lancinant

Cette gauche a supplanté le stalinisme en vogue jusqu’au milieu des années 1950. Mai 68 lui tient lieu de soleil d’Austerlitz. Elle s’est offerte à Macron, faute de mieux, après la déconfiture de Hollande, rejeton tardif et poussif du mitterrandisme comme Ferrand, Castaner, Griveaux et consorts. L’essentiel des troupes de LREM à l’Assemblée en procède, via le PS, les Verts et leurs succursales associatives. Mesdames Schiappa et Ndiaye en serinent les présupposés, avec le patois du gauchisme culturel, le même depuis un demi-siècle, additionné de moraline écolo et d’un néo-féminisme anti-genre «made in USA». Elles traquent le «réac» avec l’attirail d’une démonologie infantile autant que monotone. Si Macron répudiait leur catéchisme, il n’aurait plus de majorité.

Souhaite-t-il d’ailleurs s’en évader? On a pu le présumer parfois, en écoutant son discours aux Bernardins, son intervention après l’incendie de Notre-Dame, son évocation du sacrifice d’Henri Fert et lors des commémorations du Débarquement en Normandie. En ces occurrences on a cru percevoir l’ébauche d’un chef ayant pris la mesure - gaullienne - des exigences de son sacerdoce. Mais il a tout de même, prudence oblige, négligé de dire que la cathédrale de Paris est de prime abord un lieu de culte catholique, et occulté dans la lettre admirable de Fert la proclamation d’une foi catholique ardente.

Les incroyants que l’on qualifiera encore «de droite», par commodité, désirent habiter une France où ils puissent se reconnaître

En maintes occasions un autre Macron, tacticien ordinaire, abuse de la «com» pour embarquer les Français dans un futurisme sans horizon, un cosmo-land où cohabiterait un éparpillement de «communautés» alors que devrait s’imposer un vaste projet unificateur afin de conjurer les menaces du multiculturalisme. Tel est pourtant l’enjeu majeur des temps à venir, et Macron refuse obstinément l’obstacle.

Ce Macron des jours ordinaires est banalement de gauche - et par voie de conséquence antipathique aux incroyants de la dogmatique ambiante, propagée par un bruitage médiatique lancinant. Sous les dehors d’un européisme incantatoire et sans résonance chez nos voisins transparaît un fatalisme démoralisant. Des réformes pour dépoussiérer l’État et fluidifier le marché du travail, soit, à condition qu’un élan transcende les calculs des technos. On n’en voit pas les flammes s’élancer dans le ciel.

Les incroyants que l’on qualifiera encore «de droite», par commodité, désirent habiter une France où ils puissent se reconnaître, et célébrer fraternellement les noces de la permanence et du renouveau. Ils désirent que leurs ancrages coutumiers soient respectés et préservés. Ils sont présentement des orphelins sans abri politique. Soit ils se réfugieront jusqu’aux municipales dans un Ehpad provisoire, LR en l’occurrence, soit ils ressasseront leur amertume en solitaires. Les cures de solitude sont toujours salutaires, elles obligent à ouvrir grand-angle les yeux et les oreilles.

Macron comprendra-t-il que la France est autre chose et davantage qu’une multinationale de moyen calibre ? Que son âme n’est pas quantifiable ?

Du temps s’écoulera, la France en panne d’idéal continuera de s’ennuyer. Mais quand les vents de l’Histoire deviendront furieux, Macron s’apercevra que le peuple des dissidents est infiniment plus nombreux que les électeurs de Bellamy. Les «gilets jaunes» ont très maladroitement reflété ses exigences et ses angoisses, mais ce peuple existe et Macron aurait tort de le prendre à la légère. Ou de le mépriser en le caricaturant en un ramassis de «populistes» obtus.

Comprendra-t-il que la France est autre chose et davantage qu’une multinationale de moyen calibre? Que son âme n’est pas quantifiable? Saura-t-il tenir le gouvernail dans la tourmente en fixant un vrai cap? Mystère! S’il y parvient, ce qu’il faut souhaiter à la France, ce sera au prix d’une rupture avec son environnement - cette gauche «moderne» qui a perdu ses liens avec sa propre mémoire historique. La vraie gauche lui voue une hostilité désormais irrémédiable ; tôt ou tard elle fera son retour sur l’avant-scène, non sans violence eu égard à l’addition de ses ressentiments. Affaire à suivre.

Macron trouvera-t-il en son for le courage de s’émanciper de la doxa tiédasse qui le ligote dans sa cage dorée? S’il y parvient, son dynamitage des clivages d’antan trouvera son sens et sa vertu: il aura mis fin au régime des partis, obsession récurrente du gaullisme, et le pays lui en saura gré. Pour l’heure la mise hors jeu de LR et du PS reste dans l’ordre mineur de la tactique politicienne: diviser pour assurer sa réélection en parfaite soumission à l’air du temps. En s’en tenant à cette habileté, il conservera peut-être le pouvoir jusqu’en 2027, mais il aura à coup sûr manqué son rendez-vous avec l’Histoire. Pour tout dire le macronisme, objet encore mal identifié et en état instable de flottaison, a besoin d’un arrimage pour accéder à la consistance. Des philosophes et des historiens seraient plus utiles à Macron que des sociologues, des experts et des communicants.

* Denis Tillinac est notamment l’auteurde «Du bonheur d’être réac» (Équateurs, 2014) et de «L’Âme française. À la recherche de notre honneur perdu» (Albin Michel, 2016). Il vient de publier «Elle. Élogede l’Éternel féminin» (Albin Michel, 240 p., 18 €, mai 2019).

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 13/06/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

 

 

>>>>>>>>>>>>>>Simone Weil par l'homocoques.com>>>>>>>>>>>>>>

 

 

CORRELATs
  • ....... The Seductiveness of the Metaxy

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     The Interval is the metaphysical space between the eternal world of Forms and the perishable world of perceptible things, between the noumenal and the phenomenal, between the immanent and the transcendent, between Being and becoming. It is the mystical medium which enables communication between the higher and the lower regions of the spirit. It is the eschatological liminal space between heaven and hell. It is the neutral, morally ambivalent intermediate zone between good and evil.

    When we speak of the metaphysics of the Interval we are, however, using a term whose primary meaning could not be more mundanely material. For, the interval is a dead metaphor that originates in the earthworks of Roman military architecture. The intervallum was literally that which lay between two lines of stakes (a vallum, or palisaded entrenchment); it was the space between the ramparts of a legionary camp. In Greek, however, “the interval” is abstract from the outset, referring to spatial or temporal relation rather than to any definite physical space. It is τὸ μεταξύ, the metaxy, a substantival use of the compound adverb/preposition μεταξύ (“in the midst of”, from μετά “between” and ξύν “together with”), used of place (“between”) and time (“between-whiles,” “meanwhile”). In grammar, τὸ μεταξύ is the name for the neuter gender, the class of declensions that are neither masculine nor feminine. Derived from μεταξύ, the noun metaxytês (ἡ μεταξύτης) is another term for the diastema (τὸ διάστημα – “space between”), or interval in music. In the sixth century A.D., the Greek philosophical scholiasts of the late Roman period, for example Olympiodorus Philosophus, who wrote commentaries on Plato and Aristotle, coined the term metaxylogia (μεταξυλογία) to refer to a digression, an intermediate passage within a text, a temporary lapse from the main subject. The text that follows might therefore also be named a metaxylogy, in the sense that it is a digression in between texts arising from the “Seductiveness of the Interval” exhibition installed within the space of the Romanian Pavilion at this year’s Venice Art Biennale, but also in the sense that it is a discourse, a logos concerning the Interval, or metaxy.

