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Le cardinal Müller à ceux qui critiquent Benoît XVI : ils n’ont en tête que l’adaptation à leur propre état de décadence

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Voici une entrevue extraordinaire que le Cardinal Gerhard Ludwig Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, a accordée à Kath.net (traduction française publiée par Pro Liturgia):


Kath.net : Eminence, que pensez-vous du texte publié par le Pape émérite sur les abus sexuels dans l’Eglise ?

Cardinal Müller : C’est l’analyse la plus approfondie qui soit de la genèse de la crise de crédibilité de l’Eglise en matière de morale sexuelle, et plus intelligente que toutes les contributions que l’on a pu entendre lors du sommet de la Conférence des évêques prises ensemble. Il y a abus de l’autorité spirituelle lorsque des supérieurs justifient leur style autoritaire ou manipulateur par des raisons pseudo religieuses et le font passer pour la volonté divine. Mais les péchés contre le 6e commandement du Décalogue ont pour cause l’usage abusif de la sexualité masculine ou féminine que nous avons reçue de Dieu. Mélanger ces deux sortes de péchés dans le seul but de masquer de mauvaises pratiques sexuelles, est la marque d’un échec patent de l’autorité dans l’Eglise.

Nous ne sortirons pas de cette crise en usant de termes creux comme « cléricalisme », ou par la recherche d’une morale sexuelle guidée par le principe égoïste de plaisir, mais en nommant le mal par son nom. L’effondrement de la morale bourgeoise, déjà poreuse depuis longtemps, due à une « révolution sexuelle globale » (titre d’un livre de Gabriele Kuby), et l’essai infructueux de mettre au point une morale catholique déconnectée de la loi naturelle et de la révélation ont déjà conduit chez de nombreuses personnes à l’ébranlement de la conscience morale.

La responsabilité en revient également à ceux qui ont reçu du Christ la mission d’enseigner aux hommes tout ce que le Seigneur lui-même a enseigné aux Apôtres et par là à leurs successeurs dans le ministère épiscopal et sacerdotal.

Kath.net : A peine quelques heures après la parution du texte de Benoît XVI, les indéracinables antis-ratzingériens étalaient déjà leurs critiques dans les médias. Qu’en pensez-vous ?

Cardinal Müller : On ne peut pas parler ici de critiques, car le mot critique signifie distinguer entre des notions pointues dans le but de faciliter la compréhension de questions importantes. Mais, ces gens, non seulement ne sont pas croyants, mais en plus ne réfléchissent pas. Et avant tout, il leur manque la plus élémentaire des politesses. L’histoire se répète. Pensons à Saint Etienne qui avait été le témoin de la vérité du Christ : « Ceux qui écoutaient ce discours avaient le cœur exaspéré et grinçaient des dents contre Etienne. » (cf. Act 7, 54).

Ils parlent de renouveau et de réforme de l’Eglise, mais n’ont en tête que l’adaptation à leur propre état de décadence. Il est impensable que ceux qui possèdent ne serait-ce qu’une étincelle d’amour chrétien, se laissent entraîner par ce genre de pamphlet grossier. En effet, comment l’amour peut-il encore structurer la foi dans un contexte où la foi au Dieu de la Révélation en Jésus-Christ a été abandonnée ou bien lorsque ne subsistent que quelques éléments de cette foi pour tenter de justifier une vision du monde autoréférentielle.

Il est scandaleux de voir que des évêques catholiques financent, en détournant les fonds propres de l’Eglise, des organismes qui soutiennent ouvertement des positions incompatibles avec l’enseignement catholique sur la foi et la morale. Je sais, bien sûr, que les évêques concernés voient les choses autrement, parce qu’ils définissent selon leur bon plaisir ce qui est catholique et ce qui ne l’est pas. Leur vision du monde repose sur la distinction un peu primitive entre progressisme et conservatisme. Ce qui relève de la foi catholique telle qu’elle a été formulée jusqu’ici est ainsi qualifié de « conservatisme » et seule leur vision « progressiste » serait l’avenir de l’Eglise, comme dans ces autres contrées anciennement catholiques et dévastées par de semblables idéologies.

En conséquence, il s’agit pour eux de mettre hors-jeu, ou du moins de museler, ces catholiques catalogués « conservateurs » qui restent fidèles à la Sainte Ecriture, à la Tradition Apostolique et au Magistère. Et dans ce but, tous les moyens sont bons, jusqu’à la calomnie et le déshonneur. Car est permis tout ce qui sert son intérêt propre qui est, bien sûr, identifié au bien commun. C’est de cette façon qu’a été traité aussi mon « Manifeste pour la foi » : comme un ensemble de demi-vérités, un choix d’idées subjectives, éloignées de la Sainte Ecriture, des propos sortis de leur contexte… comme si la Trinité, l’Incarnation, la sainteté de l’Eglise, la divine Liturgie, l’unité de la foi et de la morale, le jugement dernier et la vie éternelle, n’étaient pas, dans la « hiérarchie des vérités » (d’après le Décret sur l’œcuménisme du Concile Vatican II au n°11), le « fondement de la foi ».

L’infâme refus de Dieu qui s’expose ainsi est à son comble lorsqu’on se sert du crime et du péché mortel constitués par l’abus sexuel de jeunes mineurs pour couvrir la bénédiction des actes homosexuels entre adultes, pour ridiculiser le célibat des prêtres et les vœux des religieux et banaliser les péchés contre l’indissolubilité du mariage.

Source : Kathnet (Trad. MH/APL) publié sur Pro Liturgia

 

Le cardinal a également donné un entretien à La Bussola, traduit par Benoît-et-moi. Extrait :

Beaucoup ont également vu dans les “notes” de Ratzinger une réponse aux fameux Dubia des quatre cardinaux (Caffarra, Meisner, Burke, Brandmüller), qui en ce qui concerne Amoris Laetitia demandaient des confirmations sur la validité de l’intrinsece malum.