    In the singular, τὸ μεταξύ does not occur as such in the extant works of Plato, although Aristotle (Metaphysics, 987b) reports that his teacher admitted an “in-between” (μεταξύ) class of things, in the interval between things perceptible to the senses (τὰ αἰσθητά) and the Forms, or Ideas (τὰ εἴδη), knowable by the mind; these are the objects of mathematics, eternal and immutable like the Forms, but unlike them multiple. The interval is therefore necessarily a space of multiplicity, participating in both the immutability of the eternal and the plurality of the temporal. Indeed, it is as a neuter plural (τὰ μεταξύ), referring to “intermediate” or “in-between things”, that the metaxy occurs in Plato’s Gorgias (468a), where Socrates discovers through dialogue with Polus that there is a neutral class of things, qualities, states and actions which are neither good nor bad (τὰ μήτε ἀγαθὰ μήτε κακά). While our actions may in themselves be neutral or intermediate (Socrates gives the examples of sitting, walking, and running), we always act in pursuit of the good, however. Even evil actions are committed for the sake of the good; they are evil as a result of their agents’ perverted understanding, whereby the Good and the Truth become obnubilated in the soul. Similarly, in the Neoplatonist philosophy of Plotinus, the metaxy occurs with the masculine plural definite article: men are οἱ μεταξύ (“the in-between ones”), in the middle place between gods and beasts (Enneads, III, 8, 10-11). Just as the earth lies in the middle point of the heavens, so man is suspended between god and beast, matter and spirit, time and eternity, corruption and perfection. This position is not, however, one of inertia, but rather one of continual tension: caught between the lower and upper strata of the cosmic order, man alternately inclines towards both (ῥέπει ἐπ᾽ ἄμφω).

    Whereas for Plotinus man is the interval, the middle term between lower and higher, between beasts and gods, with a shift of metaphysical perspective man himself might become the lower term, with a further interval opening up between him and the gods. Likewise, the earth, instead of being the middle point, might equally be seen as the lowest point on a vertical scale at whose pinnacle are situated the heavens. In a dialogue entitled On the Obsolescence of the Oracles, by Platonist philosopher Plutarch, we learn (the speaker at this point in the text is Cleombrotus) that there is an interval between earth and moon (μεταξὺ γῆς καὶ σελήνης). Far from being void, this interval is filled with air (ἀήρ, “(lower) air”, as opposed to αἰθήρ, the “upper air”, “aether”, or “heaven”), which, were it removed, would destroy the consociation (κοινωνία) of the universe. The lower air is also the abode of the intermediate race of daimons (δαιμόνων γένος), whose function is interpretative, hermeneutic, and without whom man would either be severed from the gods altogether or subject to the confusion of unmediated contact with them (De defectu oraculorum, 416e-f). According to Jewish philosopher Philo of Alexandria (De somniis, I, 141), on the other hand, the daimons of the philosophers are, in fact, the “angels” of “the divine word” (ὁ ἱερὸς λόγος) of Hebrew scripture, intermediaries of the Interval, who convey back and forth (διαγγέλλουσι) the exhortations of the Father to His children and the wants of the children to the Father.
    The plastic image of this traffic or commerce between the world above and that below, which occurs within the ambi-directional space of the Interval, is, of course, the ladder. Philo of Alexandria, in his commentary on Jacob’s vision of the ladder (Genesis, 28:12), says that κλῖμαξ (“ladder”) is a figurative name for ἀήρ, whose base (βάσις) is the earth and whose top (κορυφή) is heaven (De somniis, I, 134). Furthermore, just as the universe is, figuratively, a ladder, or interval, so too is the soul. Here, the foot of the ladder is sense perception, corresponding to the earthly element, while the top is the mind, the nous (νοῦς), corresponding to the heavenly element (De somniis, I, 146). Like the angels, the words of God move up and down the entire length of this ladder, reaching down through the interval to draw the mortal mind upward.
    The mind’s ascent of the ladder is an arduous undertaking, an exertion of the soul that Philo names ascesis (ἄσκησις, “exercise, training, practice”). The ascent is not continuous, but rather oscillates, with the practiser/ascetic alternately gaining and losing height, now wakeful, now asleep, pulled in opposite directions by the better and the worse (De somniis, I, 150-152). The practisers thus dwell in the interval; they are “midway between extremes” (μεθόριοι τῶν ἄκρων). At the topmost extreme dwell the wise, who have always striven for the heights, and at the bottommost extreme dwell the wicked, who have ever made dying and corruption their practice.
    Man’s condition as one of “those-in-between,” pulled between good and evil, inclining now toward base perdition, now toward the transcendent, is conditional upon his existence within time, within becoming. For those in Hades or Olympus, in hell or heaven, which exist outside of time, further change is impossible, however. Yet even at this eschatological level there is an interval, an intermediate state that is neither good nor evil, wisdom nor wickedness, hell nor heaven, angel nor devil. According to a mediaeval popular tradition, traces of which can also be found in the legend of the Voyage of St Brendan, there was a third, neutral faction of angels during the revolt in Heaven, who were neither for God nor His enemy, Lucifer. These angels were cast out of Heaven, but rejected by Hell. Instead, they dwell in the interval between the two eschatological planes, an indeterminate zone that is neither good nor evil. In the Divina Commedia of Dante, they are to be found in the vestibule or threshold of Hell, among those who are neither dead nor alive, “the sect of caitiffs, hateful to God and to His enemies” (“la setta dei cattivi, / a Dio spiacenti ed a’ nemici sui” – Inferno, 3, 62-63).

    The interval as threshold is also the locus of a peculiar, intermediate genre of literature, the σπουδογέλοιον or joco-serium (“serious-jesting” or “jesting-serious” – серьезно-смеховой), whose history is traced by Mikhail Bakhtin in Chapter Four of Problems of Dostoevsky’s Poetics. The genre springs from the tradition of the Socratic dialogue, of which, apart from Xenophon, Plato is the only extant exponent. In itself a discursive form of the interval, a polyphonic intermediation whereby latent truth and knowledge are brought to birth by the participating speakers, or “ideologues”, as Bakhtin names them, the σπουδογέλοιον is an eschatological “dialogue on the threshold” (Schwellendialog, or диалог на пороге, in Russian) that takes place in the interval between earth and underworld or between earth and heaven. One of the most famous classical examples is Seneca’s Apocolocyntosis (Pumpkinification), a parodic apotheosis, in which the Emperor Claudius, having given up the ghost via the back passage, is turned away from the gates of Olympus.

    Menippus, Diego Velázquez

    The chief protagonist of the serious-jesting eschatological dialogue on the threshold is, however, Menippus of Gadara, a third-century B.C. Cynic philosopher of Phoenician origin, who is said to have been the originator of this literary genre, known also as “Menippean Satire,” although none of his writings are extant. (In Lives of Eminent Philosophers (6, 101), Diogenes Laertius reports that Menippus composed, among other writings, a Νέκυια, or Journey to the Underworld.) Menippus, as satirical ideologue of the Interval, is the central character in a number of dialogues by Lucian of Samosata, all of which take place on the threshold between worlds: for example, the Icaromenippus, in which the Cynic fashions himself wings and flies to heaven to discover the (less than flattering) truth about the gods; and the Necyia, possibly inspired by the lost writings of the Gadarene, in which he descends to Hades to mock at the miserable fate of kings and millionaires in the afterlife.
    The σπουδογέλοιον continues as a distinct, recognisable genre until as late as the seventeenth century, a fine example being the monumental anthology Amphitheatrum Sapientiae Socraticae Joco-Seriae (Amphitheatre of Jesting-Serious Socratic Wisdom), published by Caspar Dornavius in 1619. The Amphitheatrum contains liminal, intermediate texts, ambiguously situated between high and low, which treat derisory subjects in a grandiloquent way, or which are simultaneously scholastic and absurd, such as the Disquisitio Physiologica de Pilis (Physiological Disquisition on Hair) by Joannes Tardinus, which painstakingly exhausts all the philosophical, theological, historical, geographical, medical and scientific possibilities of the subject, or the De Peditu eiusque Speciebus, Crepitu et Visio, Discursus Methodicus, In Theses digestus (On Farting and its Species, Crackle and Stench, Methodical Discourse, Arranged in Theses), by the pseudonymous Buldrianus Sclopetarius, a mock philological, historical, scientific and even musicological tract whose title speaks for itself.