Je ne sais pas quelles étaient les intentions [de Benoît XVI], mais il est absolument clair qu’il y a des actes qui sont mauvais en soi, qui ne peuvent jamais être bons ou justifiés. Je trouve incompréhensible la position de certains théologiens quand ils considèrent le bien dans une action mauvaise. Cette façon de faire dépendre le jugement des circonstances, est toujours en faveur d’un délinquant, ne tient pas compte de tous les facteurs. Si un innocent est tué, quel peut être l’aspect positif pour moi en tant que victime du crime? Cet argument n’est présenté que du point de vue du criminel. Je ne connais aucun cas où un crime est bon pour la victime. C’est le cas pour l’adultère: le partenaire qui doit souffrir, qui doit subir l’adultère, qui est trahi, où doit-il voir le bien? Il est absurde de prétendre qu’il y a des actions contre les commandements de Dieu qui, dans certaines circonstances, sont légitimes.

Il y a eu des critiques vénéneuses contre Benoît XVI, accusé d’avoir rompu le silence. Il y en a même qui ont cité le Directoire pour les évêques (Apostolorum Successores) là où il interdit aux évêques émérites d’intervenir dans la direction de l’Église et de saper le magistère de l’évêque régnant par leurs interventions.

Ces gens sont la preuve la plus évidente de la mondanisation de l’Église, ils n’ont aucune idée de la mission des évêques. Certes, les évêques émérites doivent rester en dehors du gouvernement quotidien de l’Église, mais quand on parle de doctrine, de morale, de foi, ils sont tenus par la loi divine de parler. Les évêques ne sont pas des fonctionnaires de la police criminelle qui, une fois à la retraite, ne peuvent plus agir contre les criminels, un évêque est évêque pour toujours. Le Christ a donné à l’évêque l’autorité d’être un serviteur de la parole, de rendre témoignage. Tous ont promis lors de la consécration épiscopale de défendre le depositum fidei. L’évêque et grand théologien Ratzinger n’a pas seulement le droit mais aussi le devoir par droit divin de parler et de témoigner de la vérité révélée.

Malheureusement nous avons beaucoup de gens dans l’Église qui ne connaissent pas le B-A-BA de la théologie catholique. Ils parlent en tant que politiciens, en tant que journalistes, sans les catégories de la Sainte Écriture, de la tradition apostolique, du Magistère de l’Église. Comment peut-on dire que le pape émérite n’a pas le droit de parler de la crise fondamentale de l’Église? Nous avons même le scandale d’un athée comme Eugenio Scalfari qui peut impunément affirmer ses interprétations de ce que le Pape lui dit en privé, qui est traité comme un interprète autorisé du Pape, alors qu’un personnage comme Ratzinger devrait au contraire se taire? Mais où sommes-nous ? Ces idiots parlent partout mais ils ne connaissent pas l’Église, ils veulent juste plaire aux gens. Les apôtres Pierre et Paul, fondateurs de l’Église romaine, ont donné leur vie pour la vérité. Pierre et Paul n’ont pas dit: «À présent, il y a d’autres successeurs, Timothée et Tite, qu’ils parlent publiquement». Ils ont témoigné jusqu’à la fin de leur vie, jusqu’au martyre, par le sang.

Quand un évêque émérite célèbre une messe, dans son homélie, ne doit-il pas dire la vérité? Doit-il ne pas parler de l’indissolubilité du mariage uniquement parce que d’autres évêques actifs ont introduit de nouvelles règles qui ne sont pas conformes à la loi divine? Ce sont plutôt les évêques actifs qui n’ont pas le pouvoir de changer la loi divine dans l’Église. Ils n’ont pas le droit de dire à un prêtre qu’il doit donner la communion à une personne qui n’est pas en pleine communion avec l’Église catholique. Personne ne peut changer cette loi divine, si quelqu’un le fait, c’est un hérétique, c’est un schismatique.

Aujourd’hui, la mode est à ces idées étranges, selon lesquelles l’autorité ecclésiastique est conçue comme une autorité positiviste afin que ceux qui ont le pouvoir puissent définir la foi comme ils le souhaitent. Et les autres doivent se taire. Il vaudrait mieux qus ce soit eux, qui connaissent très peu la théologie, se taisent. D’abord, qu’ils étudient.

Regardons où ces grands modernistes, que nous avons aussi parmi les professeurs, ont mené l’Église, par exemple en Allemagne. Chaque année, en Allemagne, 200 000 personnes quittent l’Église catholique. 300 000 chez les protestants, ce sont les vrais problèmes. À ce sujet, ils ne font rien, ils ne parlent que d’homosexualité, de comment changer la morale sexuelle, de célibat: voilà quels sont leurs thèmes, ils veulent détruire l’Église. Et ils disent que c’est la modernisation : ce n’est pas la modernisation, c’est la mondanisation de l’Église.

Quelles conséquences attendez-vous de la publication de ces “notes” de Benoît XVI?

J’espère que certains commenceront enfin à s’attaquer au problème des abus sexuels d’une manière claire et correcte. Le cléricalisme est une fausse réponse.

 

 

annexe  ...profession de foi du Salon Beige....qui pourrait être celle de l'homocoques

le SALON BEIGE :

 

Nous vivons un changement civilisationnel dont le moteur est culturel. La famille dite traditionnelle - qui est simplement la famille naturelle - diminue massivement en nombre et en influence sociale. Le politique est de plus en plus centré sur la promotion de l’individualisme a-culturel, a-religieux et a-national. L’économique accroît des inégalités devenues stratosphériques et accélère et amplifie le cycle des crises. L'Église est pourfendue; clercs et laïcs sont atterrés.

Une culture nouvelle jaillira inévitablement de ces craquements historiques.

 

Avec le Salon Beige voulez-vous participer à cet émergence ?

Le Salon Beige se bat chaque jour pour la dignité de l’homme et pour une culture de Vie.

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ENTRETIEN - Dans son nouveau livre L’Envie d’y croire, la romancière interroge notre foi aveugle dans la technologie et analyse la quête de sens de notre époque.