    In conclusion, as a space of tension between two static extremes, it is only the existence of the metaxy that enables the possibility of ambi-directional movement, thereby creating a medium of communication. The metaxy can also be ambivalent – Bakhtin would say “carnivalesque” – abolishing and merging hierarchical opposites. And hence the seductiveness of the metaxylogical.



    (c) Alistair Ian Blyth, Bucharest, 2009
    Published in The Seductiveness of the Interval. Romanian Pavilion - 53rd International Art Exhibition. La Biennale di Venezia 7th June-22nd November 2009 by the Romanian Cultural Institute of Stockholm

ARTICLES

  • 3) ....***  la BIBLE : ... Agar et Ïsmaël ......  Dieu avait promis à Abraham une descendance, par Sara. Mais Abraham a manqué de patience pour attendre la réalisation de cette promesse, c'est pourquoi il a eu un enfant de sa servante. Et si, par égard à Abraham, Dieu a fait d'Ismaël un grand peuple, ce peuple n'est PAS celui de la promesse. Voilà la cause première de l'hostilité entre les descendants d'Isaac et d'Ismaël, car c'est des descendants d'Isaac que devait venir le Messie, Jésus.
  • 2) .... Agar est accompagnée par Dieu .....Nous avons besoin d'eau et de pain, nous avons besoin d'aimer et d'être aimés, nous avons besoin de fidélité. Ces besoins essentiels, nous les avons en commun avec les animaux évolués. Si un chien a tout cela, il se porte bien et il est heureux.

Mais nous sommes des bêtes encore plus complexes, avec cette chance folle de pouvoir être en communion avec Dieu, c’est-à-dire avec la source de tout ce qui précède : la source de la possibilité même de vivre, la source de l’amour et de la fidélité. L’être humain est un animal spirituel. Être en relation avec Dieu n’est pas un besoin au sens où les autres dimensions le sont, l’humain peut vivre sans Dieu, mais cette dimension est notre chance et notre vocation. C’est une dimension extraordinaire de l’être qui change notre rapport au monde, qui nous le faire voir non seulement d’en bas, de l’animal, mais aussi d’en haut, avec Dieu et grâce à Dieu. Cela nous donne un regard, un amour, une espérance, une fidélité, peut-être, un enthousiasme…

  • 1) .... ***** Simone Weil ....Plaidoyer pour une Civilisation nouvelle ...Providence .... La Providence divine n'est pas un trouble, une anomalie dans l'ordre du monde. C'est l'ordre du monde lui-même. Ou plutôt c'est le principe ordonnateur de cet univers. C'est la Sagesse éternelle, unique, étendue à travers tout l'univers en un réseau souverain de relations

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Où-VrOIR

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la BIBLE : ... Agar et Ïsmaël ......

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Question:

Les peuples arabes disent descendre aussi d'Abraham, par Agar. Est-ce exact ?

Réponse:

Vous trouverez l'essentiel de l'histoire d'Agar dans le livre de la Genèse, chapitres 16 et 21.
Voici le chapitre 16: 

2 Et Saraï dit à Abram, voici, l’Eternel m’a rendue stérile; viens, je te prie, vers ma servante; peut-être aurai-je par elle des enfants. Abram écouta la voix de Saraï.
3 Alors Saraï, femme d’Abram, prit Agar, l’Egyptienne, sa servante, et la donna pour femme à Abram, son mari, après qu’Abram eut habité dix années dans le pays de Canaan.
4 Il alla vers Agar, et elle devint enceinte. Quand elle se vit enceinte, elle regarda sa maîtresse avec mépris.
5 Et Saraï dit à Abram, l’outrage qui m’est fait retombe sur toi. J’ai mis ma servante dans ton sein; et, quand elle a vu qu’elle était enceinte, elle m’a regardée avec mépris. Que l’Eternel soit juge entre moi et toi !
6 Abram répondit à Saraï: Voici, ta servante est en ton pouvoir, agis à son égard comme tu le trouveras bon. Alors Saraï la maltraita; et Agar s’enfuit loin d’elle.
7 L’ange de l’Eternel la trouva près d’une source d’eau dans le désert, près de la source qui est sur le chemin de Schur.
8 Il dit: Agar, servante de Saraï, d’où viens-tu, et où vas-tu ? Elle répondit: Je fuis loin de Saraï, ma maîtresse.
9 L’ange de l’Eternel lui dit: Retourne vers ta maîtresse, et humilie-toi sous sa main.
10 L’ange de l’Eternel lui dit: Je multiplierai ta postérité, et elle sera si nombreuse qu’on ne pourra la compter.
11 L’ange de l’Eternel lui dit: Voici, tu es enceinte, et tu enfanteras un fils, à qui tu donneras le nom d’Ismaël; car l’Eternel t’a entendue dans ton affliction.
12 Il sera comme un âne sauvage; sa main sera contre tous, et la main de tous sera contre lui; et il habitera en face de tous ses frères.
13 Elle appela Atta-El-roï le nom de l’Eternel qui lui avait parlé; car elle dit: Ai-je rien vu ici, après qu’il m’a vue ?
14 C’est pourquoi l’on a appelé ce puits le puits de Lachaï-roï; il est entre Kadès et Bared.
15 Agar enfanta un fils à Abram; et Abram donna le nom d’Ismaël au fils qu’Agar lui enfanta.
16 Abram était âgé de quatre-vingt-six ans lorsqu’Agar enfanta Ismaël à Abram.

Explications: La proposition de Sarai à Abram était conforme au code d'Hammourabi, mais ne correspondait pas à ce que Dieu avait dit et promis à Abram.
L'expression "l'Ange de l'Eternel", dans l'Ancien Testament indique une théophanie, une apparition du Fils de Dieu. C'est pourquoi le verset 13 précise que c'est "L'Eternel qui lui avait parlé".
Ce n'est qu'ensuite, dans Genèse 17:5 que Dieu change le nom d'Abram (qui signifie père élevé) en Abraham, "Père d'une multitude". Et au verset 15, c'est le nom de Saraï (noble) qui est changé en Sara = princesse.

L'épisode de Genèse 21 se place environ 14 ans plus tard. Ismaël était donc déjà un adolescent:
Genèse 21:9 Sara vit rire le fils qu’Agar, l’Egyptienne, avait enfanté à Abraham;
Note: Ismaël se moquait d'Abraham, devenu père à 100 ans et de Sara qui n'avait que quelques années de moins. En fait, cela revenait à se moquer de l'exaucement miraculeux des demandes d'Abraham d'avoir une descendance, donc de se moquer de Dieu.

Voici le passage au complet:
9 Sara vit rire le fils qu’Agar, l’Egyptienne, avait enfanté à Abraham;
10 et elle dit à Abraham: Chasse cette servante et son fils, car le fils de cette servante n’héritera pas avec mon fils, avec Isaac.
11 Cette parole déplut fort aux yeux d’Abraham, à cause de son fils.
12 Mais Dieu dit à Abraham: Que cela ne déplaise pas à tes yeux, à cause de l’enfant et de ta servante. Accorde à Sara tout ce qu’elle te demandera; car c’est d’Isaac que sortira une postérité qui te sera propre.
13 Je ferai aussi une nation du fils de ta servante; car il est ta postérité.
14 Abraham se leva de bon matin; il prit du pain et une outre d’eau, qu’il donna à Agar et plaça sur son épaule; il lui remit aussi l’enfant, et la renvoya. Elle s’en alla, et s’égara dans le désert de Beer-Schéba.
15 Quand l’eau de l’outre fut épuisée, elle laissa l’enfant sous un des arbrisseaux,
16 et alla s’asseoir vis-à-vis, à une portée d’arc; car elle disait: Que je ne voie pas mourir mon enfant ! Elle s’assit donc vis-à-vis de lui, éleva la voix et pleura.
17 Dieu entendit la voix de l’enfant; et l’ange de Dieu appela du ciel Agar, et lui dit: Qu’as-tu, Agar ? Ne crains point, car Dieu a entendu la voix de l’enfant dans le lieu où il est.
(Note: ici Dieu n'apparaît pas, il parle du ciel sans apparaître à Agar)
18 Lève-toi, prends l’enfant, saisis-le de ta main; car je ferai de lui une grande nation.
19 Et Dieu lui ouvrit les yeux, et elle vit un puits d’eau; elle alla remplir d’eau l’outre, et donna à boire à l’enfant.
20 Dieu fut avec l’enfant, qui grandit, habita dans le désert, et devint tireur d’arc.
21 Il habita dans le désert de Paran, et sa mère lui prit une femme du pays d’Egypte.