LE FIGARO.- Votre livre s’intituleL’Envie d’y croire. Sommes-nous vraiment entrés dans un monde sans foi ni loi?

Éliette ABÉCASSIS. - Le discrédit jeté sur nombre de religieux, de politiques, parfois même d’intellectuels, vide petit à petit nos vies de sens. Nous n’avons plus vraiment de guide. Nos repères moraux, spirituels, culturels sont obsolètes. Dans cette hypermodernité, nous nous sommes perdus. L’ogre technologique nous dévore. Quatre milliards deux cents millions d’internautes, soit 55 % de la population mondiale, se connectent chaque jour. Trois milliards trois cents millions de requêtes sont effectués quotidiennement sur Google.

Nous avons modelé nos vies sur ces technologies sans trop nous poser de questions, et n’imaginons plus vivre sans elles. Nous voilà dans une forme de servitude heureuse, telle celle que décrit Étienne de La Boétie dans son Discours de la servitude volontaire(1574).C’est l’œuvre la plus pertinente pour comprendre le monde moderne.

«Il est admis de tous que, désormais, ce sont nous les produits. À chaque clic, nous livrons nos données, nos goûts, nos vies. Tous les jours nous vendons notre âme au diable, en quelque sorte»

Eliette Abécassis

Le marché a-t-il remplacé la morale?

En effet, quand il n’y a plus ni foi ni loi, la loi du marché prime. Avec tous les bienfaits que nous apporte la technologie, nos vies se sont remplies et accélérées. Hyperconsommation et hypercommunication marquent notre temps. Il est admis de tous que, désormais, ce sont nous les produits. À chaque clic, nous livrons nos données, nos goûts, nos vies. Tous les jours nous vendons notre âme au diable, en quelque sorte. Avec le techno-capitalisme et la mondialisation, il semble que tout s’achète et tout se vend, même les enfants, et même les sentiments, comme le montre la sociologue Eva Illouz dans l’ouvrage collectif qu’elle a dirigé, Les Marchandises émotionnelles.

Les mutations technologiques actuelles entraînent-elles une mutation anthropologique?

Nous assistons à une révolution à la fois des mœurs, des comportements et du quotidien. Particulièrement ma génération. Celle-ci, née sans portable, est aujourd’hui incapable de s’en passer. L’époque est passionnante, bien sûr, mais à condition de savoir vers quoi nous voulons aller: voulons-nous le monde dessiné par le transhumanisme, avec la fin programmée de l’homme tel que nous le connaissons? Ou bien voulons-nous sauver notre humanité, son passé, sa culture, son sens? C’est à nous de le décider, et d’agir.

«Il faut retrouver l’envie de croire en soi, en l’autre, en la vie, en l’homme. Ce but exige de réintroduire du sacré dans sa vie»

Eliette Abécassis

La Toile, cependant, ne peut-elle pas aussi créer du lien?

Je reconnais que la Toile tisse des liens entre les gens perdus dans une société hyperindividualiste. Cependant, il est urgent de retrouver notre être même. Voilà encore trois ans, quand nous recevions un courriel ou un texto, nous n’étions pas obligés de répondre tout de suite. Aujourd’hui, si on ne répond pas immédiatement, c’est la panique! Voilà une pression qui ne cesse jamais, ajoutée à celle des notifications et des prétendus événements. Pour y échapper et trouver un peu de sérénité, de conscience de soi et même, pourquoi pas, éprouver l’ennui, je préconise un jour par semaine sans technologie. Afin de se déshabituer à répondre et, ainsi, retrouver son âme, son cœur et son esprit.

L’époque que vous décrivez semble désespérante pour la condition humaine…

Je ne suis pas désespérée mais combative. Il faut retrouver l’envie de croire en soi, en l’autre, en la vie, en l’homme. Ce but exige de réintroduire du sacré dans sa vie. Pas nécessairement du religieux. Ce peut être des moments sacrés - le repas, par exemple. Lorsque l’on est à table, on pose le regard sur l’autre, pas sur son portable. Sacraliser et ritualiser: ce sont deux termes empruntés à l’univers religieux que je transpose dans la vie quotidienne et le rapport humain. Les rituels, quels qu’ils soient, nous font entrer dans un autre espace-temps et nous permettent de retrouver notre humanité. Ainsi nous pourrons reprendre le contrôle de la technique et sauver notre âme.

* «L’Envie d’y croire. Journal d’une époque sans foi», d’Éliette Abécassis (Albin Michel, 216 p., 18 €).

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 13/04/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

RÉCIT - Très discret depuis sa renonciation au pontificat, en 2013, le pape émérite a publié jeudi par voie de presse un réquisitoire très sévère sur la faillite morale que connaît l’Eglise avec les scandales sexuels, sa genèse et ses conséquences. Un document événement.

C’est un texte inédit de Benoît, pape émérite, qui fera date. Une sorte de testament ecclésial et spirituel de douze pages, publié jeudi dans le mensuel allemand Klerusblatt, dont le quotidien italien Corriere della Sera a eu l’exclusivité. Le pape émérite, qui aura 92 ans le 16 avril, s’était pourtant promis de ne jamais intervenir depuis sa renonciation au pontificat, le 11 février 2013, provoquée par la gravité de la crise (dont la pédophilie) dans l’Église. Il met donc les pieds dans le plat en prenant aujourd’hui la parole sur cette débâcle, sur ses conséquences pour les prêtres et sur les moyens de s’en sortir.

Il prend soin de préciser qu’il a averti, avant publication, le secrétaire d’État du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, mais aussi le Pape en exercice, car il «retenai[t] juste» de devoir écrire ce qu’il écrit. La dernière phrase de ce texte, qui pourrait être une encyclique sur les maux actuels de l’Église, est d’ailleurs dédiée au pape François, qu’il «remercie pour tout ce qu’il fait pour nous montrer continuellement la lumière de Dieu qui, encore aujourd’hui, n’est pas dépassée».

Rédigé avec le tact de son style habituel, le texte dénonce toutefois avec vigueur ce qui ne va pas dans l’Église catholique: «l’écroulement de la théologie morale» qui a abandonné «la loi naturelle» pour une morale sans référence à un «bien» et à un «mal» objectifs, et pour qui, dorénavant, «la fin justifie les moyens». Il dénonce aussi la cabale des théologiens contre le magistère, qui refusent d’admettre qu’il existe des «actes intrinsèquement mauvais» et qui combattent, en interne, le «magistère de l’Église» en matière morale. Et qui, en outre, ont répandu l’idée que toutes les religions se valent en matière morale, sans «spécificité particulière» du christianisme.

» VOIR AUSSI: Scandales sexuels: jusqu’où ira la crise de l’Eglise catholique? Nos décrypteurs répondent aux internautes

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Scandales sexuels : jusqu?où ira la crise de l?Eglise catholique ? Nos décrypteurs répondent aux internautes - Regarder sur Figaro Live

«La gravité des informations»

L’ancien pape Benoît XVI, qui habite toujours derrière la basilique Saint-Pierre à Rome, dans une maison des jardins du Vatican, est également très sévère sur le laisser-aller qui a dominé les séminaires «après le concile Vatican II» avec des «clubs homosexuels dans différents séminaires», la sélection et la nomination d’évêques choisis pour leur esprit «conciliaire», c’est-à-dire en faveur du concile Vatican II, et donc «critiques et négatifs vis-à-vis de la tradition». Autres faits dénoncés: certains évêques allaient jusqu’à «projeter des films pornographiques» à leurs séminaristes pour leur apprendre à résister à la tentation… Et l’on refusait de donner l’ordination sacerdotale à des séminaristes «considérés inaptes» parce qu’ils lisaient des livres du cardinal Ratzinger. Enfin, le pape émérite déplore l’eucharistie «distribuée à tous» sans aucune exigence, ce qui conduit à la «destruction de la grandeur du mystère» de la «Présence réelle» du Christ. De fustiger aussi la vaine tentative de certains évêques de vouloir créer «l’Église de demain» en utilisant «quasi exclusivement des termes politiques».

» LIRE AUSSI - Pédophilie dans l’Église: «La crise actuelle est un moment de vérité qui oblige à faire le ménage»

«L’Église d’aujourd’hui est comme jamais une Église de martyrs et de témoins du Dieu vivant»

Une charge lourde donc, très lourde, réquisitoire sans appel sur l’écroulement de l’Église qui, nuance-t-il, peut toutefois se relever si elle parle de «l’amour de Dieu» car «la force du Mal naît de notre refus de l’amour de Dieu». Un document événement qui se termine par une évocation très forte: «l’actualité de ce que dit l’Apocalypse est flagrante», assure Benoît XVI. «L’idée d’une Église meilleure, créée par nous-mêmes, est en vérité une proposition du Diable par laquelle il veut nous éloigner du Dieu vivant, en se servant d’une logique mensongère dans laquelle nous tombons trop facilement». Et d’ajouter: «L’Église d’aujourd’hui est comme jamais une Église de martyrs et de témoins du Dieu vivant.»

Mais qu’est-ce qui a pu pousser le pape émérite à se lancer dans une telle diatribe? Tout s’enracine, explique-t-il, dans la convocation par le pape François, du 21 au 24 février dernier, d’un sommet mondial de lutte contre la pédophilie dans l’Église, avec les présidents des conférences épiscopales du monde entier au Vatican. «La masse et la gravité des informations sur de tels épisodes ont profondément remué prêtres et laïcs, et un bon nombre d’entre eux ont choisi de mettre en discussion leur foi dans l’Église comme telle, écrit-il. Il fallait donc donner un signe fort et il fallait essayer de repartir pour rendre à nouveau crédible l’Église comme lumière pour les gens et comme force qui aide dans la lutte contre les puissances destructrices.»

Écroulement de la «théologie morale»

«Tout en n’ayant plus de responsabilité directe», Benoît XVI, qui a été «en position de pasteur de l’Église», a donc pris sa plume, rédigeant des notes au jour le jour, pour «contribuer à la reprise» et «donner quelques indications qui pourraient aider en ce moment difficile». En ancien professeur de théologie consciencieux, il annonce son plan «en trois parties». La première évoque le «contexte social» de cette crise où «l’on peut affirmer qu’en vingt ans, de 1960 à 1980, les critères valides jusque-là en matière de sexualité se sont amenuisés au point de se réduire à une absence de normes». La deuxième partie traite des «conséquences de cette situation dans la formation et dans la vie des prêtres». Et la dernière aborde la «prospective pour une juste réponse de la part de l’Église».

Benoît XVI attaque particulièrement ses confrères théologiens qu’il juge responsables de la «désagrégation de la théologie morale»

Dans la première partie de son texte, Benoît XVI raconte, en réalité, son expérience de l’écroulement de la «théologie morale», à partir des années 60. Il mentionne l’arrivée des premiers films pornographiques en Allemagne et en Autriche jusqu’à la «révolution de 1968» qui voulait «conquérir» la «liberté sexuelle complète» et qui «ne tolérait plus aucune norme». La «pédophilie» était «diagnostiquée comme permise et convenable». Il évoque la chute des entrées aux séminaires et «l’énorme nombre de départs du sacerdoce» qu’il considère comme des «conséquences» de cette libération sexuelle. Mais il attaque particulièrement ses confrères théologiens qu’il juge responsables de la «désagrégation de la théologie morale», dont le jésuite Bruno Schüller qui voulait refonder la morale catholique non plus sur la «loi naturelle» mais sur les seules paroles de la Bible, à la manière protestante, en somme. Il relate «la déclaration de Cologne», signée par 15 professeurs de théologie catholique, le 5 janvier 1989, qui était un «cri de protestation contre le magistère de l’Église». Ce qui aboutit à la réponse du pape Jean-Paul II - qui «connaissait très bien la situation de la théologie morale et qui la suivait avec attention» - avec l’encyclique La Splendeur de la Vérité, du 6 août 1993, qui suscita «de violentes réactions contraires de la part des théologiens moralistes».