Explications: Dieu avait promis à Abraham une descendance, par Sara. Mais Abraham a manqué de patience pour attendre la réalisation de cette promesse, c'est pourquoi il a eu un enfant de sa servante. Et si, par égard à Abraham, Dieu a fait d'Ismaël un grand peuple, ce peuple n'est PAS celui de la promesse. Voilà la cause première de l'hostilité entre les descendants d'Isaac et d'Ismaël, car c'est des descendants d'Isaac que devait venir le Messie, Jésus.

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Agar est accompagnée par Dieu

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( Genèse 21:5-20 )

(écouter l'enregistrement)  (voir la vidéo)

Culte du dimanche de Pentecôte (12 juin) 2011 à l'Oratoire du Louvre
prédication du Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

La Pentecôte est une fête qui nous invite à nous ouvrir aux dons ce qu’apporte la présence de Dieu sur nous, présence personnelle, spéciale à chacun de nous.

Pour méditer sur ces dons, pour les espérer, pour savoir les attendre, je vous propose de méditer ce matin sur l’histoire d’Agar, la femme dont Abraham eut un premier fils, Ismaël, avant d’en avoir un second, Isaac de Sarah. Du temps où Agar avait un fils et non Sarah, Agar avait fait la fière, et après c’est son fils qui continue à se moquer de Sarah…

Nous pouvons parfois avoir l'impression d'être dans un désert, comme Agar qui est presque morte de soif. Pour elle, tout est sec dans sa vie, elle est désespérée, elle n’attend plus rien de bon.

On peut être dans ce genre de situation pour diverses raisons. Mais Agar, elle, collectionne les raisons :

C'est d'abord un peu par sa faute : parce qu'elle et son fils se sont moqués de Sarah et du coup, il y a une mauvaise ambiance (Ge 16:4, 21:9).

Et puis, parce que Sarah a été terrible en réponse à ces injures, le pire c’est qu’elle doit être certaine d’être juste en étant si dure. Nous sommes parfois comme ça.

  1. Il y a donc déjà la moquerie et la vengeance comme cause de la situation d'Agar et de son fils.
  2. Il y a, en plus, la faute d'Abraham. Il est infidèle à Agar, il l’a utilisée comme on presse un citron puis on jette l’écorce. Abraham cède devant la méchanceté de Sarah, apparemment sans la moindre pensée pour Agar.
  3.  Et enfin, il y a un dernier élément qui fait que la situation d'Agar est désespérée : c'est dans le désert qu'elle se perd. À Tahiti, ce serait moins grave de se retrouver sans rien, mais dans le désert, la nature est cruelle.

Agar collectionne les raisons d'aller mal, c'est heureusement assez rare. Mais une ou deux de ces choses suffisent pour que nous soyons stressés, et même parfois vraiment dans la peine. Ça peut être de notre faute, ou à cause de la méchanceté de quelqu'un, ça peut être à cause de notre fragilité. Parfois c'est la nature qui est criminelle, quand une catastrophe nous frappe alors que personne n'y est pour rien. Rien de cela n'arrive par la volonté de Dieu, bien sûr. Il ne veut pas que nous nous fassions du mal entre nous, il ne veut pas que la nature nous fasse du mal, et il fait tout pour nous rendre plus costauds face à tout cela. Dans l'histoire d'Agar, on voit que Dieu va tout faire pour qu'elle et son fils retrouvent la vie et le bonheur.

Mais pour l’instant voyons Agar et Ismaël qui sont dans un désert brûlant, isolés. Ils ont quelques provisions qu'Abraham leur a données, heureusement, et cela les aide à tenir quelque temps : ils ont un peu de pain et d'eau, ils ont de l'air pour respirer et l’ombre d’un buisson, la nature a également sa douceur. Du point de vue physique, Agar a ainsi de quoi vivre quelque temps.

Mais nous ne sommes pas une plante verte qui se contente de nourriture, de lumière et d'eau. Pour être en forme, nous avons aussi besoin d’autres choses qui sont de l’ordre de la qualité de relations :

Nous avons besoin d'aimer et d'être aimé. On le voit à Sarah qui souffrait de ne pas avoir d’enfant et qui souffre ensuite d’être méprisée.

Nous avons également besoin de fidélité. Même si nous aimons et sommes aimé, comme Agar qui a son fils Ismaël, Agar souffre d’être trahie, abandonnée, chassée par Abraham.

Nous avons besoin d'eau et de pain, nous avons besoin d'aimer et d'être aimés, nous avons besoin de fidélité. Ces besoins essentiels, nous les avons en commun avec les animaux évolués. Si un chien a tout cela, il se porte bien et il est heureux.

Mais nous sommes des bêtes encore plus complexes, avec cette chance folle de pouvoir être en communion avec Dieu, c’est-à-dire avec la source de tout ce qui précède : la source de la possibilité même de vivre, la source de l’amour et de la fidélité. L’être humain est un animal spirituel. Être en relation avec Dieu n’est pas un besoin au sens où les autres dimensions le sont, l’humain peut vivre sans Dieu, mais cette dimension est notre chance et notre vocation. C’est une dimension extraordinaire de l’être qui change notre rapport au monde, qui nous le faire voir non seulement d’en bas, de l’animal, mais aussi d’en haut, avec Dieu et grâce à Dieu. Cela nous donne un regard, un amour, une espérance, une fidélité, peut-être, un enthousiasme…

Mais nous ne sommes pas toujours dans cet état-là, ou pas encore, ou pas assez. Par exemple les disciples avant la Pentecôte sont désespérés et effrayés devant la vie et les hommes. Ils sont comme Agar dans le désert. Il peut nous arriver d’être dans une détresse semblable, malheureusement, mais de fait, à des degrés divers, la situation d’Agar est celle de tout homme vivant dans ce monde. Nos ressources sont limitées (de quoi sera fait l’avenir ?) les relations avec nos proches ne sont jamais parfaites, nous avons peur.

Mais, d’abord, tout ne va pas si mal et Dieu, lui, est amour et fidélité, et il est là, avec nous. Ce sont ces deux termes d’amour tendre et de fidélité que l’Évangile selon Jean retient pour résumer ce que le Christ nous a révélé de Dieu (Jean 1:17-18).

Tout ne va pas si mal : Agar est seule dans le désert, mais elle a un peu de pain, un peu d’eau, de l’air pour respirer et l’ombre d’un buisson. C’est bien peu de chose, juste de quoi tenir un temps limité, mais en réalité elle a une bien plus grande richesse que cela. Elle a aussi une capacité à aimer et à être fidèle. Même trahie, abandonnée cela lui reste : elle aime son fils, elle aime aussi Abraham, elle le garde dans son cœur, la suite du livre le montre. Elle a un vrai manque, mais ce manque n’est pas tout, il y a une vraie détresse, une vrai souffrance, mais elle est riche quand même de son amour à elle et de sa fidélité à elle. Abraham et Sarah, dans leur cruauté, ne lui ont quand même pas retirée cela.

Et elle a Dieu. Ce n’est pas elle qui pense à Dieu, mais c’est Dieu qui pense à Agar, qui voit sa détresse. Elle, Agar, a heureusement l’ouverture du cœur qui la rend sensible, ouverte à cette présence, à cette force, cette lumière, à cette parole qu’est Dieu. C’est cette ouverture que nous propose la Pentecôte. C’est cette ouverture qui a permis aux les apôtres de se lever pleins de l’Esprit de Dieu. C’est cette ouverture qui fera se lever tout à l’heure des catéchumènes pour dire leur espérance en Dieu.