Il cite Franz Böckle qui avait promis - mais «le bon Dieu lui a épargné de réaliser son projet» - de combattre de toutes ses forces Jean-Paul II si ce dernier écrivait qu’il y a «des actes qui ne peuvent jamais être considérés comme bons». Ce que fit le pape polonais en insistant, dans cette encyclique, sur l’objectivité du bien et du mal.

«Renouveler la foi»

Mais tous ces combats intérieurs aboutirent «à mettre radicalement en discussion l’autorité de l’Église dans le domaine de la morale» pour «la contraindre au silence alors qu’était en jeu la frontière entre vérité et mensonge».

Dans la deuxième partie de son texte, le pape émérite décrit les conséquences concrètes de cette ambiance dans les séminaires, avec des passages étonnants. Notamment sur l’homosexualité aux États-Unis où deux «enquêtes canoniques» furent pourtant dépêchées par le Saint-Siège: la première échoua parce qu’«il y avait des coalitions pour occulter la situation réelle». C’est dans ce passage que Benoît aborde plus directement la question de la pédophilie et de son traitement par le droit canonique de l’Église. Combien il fut difficile, se souvient-il, d’avoir confié le traitement des prêtres pédophiles, non plus à la congrégation pour le Clergé (le ministère du Vatican en charge des prêtres) mais à la congrégation pour la Doctrine de la foi, beaucoup plus sévère et qui permettait de réduire les prêtres à l’état laïc. Une congrégation qui fut toutefois submergée par les dossiers et qui finit par accumuler d’importants «retards» dans le traitement des cas.

«En vérité, la mort de Dieu dans une société signifie également la fin de sa liberté»

Le dernier chapitre de cette étude tout à fait inattendue du pape émérite cherche des solutions pour sortir de la crise. Et pointe sur l’essentiel de la foi catholique: «Seuls l’amour et l’obéissance à notre Seigneur Jésus-Christ pourront nous indiquer la voie juste.» Voici son raisonnement: «Si nous voulions synthétiser au maximum le contenu de la foi fondée sur la Bible, nous pourrions dire: “le Seigneur a commencé avec nous une histoire d’amour et veut assumer en elle la création tout entière. L’antidote au mal qui nous menace, et le monde entier, ne peut consister, en dernière analyse, que dans le fait de nous abandonner à cet amour. Voilà le véritable antidote du mal. La force du mal naît de notre refus de l’amour de Dieu. Est racheté celui qui se confie à l’amour de Dieu.»

Il applique cela à l’Église mais aussi à la société: «En vérité, la mort de Dieu dans une société signifie également la fin de sa liberté» parce que «se réduit le critère qui conduit à distinguer le bien et le mal». C’est ainsi que «la société occidentale est une société dans laquelle Dieu est absent de la sphère publique et qui n’a donc plus rien à dire». Elle a perdu «la mesure de l’homme». C’est ce qui aurait rendu possible, à ses yeux, le phénomène de la pédophilie. Le premier «devoir» pour en sortir consiste donc à «vivre nous-mêmes de Dieu» et à «apprendre à le connaître comme le fondement de notre vie». Ce qui passe aussi, dans l’Église, par la nécessité de «renouveler la foi» en «la grandeur du don de la présence réelle» du Christ dans l’eucharistie. Sans éluder «la zizanie» semée par «le Diable» qui «veut démontrer que Dieu lui-même n’est pas bon et qui veut nous éloigner de Lui». Sans se départir, non plus, de cette conviction: «Il est très important de combattre les mensonges et les demi-vérités du Diable par la vérité tout entière. Oui, le péché et le mal sont dans l’Église. Mais aujourd’hui aussi, l’Église sainte est indestructible.»

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 12/04/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

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Pour le psychanalyste Jean-Pierre Winter, auteur de L’Avenir du père: réinventer sa place ?, les nouveaux schémas familiaux ne peuvent faire l’économie de la fonction paternelle. A l’ère de la PMA et de la GPA à l’étranger, l’inscription généalogique reste indispensable à la construction de l’enfant. Et la présence de deux hommes ne fait pas un père. 


Causeur. Le père semble aujourd’hui mal en point puisqu’avec la PMA pour des couples de femmes ou des femmes seules, sa présence est réduite à un tube à essai et explicitement niée par l’idée même de deux mères. Mais, dans le fond, vous et la psychanalyse ne cherchez-vous pas simplement à défendre l’ordre ancien où le père était tout-puissant ?

Jean-Pierre Winter. Sous toutes les latitudes et bien avant l’apparition de la psychanalyse, la position du père a toujours été d’une extrême fragilité. D’abord, il n’est pas facile pour un enfant de savoir quel rôle le père a pu jouer dans sa conception, alors que la mère, elle, relève de l’évidence : on a vécu dans son ventre pendant neuf mois, on a été allaité, on la connaît par les sensations, les odeurs, le regard, la voix, les échanges gazeux et sanguins, ce qu’on appelle l’épigénétique…

Le père, lui, relève d’une élaboration intellectuelle s’appuyant sur le simple fait qu’un jour, une femme dit : « Cet homme-là, c’est ton père. » La construction du père tient donc en grande partie à la parole, parfois changeante, de la mère. Avec ces briques, l’individu se construit le père qu’il idéalise comme celui qui va le protéger, le soutenir dans la vie et lui offrir une ouverture sur l’extérieur de la relation fusionnelle avec la mère, qui est une relation de structure.

Cette fonction est-elle nécessairement assurée par un homme ?

Nécessairement. Car ce qui marque l’essentiel de la fonction du père, c’est qu’il est différent. On connaît l’argument de la psychanalyse : il est porteur du phallus – comme disait Lacan, « il n’est pas sans l’avoir », ce qui ne veut pas dire qu’il l’a. En tant que tel, il est différent de la femme qui a porté l’enfant. Ou, si l’on se réfère à Françoise Héritier, il est différent de la mère en ceci qu’il ne peut pas mettre un enfant au monde.

Deux femmes (ou deux hommes) aussi sont différentes l’une de l’autre…

Oui, mais il y a des différences essentielles et des différences inessentielles. Les différences secondaires, ce sont celles que Freud appelait les « petites différences narcissiques ». La différence entre les sexes est, elle, essentielle comme le sont la différence entre la vie et la mort ou la différence de génération.

D’accord, mais comment la définissez-vous ? Qu’est-ce qui vous permet de dire que je suis une femme ?

Ce n’est pas parce que la différence entre les hommes et les femmes est subtile et indéfinissable qu’elle n’existe pas. C’est exactement comme avec les juifs : ils sont absolument comme tout le monde, ils n’ont ni plus ni moins de QI ou d’argent que tout le monde… Comme on le dit dans Le Marchand de Venise de Shakespeare : ce sont des hommes comme les autres. Mais leur différence, bien qu’insaisissable, existe quand même. ... ( ...ils sont circoncis ... de même pour les musulmans  ... voir l'importance des traumatismes affectifs ...  résilience ... Boris Cyrulnik parle résilience dans « La nuit j’écrirai des soleils »)

Elle est un peu moins évidente, non ? Quoi qu’il en soit, il y a aujourd’hui une réclamation d’identité sexuelle plus flexible, notamment à travers la normalisation de la transsexualité.

Même si je ne suis p

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TRIBUNE - Deux conceptions opposées de la grandeur - selon la chair ou selon l'esprit - s'affrontent au sein de la société française, et tout particulièrement à l'université, explique le sociologue, ancien élève de l'École polytechnique et directeur de recherche au CNRS.

Ce qui touche à l'identité française, à l'immigration, à l'islam, suscite de profonds clivages dans l'opinion. L'intégration de ces questions dans le grand débat national est l'objet de fortes réticences. Les accusations fleurissent entre camps qui s'affrontent: fermeture, xénophobie, racisme d'un côté, inconscience, mépris pour la patrie de l'autre. On aurait pu espérer que, au milieu de cette cacophonie, l'université soit un lieu de débat civilisé, dans une recherche commune de la part de raison dont sont porteurs ceux dont les positions s'opposent. Mais il n'y a pas réellement débat.

La célébration sans nuances des sociétés «ouvertes», pleinement accueillantes à la diversité des cultures et des religions, est quasiment hégémonique dans le monde universitaire. Et, à l'égard de ceux qui, en son sein, adoptent un point de vue contraire, il n'est pas question d'argumenter. Une police de la pensée multiplie les attaques ad hominem. L'actualité nous en offre souvent des exemples. Les membres de l'establishment académique présumés avoir rejoint le camp des «passions tristes» scandalisent. Et ceux qui, avec parfois un cursus moins prestigieux, bénéficient d'une large audience publique se voient accusés de n'accéder à cette reconnaissance qu'en flattant les instincts populistes.

Si notre monde universitaire se montre ainsi plus gouverné par les passions que par la raison c'est que, pour lui, il ne s'agit pas seulement d'idées à défendre. Une identité est en question, associée à une option majeure entre les deux conceptions concurrentes de la grandeur qui marquent la société française: la grandeur de la chair et celle de l'esprit.

La grandeur de la chair relève de ce bas monde, du «siècle». Celui qui s'y attache célèbre volontiers son appartenance à une famille, un terroir, une patrie, appartenance qui le sépare de ceux qui ont d'autres origines, surtout s'il les voit comme moins bien nés. Il est prêt à se battre pour défendre son honneur et l'honneur des siens. C'est une grandeur aristocratique.

«À l'égard de ceux qui, au sein du monde universitaire, adoptent un point de vue contraire sur l'immigration ou l'islam, il n'est pas question d'argumenter. Une police de la pensée multiplie les attaques ad hominem»

La grandeur selon l'esprit s'attache au contraire à ce qui, transcendant les contingences de ce bas monde, rassemble les humains dans le culte partagé de principes universels, du vrai, du beau, du bien. Elle s'affranchit de l'impureté de la terre et le sang. Le règne de l'esprit, où se retrouvent ceux qui la cultivent, unit la planète au-delà des frontières. C'est une grandeur de clerc.

Ce clivage pèse fortement sur les positions prises dans les débats relatifs à l'identité nationale, l'immigration ou l'islam. Ceux qui privilégient la grandeur selon la chair sont très attentifs à ce qui sépare, ou tout au moins distingue, les groupes humains. Ils sont prompts à considérer que toutes les cultures, les religions, ne se valent pas, que la leur doit se tenir à l'écart de celles qui lui sont distinctes, voire inférieures.

Privilégiant une conception de la nation comme réalité charnelle, ils exigent que ceux qui s'y agrègent assument pleinement un héritage singulier, avec ses us et coutumes, qu'ils s'assimilent. Pour se faire une idée de l'islam, ils se fient à ce que le monde musulman donne à voir, avec le refus de la liberté de conscience et le statut des femmes que l'on y trouve.

Ceux qui, au contraire, sont attachés à la grandeur selon l'esprit mettent en avant l'appartenance à une humanité commune qui unit ceux qui étaient déjà là aux nouveaux venus, au-delà de différences sans consistance à leurs yeux. Ils tendent à considérer la nation comme une entité dépassée, ou du moins la conçoivent comme un lieu de mise en œuvre de valeurs universelles, libéré de tout attachement à des traditions particulières auxquelles ceux qui la rejoignent seraient tenus d'adhérer. Célèbrent l'ouverture inconditionnelle à la richesse du monde, ils considèrent que toute réticence à son égard ne peut être qu'une marque de xénophobie et de racisme. Ils voient dans l'islam une grande religion qui doit être traitée en tant que telle, et considèrent que toute méfiance le concernant relève de pulsions islamophobes.