Agar entend d'abord cette parole de Dieu : « Qu'as-tu ? Agar ». Tout d'un coup, elle sent la présence de Dieu, une présence qui la connaît, qui l’entend, qui comprend vraiment son manque, sa détresse.

Pourtant, Agar n’est pas pour rien dans ce qui lui arrive, son arrogance vis-à-vis de Sarah n’est pas pour rien dans cette catastrophe, et elle n’a pas un mot pour reconnaître sa faute. Mais Dieu n’attend pas que le coupable reconnaisse sa faute pour vouloir l’aider, heureusement parce que souvent notre pire problème est précisément de ne même pas nous rendre compte de notre folie, de notre mal.

Comment un père, une mère qui aime, comme Dieu ne s’occuperait pas de sa fille qui désespère ?

Dieu veut l’aider et il veut nous aider, bien entendu. Et comme souvent dans la Bible, le premier service qu’il nous apporte est de nous aider à nous poser des questions « Qu’as-tu, Agar? Ne crains pas »

À la fois, Dieu nous rassure et nous bouscule avec ses questions. Les deux vont ensemble : c’est parce que l’on se sait accepté par Dieu, rassuré par lui et entendu que nous pouvons en vérité réfléchir à la question essentielle qu’il nous pose : « où en es-tu ? ». Oui, Dieu nous casse les pieds avec ses questions, avec cette bonne question. Il ne nous pose pas la question du pourquoi, ni du comment. Mais celle simplement d’ouvrir les yeux maintenant, de regarder, de regarder non seulement ce qui nous manque, mais ce que nous avons : « Qu’as-tu, Agar? », de voir ce que nous sommes, quelle part nous avons reçue, les dons qui sont les nôtres, les bénédictions qui nous ont rendus capables d’aimer encore un peu, et de tenir bon.

Des bénédictions, ne craignons pas, Dieu en a en réserve pour nous ! Dieu le créateur, Dieu qui est en amont de ces milliards d’années et de ces myriades de galaxies, Dieu nous connaît par notre nom, il nous dit comme à Agar : ne crains pas, j’ai entendu le cri de ta chair, de ton sang, le cri de ton cœur, de ta vie. Nous allons repartir de ce que tu as. Ensemble.

Ensuite Dieu lui dit « Relève-toi, et prends le garçon par la main ». On pourrait traduire cette phrase par : « ressuscite maintenant, prends ta vie en main ». Dieu ne peut pas prendre notre vie en main à notre place. C’est à nous de la prendre en main. Lui, Dieu, est pour nous comme un miroir et une tendresse, il est une force, un appel, une stimulation mais c’est à nous, selon notre propre sensibilité de prendre notre propre vie en main.

Dieu nous donne également ici une promesse : « Lève-toi, prends ton fils par la main, car je ferai de lui une grande nation. » Le Christ nous parle aussi comme cela, Dieu nous espère avec une belle et bonne vie. Dieu nous promet : toi et moi, ensemble nous ferons de ta vie, de tes jours, une bénédiction. Pourtant rien ne dit qu'Agar était une championne du monde en quoi que ce soit. Elle reçoit pourtant une promesse aussi grande et belle qu'Abraham lui-même, le père de tous les croyants. Cette promesse est pour chacun de nous. Pour Dieu, nous sommes déjà une bénédiction.

Agar ne devait pas bien voir comment elle pourrait incarner cette incroyable promesse, elle qui manque de tout, elle qui est comme desséchée, presque morte, une esclave abandonnée au fond d’un désert… Dieu va changer sa vie. En réalité, il ne change pas sa vie, mais il la change elle en lui ouvrant une nouvelle perspective sur elle-même, et du coup elle trouvera elle-même la source, ou plutôt elle trouvera la source en elle-même, les deux choses sont liées. Dieu lui ouvre les yeux, et elle voit une source d’eau fraîche; elle alla remplir sa gourde, et elle donna à boire au garçon. Dieu fut avec le garçon, qui grandit, selon la promesse…

Dieu a changé la malédiction en bénédiction. Il transforme la trahison d’Abraham et de Sarah en une libération d’Agar. Elle n’était qu’une esclave étrangère, Dieu fait d’elle une prophétesse, recevant la même promesse qu’Abraham lui-même. Elle n’avait plus d’espoir, Dieu lui donne un avenir. Elle et ceux qu'elle aime pourront vivre et s'épanouir même dans le désert le plus sec.

Comme Agar, vous pouvez vous lever, ouvrir les yeux, trouver la source, la laisser jaillir au plus profond de vous-mêmes. Le Christ est là qui nous dit :

« celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissante de vie éternelle. Et des fleuves d’eau vive jailliront de lui… »
(Jean 4 :14, 7:38)

Seigneur, donne-nous de cette eau-là.

Amen.

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Simone Weil ....Plaidoyer pour une Civilisation nouvelle ...Providence ....

 ...p 1182 -3....Le christianisme originel, tel qu'il se trouve encore présent pour nous dans le Nouveau Testament, et surtout dans les Évangiles, était, comme la religion antique des Mystères, parfaitement apte à être l'inspiration centrale d'une science parfaitement rigoureuse. Mais le christianisme a subi une transformation, probablement liée à son passage au rang de religion romaine officielle. Après cette transformation, la pensée chrétienne, excepté quelques rares mystiques toujours exposés au danger d'être condamnés, n'admit plus d'autre notion de la Providence divine que celle d'une Providence personnelle. Cette notion se trouve dans l'Évangile, car Dieu y est nommé le Père. Mais la notion d'une Providence impersonnelle, et en un sens presque analogue à un mécanisme, s'y trouve aussi. «Devenez les fils de votre Père, celui des cieux; car il fait lever le soleil sur les méchants et les bons, et fait tomber la pluie sur les justes et les injustes... Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait". »

Ainsi c'est l'impartialité aveugle de la matière inerte, c'est cette régularité impitoyable de l'ordre du monde, absolument indifférente à la qualité des hommes, et de ce fait si souvent accusée d'injustice - c'est cela qui est proposé comme modèle de perfection à l'âme humaine. C'est une pensée d'une profondeur telle que nous ne sommes pas même aujourd'hui capables de la saisir; le christianisme contemporain l'a tout à fait perdue.  

1203/1204

La conception de la Providence qui répond au Dieu du type romain, c'est une intervention personnelle de Dieu dans l'univers pour ajuster certains moyens en vue de fins particulières. On admet que l'ordre du monde, laissé à lui-même et sans intervention particulière de Dieu à tel lieu, en tel instant, pour telle fin, pourrait produire des effets non conformes au vouloir de Dieu. On admet que Dieu pratique les interventions particulières. Mais on admet que ces interventions, destinées à corriger le jeu de la causalité, sont elles-mêmes soumises à la causalité. Dieu viole l'ordre du monde pour y faire surgir, non ce qu'il veut produire, mais des causes qui amèneront ce qu'il veut produire à titre d'effet.

Quand la notion de Providence est introduite dans la vie privée, le résultat n'est pas moins comique. Quand la foudre tombe à un centimètre de quel­qu'un sans le toucher, il croit souvent avoir été préservé par la Providence. Ceux qui sont à un kilomètre de là ne pensent pas devoir la vie à une inter­vention de Dieu. Apparemment, quand le mécanisme de l'univers est sur le point de tuer un être humain, Dieu se demande s'il lui plaît ou non de lui , sauver la vie, et s'il décide de le faire, il donne un coup de pouce presque imperceptible au mécanisme. Il peut bien déplacer la foudre d'un centi­mètre pour sauver une vie, mais non pas d'un kilomètre, encore moins l'empêcher purement et simplement de tomber. Il faut croire qu'on pense ainsi. Autrement on se dirait que la Providence intervient pour nous empêcher d'être tués par la foudre à tous les instants de notre vie, au même degré qu'à l'instant où la foudre tombe à un centimètre de nous. L'unique instant où elle n'intervienne pas pour empêcher que tel être humain soit tué par la foudre, c'est l'instant même où la foudre le tue, si du moins cela se produit. Tout ce qui n'arrive pas est empêché par Dieu au même degré. Tout ce qui arrive est permis par Dieu au même degré. La conception absurde de la Providence comme intervention personnelle et particulière de Dieu à des fins particulières est incompatible avec la vraie foi. Mais ce n'est pas une incompatibilité évidente. Elle est incompatible avec la conception scientifique du monde; et là l'incompatibilité est évidente.

Les chrétiens qui, sous l'influence de l'éducation et du milieu, ont en eux cette conception de la Providence ont aussi la conception scientifique du monde, et cela sépare leur esprit en deux compartiments entre lesquels se trouve une cloison étanche; l'un pour la conception scientifique du monde, l'autre pour la conception du monde comme domaine où agit la Providence personnelle de Dieu. De ce fait ils ne peuvent penser ni l'une ni l'autre. La seconde d'ailleurs n'est pas pensable. Les incroyants, n'étant arrêtés par aucun respect, discernent facilement que cette Providence personnelle et particulière est ridicule, et la foi elle-même est de ce fait, à leurs yeux, frappée de ridicule

1207

La Providence divine n'est pas un trouble, une anomalie dans l'ordre du monde. C'est l'ordre du monde lui-même. Ou plutôt c'est le principe ordonnateur de cet univers. C'est la Sagesse éternelle, unique, étendue à travers tout l'univers en un réseau souverain de relations. C'est ainsi que l'a conçue toute l'Antiquité pré-romaine. Toutes les parties de l'Ancien Testament où a pénétré l'inspiration universelle du monde antique nous en apportent la conception enveloppée d'une. splendeur verbale incomparable. Mais nous sommes aveugles. Nous lisons sans comprendre. La force brute n'est pas souveraine ici-bas. Elle est par nature aveugle et indéterminée. Ce qui est souverain ici-bas, c'est la détermination, la limite. La Sagesse éternelle emprisonne cet univers dans un réseau, dans un filet de déterminations. L'univers ne s'y débat pas. La force brute de la matière, qui nous paraît souveraineté, n'est pas autre chose en réalité que parfaite obéissance.

C'est là la garantie accordée à l'homme, l'arche d'alliance, le pacte, la promesse visible et palpable ici-bas, l'appui certain de l'espérance. C'est là la vérité qui nous mord le coeur chaque fois que nous sommes sensibles à la beauté du monde. C'est la vérité qui éclate avec d'incomparables accents d'allégresse dans les parties belles et pures de l'Ancien Testament, en Grèce chez les Pythagoriciens et tous les sages, en Chine chez Lao-tseu, dans les écritures sacrées hindoues, dans les fragments égyptiens. Elle est peut-être cachée dans d'innombrables mythes et contes.

Elle apparaîtra devant nous, sous nos yeux, dans notre propre science, si un jour, comme à Agar, Dieu nous dessille les yeux.

CORRELATS 

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FIGAROVOX/ENTRETIEN - Dans son dernier essai, le philosophe Michel Serres médite sur le basculement de notre temps et sur les leçons que nous donnent les grandes figures de la mythologie et de notre histoire.

 


Homme de lettres et philosophe, Michel Serres est membre de l'Académie française. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Petite poucette dans lequel il évoque une génération transformée par le numérique.


FIGAROVOX. - Votre dernier livre retrace ce que vous appelez «le grand récit de la vie». Avons-nous perdu l'idée de la beauté du monde?

Michel SERRES. - Depuis très longtemps, je m'aperçois que, dans la culture en général et dans la philosophie en particulier, les contemporains sont «sans monde». Ramener le monde dans la philosophie et dans la pensée a toujours été une de mes obsessions. À force d'oublier le monde, on le détruit. Le retour du monde est une des choses les plus importantes à réaliser.

Nos ancêtres habitaientla campagne à 80-85 %. Le nombre d'habitants des villes était de 8 % en 1850. Tout cela a été renversé, et le citadin est sans monde, et la culture politique (au sens de polis, la ville), elle aussi.

La nature vous a façonné?

Ramener le monde dans la philosophie et dans la pensée a toujours été une de mes obsessions. À force d'oublier le monde, on le détruit.

Je suis encore de la générationqui a connu le monde qui était dans le monde. J'étais d'une famille paysanne, mon père cassait des cailloux dans la Garonne, c'était des mariniers et des paysans. J'ai été élevé par le fleuve et par la terre.

Et aujourd'hui…

La philosophie, c'est la sagesse, et j'aimerais être la sage-femme du monde à venir. L'intérêt, c'est de préparer le monde qui vient, ce n'est pas de regretter le passé. Le monde que je cherche à retrouver, je l'ai connu de façon concrète et réelle. Je voudrais le retrouver non pas sous l'aspect du temps perdu, mais d'un monde à reconstruire. Ce qui m'intéresse, c'est l'accouchement du monde.

Vous êtes inquiet?

L'inquiétude au sens psychologique m'est étrangère. Ce qui me frappe aujourd'hui, c'est le nombre énorme de nouveautés qui apparaissent et le nombre énorme de «grands-papas ronchons» que ça produit. Ils disent tous: c'était mieux avant. J'y étais, avant! Et nous étions gouvernés par Franco, Mussolini, Hitler, Lénine, Mao Tsé-toung, Staline: rien que des braves gens! Non, ce n'était pas mieux avant, c'était bien pire avant. Je suis heureux de vivre le temps que je vis. L'Europe est en paix depuis soixante-dix ans, ce qui n'était pas arrivé depuis la guerre de Troie.

Comment maîtriser ce progrès?

Tout mon travail, c'est d'essayerde transformer la pensée pour être adapté aux innovations que nous sommes en train de produire. Mon livre est un livre de rééducation pour dire aux lecteurs que le monde moderne ne pourra pas penser comme celuide ses prédécesseurs.

Mon livre est un livre de rééducation pour dire aux lecteurs que le monde moderne ne pourra pas penser comme celuide ses prédécesseurs.

Les mythologies grecque et latine sont très présentes dans votre ouvrage. Elles sont encore éclairantes pour notre temps?

Abordons ce sujet au-delà de la réforme du collège. On comprend mieux une nouveauté quand on a un recul considérable pour l'apercevoir. Je ne juge pasles choses de la même façon si je sais que ça s'est passé quatre fois. Maissi je ne sais pas que ça s'est passé quatre fois, je suis la proie de toutes les manipulations. La culture, c'est ça, c'est avoir du recul. Mais la culture ne doit pas être trop visible. Quand on voit les musiciens français, ils sont souvent très modestes. De Couperin à Berlioz, ils font passer sous des ritournelles un peu légères quelque chose comme une science profonde. J'essaye d'être leur disciple. Pas la peine d'écraser le monde sous le poids de sa culture.

Notre époque est-elle inculte?

On juge comme inculte quelque chose qui est en train de se construire comme une nouvelle culture, qui a très peu de rapport avec la culture précédente, mais qui a autantde rapport que la Renaissance en avait avec le Moyen Âge.

Inculture, c'est un peu rapide. Nous vivons une période de très forte transition. La Renaissance, c'est une période où l'on oublie un peu vite le Moyen Âge. Mais qui oublie le Moyen Âge? Ce sont des gens comme Érasme et Rabelais. Imaginez la tête des docteurs de Sorbonne lorsqu'ils ont luPantagruel, où l'on donne les mille manières de se torcher le cul… Rabelais est alors qualifié d'inculte. C'est ce qui nous arrive aujourd'hui. On juge comme inculte quelque chose qui est en train de se construire comme une nouvelle culture, qui a très peu de rapport avec la culture précédente, mais qui a autantde rapport que la Renaissance en avait avec le Moyen Âge.

Comment retrouver le temps et le silence indispensablesà la vie de l'esprit?

En arrêtant la machine! Le rapport à la machine existe depuis le néolithique. Il y a un moment où l'on arrête la charrue, la voiture, et maintenant le portable ou Internet. La compulsion à laquelle nous assistons, les gens qui pianotent dans la rue, tout cela est temporaire.

Que pensez-vous de l'utopie transhumaniste?