«Accorder du poids, dans la vie de la cité, à ce qui fait des humains des êtres de chair et de sang, englués dans des héritages singuliers, a quelque chose de profondément impur aux yeux de la majorité des enseignants-chercheurs en sciences humaines et en sciences sociales»

Dans cette opposition, les universitaires français, et plus particulièrement ceux qui, entre philosophie et sciences de l'homme et de la société, se penchent sur le destin des peuples, se veulent dans leur grande majorité du côté de l'esprit. Leur identité de clerc s'est d'autant plus radicalisée que, ne serait-ce que du fait de leur condition matérielle, ils ont largement cessé d'être regardés comme des notables. Ils se veulent avant tout défenseurs de valeurs universelles face aux pesanteurs du monde. Quand il est question d'identité nationale, d'immigration ou d'islam, cette visée est au cœur de leur démarche.

À leurs yeux, accorder du poids, dans la vie de la cité, à ce qui fait des humains des êtres de chair et de sang, englués dans des héritages singuliers, a quelque chose de profondément impur. Passe encore pour eux que des individus, des groupes, qui appartiennent à un monde étranger à l'esprit, tellement leurs activités, leur position sociale, les en éloignent, fassent ce choix. Mais que des clercs qui, par vocation, devraient s'y opposer de tout leur être s'en montrent complices suscite la honte et l'indignation, estiment-ils. Selon eux, ces collègues sortent du cercle des personnes respectables avec qui on peut débattre sans mériter l'opprobre des pairs.

Face à la force de ces passions, peut-on compter malgré tout sur un désir partagé de penser ce que pourrait être une société ouverte sur l'universel tout en acceptant de n'être que particulière? Sûrement pas à large échelle. Mais la passion de la vérité n'a sûrement pas dit son dernier mot.

* Philippe d'Iribarne a bâti une œuvre consacrée à la spécificité de chaque culture nationale et au système de valeurs de ses citoyens. Plusieurs de ses ouvrages - «La Logique de l'honneur. Gestion des entreprises et traditions nationales» (Seuil, 1989) et «L'Étrangeté française» (Seuil, 2006) - sont des classiques.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 25/01/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

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FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - La bienveillance, les bons sentiments, parfois même l’amour... Autant de mots dont le sens est aujourd’hui galvaudé, selon Patrick Tudoret. Dans son «petit traité de bénévolence», l’écrivain congédie la vision économique d’un homme qui n’est capable que de calculs rationnels et réaffirme avec force que les actes d’amour sincères existent: des actes de «bénévolence».

Docteur en science politique, Patrick Tudoret est l’auteur d’une quinzaine de livres et de pièces de théâtre. Son roman L’Homme qui fuyait le Nobel (2015) a connu un vif succès et obtenu le prix Claude Farrère et le prix des Grands Espaces. Il vient de publier un Petit traité de bénévolence aux éditions Tallandier.

FIGAROVOX.- Vous souhaitez en finir avec les bons sentiments et la bienveillance. Mais pourquoi, au juste?

Patrick TUDORET.- Parce que les bons sentiments, comme les bonnes intentions, pavent parfois les allées de l’Enfer. On les voit aujourd’hui à l’œuvre à travers de nouvelles censures. La bénévolence est même souvent le contraire des bons sentiments, de toute forme d’angélisme. La bienveillance, quant à elle, si elle est la traduction moderne et littérale de bénévolence, rend aujourd’hui un son mat, sans consistance, suite à une lente perversion de son sens. La veillance qui veut pourtant dire veuillance/voulance, c’est-à-dire volonté, résonne désormais comme veille, comme une mise à distance en opposition à la bénévolence qui est proximité, amour à bout touchant. La bénévolence est une prise de risque, un élan vers l’autre quand la bienveillance en est réduite aux acquêts d’un concept managérial. La bénévolence est ainsi un plein amour de l’autre, sans calcul, affranchi de tout intérêt, qui s’assigne pour but sa réalisation, son propre accomplissement. Un peu comme deux instruments qui, sonnant différemment quand ils sont séparés, peuvent atteindre la pleine harmonie lorsqu’ils le font ensemble.

Je n’aime pas beaucoup les perfuseurs de moraline, ceux qui préfèrent les idées qui résonnent à celles qui raisonnent.

Bénévolence, bienveillance… N’est-ce pas un peu jouer sur les mots?

Les mots méritent que l’on joue avec eux. Le langage est au cœur de tout et c’est si l’on arrête de jouer avec les mots, avec leur sens profond, que la violence - qui sera toujours un langage de substitution et le pire d’entre eux - prend ses quartiers. La violence opère lorsque le langage a failli. Mais si j’ai voulu reporter sur les fonts baptismaux l’antique et neuve bénévolence, l’amor benevolentiae des Latins, des Pères de l’Église, mais aussi de Descartes, de La Ramée ou de Thomas d’Aquin, c’est qu’elle est une des plus belles formes de l’amour au même titre que l’agapè, l’éros, la philia ou la storgê. Or, il ne viendrait à l’idée de personne aujourd’hui de parler d’amour à propos de la bienveillance... «La perversion de la cité commence avec la fraude des mots», disait déjà Platon, contempteur des sophistes.

L’amour justement, n’en a-t-on pas une vision quelque peu galvaudée? On le met à toutes les sauces, jusqu’à s’envoyer des émojis en forme de licorne…

Ah, l’amour! Un des plus beaux électrochocs subis dans ma vie a été la rencontre de ce mot si puissant de Georges Bernanos: «L’Enfer, c’est de ne plus aimer.» Sur ce simple mot, j’ai bâti mon dernier roman, L’homme qui fuyait le Nobel, histoire d’un homme qui, anéanti par la mort de sa femme, perd toute son aptitude à aimer avant, jour après jour, mois après mois - et sur le chemin de Compostelle -, de renouer enfin avec les autres et le monde... La bénévolence, ce n’est certes pas cet amour galvaudé dont on nous sert les restes accommodés à la sauce postmoderne, comme on nous sert du faux «romantisme» au ciel toujours bleu, ripoliné à souhait. Au contraire, c’est une manière ouverte au plus grand nombre de sortir d’un narcissisme suicidaire (un de mes chapitres s’intitule «Narcisse ou l’idiot du village planétaire») pour réintégrer l’autre dans son champ de vision. Et s’il y a quelque chose de subversif, aujourd’hui, dans ce monde, je le crois profondément, c’est bien l’amour et le pardon.