Pour moi les transhumanistes sont une variété de Tarzan! C'est de l'Amérique à l'état pur. Je les connais: j'ai vécu et enseigné là-bas pendant quarante ans. Il n'y a pas plus inculte que le transhumaniste. Il estdans l'idéologie du toujours plus, du «more and more». Il croit que more, c'est mieux. Tout cela me fait rire.

Votre livre fait l'élogedu «gaucher boiteux»…

Ce qui m'intéresse, dans cette métaphore, c'est cet écart à l'équilibre. Qu'est-ce que le nouveau? D'abord, il n'y a pas de méthode pour découvrir le nouveau. «Méthode», ça veut dire en grec «la route». La route de Landerneau va toujours à Landerneau. On s'aperçoit qu'il y a quelque chose de profond dans l'invention.

Dans la mythologie tous les grands inventeurs sont boiteux. L'écart subi est le grain de sel qui mène à l'invention.

La première chose qui frappe, c'est que la société ne reconnaît pas tout de suite le découvreur. Les propositions de Newton ont été refusées pendant un siècle et demi. Il a fallu attendre que Laplace déduise toutes les lois du monde à partir de Newton. Ensuite, celui qui cherche ne cherche pas ce qu'il trouve (il l'aurait sinon déjà trouvé). C'est l'histoire célèbre de la recette de la tarte Tatin ou celle du grand magasin Le Bon Marché. Au départ, dans ce grand magasin, tout était méthodique: les vêtements, l'alimentation, les outils. Au bout d'un an ou deux, Boucicaut augmente son chiffre d'affaires en bouleversant complètement l'ordre, les règles. Dans la mythologie tous les grands inventeurs sont boiteux. L'écart subi est le grain de sel qui mène à l'invention. Moi-même, je suis un gaucher non pas contrarié, mais complété. Je suis opposé au fait de laisser les gauchers écrire de la main gauche. Vous ne pouvez pas imaginer l'avantage qu'a un gaucherque l'on ferait écrire de la main droite.

Votre livre est aussi une méditation religieuse. On y trouve des pages étonnantes sur la cathédrale…

Jésus-Christ est un nom juif associé à un prénom grec avec un trait d'union. Le christianisme est judéo-grec. Deux Évangiles sont écrits en araméen et deux en grec. En architecture, ce qui symbolise l'idéal grec, c'est le temple. C'est l'harmonie géométrique. D'un autre côté, l'habitat juif, c'est la tente dans le désert et la fête des tabernacles, c'est la plus grande fête juive. Elle tient par des piquets et des tendeurs. Méditant sur cette question, je passe devant Notre-Dame et je vois la tente et le temple. Le christianisme faitcette synthèse nouvelle!

Et Dieu, dans tout ça?

Comment vous répondre? La seule chose que je peux vous dire, c'est qu'avant de mourir j'aimerais faire une philosophie de l'histoire et une philosophie des religions. Si Dieu me prête vie!

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 20/05/2015. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

 

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Ce sas de liberté s’est imposé comme le nouveau centre névralgique de la jeunesse stambouliote. La municipalité, sous contrôle du CHP, le principal parti de l’opposition, y encourage la libre expression.

À Istanbul

Slalomant de table en table, Kubilay Gelik, 29 ans, distribue des sourires aux clients de passage. À la terrasse de Cherry Bea, les murs sont tapissés de petites annonces pour retraites de yoga et cours de céramique. Sur un tableau noir, le hashtag #HerseyGuzelOlacak («tout ira bien»), nouveau cri de ralliement du maire déchu d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, aussitôt reparti en campagne électorale, s’est même invité à côté d’une pile d’exemplaires de Birgün et Evrensel, les derniers vétérans de la presse indépendante turque: un printemps stambouliote que le jeune gérant de ce café branché du quartier Kadiköy cultive jalousement sur la rive asiatique, au large de l’orage qui sévit de l’autre côté du Bosphore.

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«Kadiköy, c’est un peu notre refuge. Un sas de liberté où l’on respire sans frémir», énonce-t-il. Là-bas, côté européen, à vingt minutes en bateau «vapür» de son nouveau fief, il n’a pas attendu le dernier coup de force du pouvoir pour fermer boutique, il y a déjà deux ans. «Avant, je tenais le même café dans le quartier touristique de Galata. Mais l’ambiance a changé au fil des années, avec la pression des conservateurs de l’AKP. Puis, après la vague d’attentats de 2016 et le putsch raté de juillet 2016, les visiteurs européens ont commencé à bouder l’historique place Taksim et ses environs. Et les fêtards ont migré ici au rythme de la fermeture des bars de l’avenue Istiklal, prise d’assaut par les touristes des pays arabes», confie-t-il.

Les pieds dans l’eau et le cœur plus léger, Kadiköy s’est imposé comme le nouveau centre névralgique de la jeunesse stambouliote. Un quartier à part, où les filles traînent en minijupes dans les ruelles piétonnes. Où les trottoirs sentent l’amour et l’alcool. Où les façades dialoguent en couleurs entre slogans anarchistes et fresques fantaisistes. Ici, chacun trouve aisément sa place: artistes, DJ somnambules, militants LGBT, défenseurs de la cause kurde, féministes aux mèches peroxydées. La municipalité, sous contrôle du CHP, le principal parti de l’opposition, y encourage la libre expression. «Galeries et ateliers d’artistes se démultiplient. On a aussi ouvert un musée de la caricature», confie Burcu Arikan, une architecte qui officie à la Mairie. À Kadiköy, un square public porte même le nom de Mehmet Ayvalitas, jeune homme tué en 2013, lors des manifestations de Gezi… Inimaginable du côté de Taksim, où seuls les martyrs du putsch raté de 2016 eurent, un temps, le droit de cité dans les couloirs de la station de métro du même nom.

« Je n’ai jamais fait autant de tatouages engagés.»

Ozan Hersek, tatoeur

Aujourd’hui, la grande place de la rive européenne a des allures de prison à ciel ouvert. Chaque événement y est prétexte à l’installation de grilles en fer: rassemblement du 1er Mai, soirée de la Saint-Sylvestre, repas de l’iftar, le repas de la rupture du jeûne du ramadan.

D’année en année, les festivités religieuses y sont de plus en plus ostentatoires, à l’image de cette nouvelle mosquée aux proportions démesurées qui y est sortie de terre en l’espace de quelques mois. «Mais personne n’a osé manifester contre ce projet. La police aurait eu vite fait de nous faire arrêter en nous accusant d’insulter l’islam et d’encourager la débauche», se désole Dilek, une jeune chercheuse turque, qui a récemment «migré» à Kadiköy. Une stigmatisation que déplorent les anti-Erdogan. «L’ironie de l’histoire, c’est que la municipalité CHP de Kadiköy fut l’une des premières à interdire, il y a six ou sept ans, la vente d’alcool dans les épiceries après 22 heures, avant que l’AKP ne s’en inspire. À l’origine, l’idée consistait à éviter que les personnes éméchées n’importunent les habitants du quartier. Car c’est bien là notre souci: défendre la liberté d’expression, tout en veillant à ne pas tomber, à notre tour, dans le travers de la ghettoïsation, en imposant un seul mode de vie et en excluant les autres couches de la société», relève Burcu Arikan, la jeune employée municipale.

La nuit tombe sur Kadiköy. Sous un timide croissant de lune, un attroupement s’improvise dans une rue passante du quartier. Au rythme d’une minifanfare, quelques dizaines de personnes reprennent à l’unisson le fameux refrain dans l’air du temps, «Tout ira bien», décliné sur une grande banderole blanche brandie à bout de bras. Depuis que le scrutin d’Istanbul a été annulé, le soir du 6 mai, c’est la nouvelle façon de résister des supporteurs du maire déchu, Ekrem Imamoglu. Cette nuit-là, Kadiköy avait vibré de colère sous un joyeux tintamarre de casseroles. «J’ai passé la soirée à mon balcon. Même mon chien s’est mêlé au concert, en enchaînant les aboiements. Pour une fois, je ne l’ai pas fait taire!», se souvient Ozan Hersek. Assis au comptoir de son studio de tatouage, ouvert il y a quatre ans, ce jeune Turc ne se fait guère d’illusions sur le résultat du nouveau vote, programmé le 23 juin, «que l’AKP fera tout pour emporter».