Vous faites référence dans votre livre à Philippe Muray en dénonçant les ambassadeurs de «l’empire du bien»: qui sont-ils et quel mal vous ont-ils fait?

S’il y a quelque chose de subversif, aujourd’hui, dans ce monde, je le crois profondément, c’est bien l’amour et le pardon.

Je ne suis pas du genre plaintif et encore moins victimaire, mais je n’aime pas beaucoup les perfuseurs de moraline, ceux qui, comme les joueurs de tambour, préfèrent les idées qui résonnent à celles qui raisonnent. Philippe Muray que j’ai eu la chance de rencontrer et avec qui j’ai publié des chroniques croisées dans le journal La Montagne, sur les pas d’Alexandre Vialatte, a saisi, avec acuité et humour, un certain nombre des délires de ce temps. Son homo festivus, asservi à la fête abrutissante et généralisée, est un écho à ce que dans mon livre j’appelle le divertissement-roi. Pascal, une de mes grandes références, a des pages souverainement critiques sur le divertissement, mais dit bien aussi qu’ «un roi sans divertissement est un homme plein de misère». Cette sentence - qui, soit dit en passant, clôt l’extraordinaire roman Un roi sans divertissement, de Giono -, dit bien que l’absence de ce divertissement vital qui nous éloigne de l’idée de la mort serait catastrophique, mais elle dit aussi que nul n’échappe à la malédiction, ni les faibles, ni les puissants. L’absence de divertissement finit par tuer, mais trop de divertissement tue encore plus sûrement et plus vite. L’Occident, dans sa course folle au matérialisme, à l’individualisme, au narcissisme et au nihilisme dont ils sont les sceaux, en a pourtant fait son terrain de jeu (de «Je»?) où s’épanouit son trop-plein de vide. C’est ce que dit aussi un Houellebecq à longueur de livres.

» LIRE AUSSI - Elisabeth Lévy: «Philippe Muray est l’imam caché des esprits libres»

Citant cette fois Orwell, vous rappelez que «la vérité est un acte révolutionnaire». Contrairement à l’adage populaire qui affirme que toute vérité n’est pas bonne à dire, vous considérez au contraire que dire la vérité est un acte d’amour?

Oui, je cite d’ailleurs dans le livre cette phrase magnifique dite par l’empereur Titus dans le fameux opéra de Mozart: «Je préférerais toujours une vérité qui blesse à un mensonge qui plaît». Dire la vérité (y compris dans la littérature, «l’âpre vérité» chère à Stendhal) est un combat nécessaire et bénévolent. Dire parfois des choses qui fâchent, qui effrayent, qui dessillent des yeux qui ne veulent pas voir est bénévolent. Que dirait aujourd’hui Orwell, promoteur de la common decency, cette conception fondamentale du bien commun qui doit plus que jamais nous habiter? Il constaterait, en effet, que la vérité est de plus en plus un acte révolutionnaire. Qu’elle est de plus en plus attaquée, malmenée. Les petits clercs préposés à l’inventaire avant liquidation ne parlent-ils pas de post-vérité? Il y a aujourd’hui encore plus de sophistes, de démagogues et autres «complotistes» qu’au temps d’Alcibiade ou de Démosthène car les médias de masse ou les médias dits sociaux sont pour eux des chambres d’écho sans précédent.

La philosophie occidentale a trop longtemps été du côté de la déconstruction. Il est grand temps de rebâtir.

Écrire un livre sur le bien, c’est accepter d’affronter aussi la question du mal. Mais dans une époque relativiste où le bien et le mal n’ont plus grande importance, comment s’y retrouver?

La question du mal est évidemment essentielle, dans la vie et toutes les formes d’art, et si le mal n’existait pas, à quelle aune pourrait-on juger du bien...? Être un Être humain, de cette espèce si déroutante qu’est Homo pseudo sapiens, c’est accepter de refouler la violence, le mal en soi, pour vivre en harmonie avec les autres, socle du contrat social qui fonde nos démocraties. Ce contrat social a aujourd’hui du plomb dans l’aile et l’indécrottable démocrate que je suis (faute de mieux, comme le dirait un certain Churchill...) s’en inquiète. Le scandale, disait Bernanos, ce n’est pas tant la souffrance que l’immense liberté offerte à l’Homme de faire le bien ou le mal. De basculer à tout moment du côté de la destruction. La philosophie occidentale a trop longtemps été du côté de la déconstruction. Il est grand temps de rebâtir et l’Homme dispose pour cela de trois armes de construction massive: l’amour, l’art et le sacré. Le savoir, la science, sont indispensables, bien sûr, mais ne sont que des outils.

Vous critiquez enfin le modèle de l’homo oeconomicus. L’homme est selon vous capable de commettre des actes entièrement désintéressés?

Oui, et je le vois tous les jours à l’œuvre autour de moi, l’Homme est heureusement capable d’actes désintéressés.

L’Être humain est un agent économique, il est même abusivement consommateur dans un monde plutôt asservi à la marchandise, au matérialisme, mais Il s’agit là d’une socialité secondaire ancrée dans des motivations purement quantitatives: gagner plus, produire plus, trouver sa place en tant qu’acteur et contributeur économique. Toutefois, sa part la plus essentielle, comme le diraient le sociologue Alain Caillé et le mouvement des Convivialistes, réside dans sa «socialité primaire», c’est-à-dire ce besoin fondamental de reconnaissance qui en passe par l’amitié, le lien social, l’alliance, le don... Car oui, et je le vois tous les jours à l’œuvre autour de moi, l’Homme est heureusement capable d’actes désintéressés. Comme je l’écris dans le livre, une seule chose m’impressionne vraiment aujourd’hui: l’aptitude de certains Êtres - beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense, clercs ou laïcs, croyants ou incroyants - à faire le bien dans ce monde, dans l’entraide, la proximité, la transmission, l’amour, la bénévolence... C’est ce qui me fait avancer.