Ces derniers jours, les signes d’intimidation se démultiplient, comme ce journaliste tabassé en pleine rue par des inconnus munis de battes de baseball, pour avoir critiqué Erdogan. Mais à Kadiköy, les frondeurs savent ruser. «Je n’ai jamais fait autant de tatouages engagés, sourit-il. Mes clients sont particulièrement friands des mots “paix” ou encore “liberté”. Le portrait de Che Guevara est également un tatouage à la mode.» Une contestation indélébile, ultime remède au fléau des bouches cousues.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 31/05/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

 

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Par

 

Deux après-midi par mois, depuis trois ans, l’hypermarché Cora de Villebarou (Loir-et-Cher) transforme sa cafétéria en bal musette.

Un bras sur la taille, une main sur l’épaule, deux vieilles dames hilares tourbillonnent dans les travées au son du tango. Elles semblent ignorer cet homme au veston de velours aspergé d’eau de Cologne. Il nous accoste : « Dites bien à votre collègue de ne pas me prendre en photo. Ma femme m’imagine en train de pousser un chariot, pas de danser le slow. »

Fléau de la désertification

Depuis bientôt trois ans, l’hypermarché Cora de Villebarou, en périphérie de Blois, organise, deux fois par mois, un après-midi musette gratuit dans les locaux de sa cafétéria. Entre 150 et 200 clients, âgés de plus de 70 ans pour la plupart, s’y hâtent, fort apprêtés. Une animation appréciée, dans un département, le Loir-et-Cher, qui ne compte plus qu’un seul dancing ouvert à l’année : Le Balad’jo de Romorantin, 11 euros l’entrée.

« Un bras sur la taille, une main sur l’épaule ».Thé dansant à la cafétéria du Cora de Villebarou, près de Blois, le 6 avril 2019.
« Un bras sur la taille, une main sur l’épaule ».Thé dansant à la cafétéria du Cora de Villebarou, près de Blois, le 6 avril 2019. William Beaucardet pour Le Monde

« On a d’abord essayé la country puis le disco, mais ça ne marchait pas. Les gens veulent des danses de couple », explique Stéphanie Bureau, chargée du restaurant et accessoirement des produits frais de l’hypermarché mitoyen. « Notre but était d’attirer une clientèle en dehors des heures de repas pour recréer de la vie dans notre galerie marchande. » Ce centre commercial ouvert depuis plus de trente ans est à son tour frappé par le fléau de la désertification : il compte vingt et une boutiques, onze sont fermées. L’une des raisons est l’abondance d’enseignes concurrentes : Auchan, Leclerc, Carrefour, Casino, Lidl encerclent l’agglomération blésoise.

« C’est devenu une drogue : si je ne danse pas pendant quinze jours, j’ai mal partout », François, 72 ans

Stéphanie Bureau a vite adopté les codes du dancing traditionnel pour sa cafétéria : un comptoir où l’on sert du pétillant dans des flûtes et la possibilité de réserver sa table en bord de piste deux semaines à l’avance. « Et nous avons fixé le calendrier des bals pour toute l’année, avec des dates faciles à retenir, soit le premier samedi et le troisième vendredi du mois. »

Benny Carel, le musicien-disc-jockey, est apprécié pour l’étendue de sa palette musicale. Des clients viennent spécialement pour lui. « Je joue de l’accordéon, du clavier, du saxo, de la clarinette et je suis l’un des rares à passer encore de la valse, du paso doble. J’ai même ajouté de la bachata [rythme originaire de la République dominicaine] pour faire plaisir aux plus jeunes de mes vieux », plaisante-t-il.

« Toujours une femme dans mes bras ». Thé dansant à la cafétéria du Cora de Villebarou, près de Blois, le 6 avril 2019.
« Toujours une femme dans mes bras ». Thé dansant à la cafétéria du Cora de Villebarou, près de Blois, le 6 avril 2019. William Beaucardet pour Le Monde

Toujours en bras de chemise, François, vieux garçon de 72 ans, écume les rares dancings de la région. Son empreinte carbone est aussi élevée que son taux de dopamine. « Pour le Cora, je roule 80 bornes en comptant le retour. Mais c’est 140 km pour Le Balad’jo à Romorantin et 180 km pour la guinguette de Rochecorbon [Indre-et-Loire] de mai à septembre. »

Fougue et gouaille

Il honnit les salles des fêtes communales et les clubs de l’amitié férus de danses en ligne : « Je préfère avoir toujours une femme dans mes bras. » Expert de la valse à trois temps, il se vante de n’éprouver aucun mal à trouver des cavalières. « Mais c’est devenu une drogue : si je ne danse pas pendant quinze jours, j’ai mal partout. »

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Comme François, la grande majorité des clients se présentent sans cavalier ou cavalière. Mais tous n’ont pas sa fougue ni sa gouaille. Jacqueline était déléguée syndicale, salariée au comité d’entreprise d’un gros équipementier automobile de Blois. Elle a perdu une fille puis son mari.

Pour surmonter les épreuves, elle aime embellir son jardin, promener ses chiens et regarder les gens danser. Sortir en ville l’effraie : elle juge le centre-ville de Blois hostile à sa voiture et à son porte-monnaie. « Si tu ne veux pas payer le parking, il faut te garer très loin et marcher tellement ! Ici, le stationnement et l’entrée sont gratuits. J’ai juste bu un bon café à 1,10 euro. »

« Je ne cherche pas de mec en milieu confiné, je veux juste tuer la solitude quelques heures. J’aime aussi aller chez une copine qui vit en forêt. Chez elle, on voit des biches et des chevreuils, ça me suffit. » Yvette, 73 ans

Les dancings conventionnels, aux stroboscopes et rideaux occultants, ont leurs adeptes mais aussi leurs détracteurs, comme Yvette, 73 ans, à la robe en flanelle verte et au collier doré. « Mes copines disent que je ressemble à Alice Sapritch », dit cette ancienne ouvrière de l’usine de matelas Treca, à Mer. Yvette a les dragueurs de discothèque en horreur. « Je les appelle les prédateurs. Même si le taulier est adorable, certains clients du Balad’jo en veulent tellement pour leur pognon qu’ils propagent des rumeurs sur votre libido si vous osez refuser leurs avances. Moi, je ne cherche pas de mec en milieu confiné, je veux juste tuer la solitude quelques heures. J’aime aussi aller chez une copine qui vit en forêt. Chez elle, on voit des biches et des chevreuils, ça me suffit. »

Sa voisine Annie, 78 ans, ancienne agricultrice, aujourd’hui divorcée, ne la contredira pas. « Tous les types de musique me conviennent, je ne suis pas difficile. Et même si je ne danse pas, ce n’est pas bien grave. Ça me fait une sortie ! »

En pleine étude de marché, Martine Laubert, 71 ans, passe de table en table avec l’envie de causer. Cette ancienne patronne d’un bar-tabac prépare l’ouverture d’un thé dansant, chaque dimanche après-midi, dans les locaux d’un futur relais routier à Morée, à une trentaine de kilomètres de Villebarou. « Je viens ici pour bâtir ma future clientèle. Regardez comme les femmes sont toujours en surnombre. Je n’ai aucune idée des tarifs, mais je crois que j’embaucherai un ou deux taxi boys pour qu’elles puissent toutes danser. Il paraît que ça se fait au Patio Club de Vierzon, dans le Cher. » Elle réfléchit. « Vous savez danser ? »

« Tous les types de musique me conviennent, je ne suis pas difficile. » Thé dansant à la cafétéria du Cora de Villebarou, près de Blois, le 6 avril 2019.
« Tous les types de musique me conviennent, je ne suis pas difficile. » Thé dansant à la cafétéria du Cora de Villebarou, près de Blois, le 6 avril 2019. William Beaucardet pour Le Monde