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© Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22243357_000017

 

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Dans l’affaire de la démission de François de Rugy commandée par Mediapart, Sophie Bachat retient surtout la figure de Séverine de Rugy, demi-mondaine presque échappée d’À la recherche du Temps perdu…


De la tempête François de Rugy, sous fond de homards et de dressing à dix-sept-mille euros a émergé une figure : son épouse, Séverine Servat de Rugy. Cette blonde platine aux tenues tapageuses que l’on voit sur les photos à côté du ministre un peu falot a immédiatement attiré mon attention.

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Car si je n’ai cure des dépenses somptuaires des puissants, j’aime bien les personnalités qui débordent ! Cette anti Pénélope Fillon mérite que l’on s’y attarde. Elle est journaliste people à Gala, et bien sûr cela porte à sourire. Bien qu’à mon sens, il vaille mieux être journaliste à Gala qu’à Mediapart.

Qui est-elle ? Une cagole un peu rock’n’roll ? Une intrigante?

Je me précipite donc sur son compte Facebook, qui ne tarda pas à être envahi par les tricoteuses 2.0 sur un post rédigé à l’occasion de la fête des mères, une ode concernée aux mères célibataires : « Ces femmes qui commencent leur journée à 6h45 et la terminent à 21h. Qui ont, dans le meilleur des cas, deux week-ends par mois pour essayer de construire une vie affective. Toutes mes pensées à elles qui n’en parlent jamais. Qui sont invisibles. Qui se battent. » Il n’en fallu pas plus pour déchaîner la colère des Olympe de Gouges d’opérette. « Gueuse ! », « Salope, tu paies tes orgies sexuelles avec notre argent !! », des insultes qui n’ont plus grand chose à voir avec l’utilisation frauduleuse supposée de l’argent public. La blonde et scandaleuse Séverine est haïe des femmes. La chanson “Venus in furs”, au parfum de soufre, commence à me trotter dans la tête : « Severin Severin speak so slightly / Severin down on your bended knees »… Venus in Furs de Sacher Masoch sera ma première référence littéraire à son sujet. En effet, en exergue sur son compte Facebook, on peut lire cette déclaration, bizarrement formulée pour une journaliste femme de ministre : « Proust forever ! » Mais cette désacralisation du plus grand écrivain français du XXème siècle m’amuse.  Qui est-elle ? Une cagole un peu rock’n’roll ? Une intrigante ? Une femme férue de littérature ? Un peu des trois. Démonstration.

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Toujours sur son profil Facebook, elle a posté une photo de son mariage en décembre 2017 avec la légende suivante : « We did it. Séverine Servat est devenue Séverine Servat de Rugy.  » Nous sentons qu’elle y tient, à la particule. Car si notre sulfureuse fut longtemps la conjointe de Jérôme Guedj, ex-député PS de L’Essonne, la dame monte en grade et s’affuble d’un patronyme aux relents proustiens. Son histoire avec Jérôme Guedj est connue des cercles littéraires. En effet, la nouvelle femme de celui-ci, l’auteure Emilie Frèche, a dressé un portrait peu flatteur de celle qui l’a précédée, dans son roman Vivre Ensemble paru en 2018 où elle est décrite en mère manipulatrice un peu hystérique. Ce ne fut pas du goût de Séverine qui a tenté de faire interdire le roman. Son ex-compagnon a apporté de l’eau au moulin de l’hystérie en tenant les propos suivants : «  Dès que Séverine a appris que je partageais la vie d’Emilie, elle m’a envoyé des centaines de textos d’insultes et d’outrages à l’encontre de ma nouvelle compagne. » 

A-t-elle changé François de Rugy?

Quant à l’entourage de son nouveau mari de ministre, il n’est guère enthousiaste au sujet de la blonde journaliste. Les dîners qui firent scandale seraient d’après de nombreux proches, l’initiative de sa femme : «  Je suis surpris, il n’était pas comme ça avant » lit-on dans Presse Océan.

Séverine de Rugy, en admiratrice de Proust, se rêvait-elle en Odette de Crecy, la demi-mondaine dont Swann est fou amoureux et qui épousa un aristo ? Se voyait-elle comme elle à la tête d’un salon littéraire et mondain pour faire la pige à la bourgeoise Verdurin ?

J’aime l’imaginer, car cela fait de Séverine une antimoderne. À part selon son propre aveu être « fan de Macron », elle n’est dans aucune posture militante qui aurait certainement fait passer la pilule.  Elle veut assumer la part de glamour qui lui est due en tant que femme de ministre et cela est reposant. Séverine est humaine, peut-être trop humaine dans une époque qui l’est nettement moins. Quant à François de Rugy, ce terne personnage, il pourra grâce à sa femme s’exclamer un jour, à l’image du Swann de Proust : « Dire que j’ai gâché des années de ma vie pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre. »

 

 

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>>>>>>>>>>>>>Métapo 16 juillet 2019>>>>>>>>>>>>>>>>>

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Romain Sens, cueilli sur L'Incorrect et consacré aux quatre grands thèmes sur lesquels la réponse aux attentes du peuple français doit s'articuler.

 

Le Grand Débat voulu par Emmanuel Macron s’est donc finalement achevé, sans qu’une fois encore, les véritables sujets chers aux Français aient pu être mis en lumière. Identité, Europe, Ecologie, Social, quatre thèmes pourtant primordiaux qui n’ont pas pu être traités sans les sempiternels tabous imposés par le système libéral-libertaire. 

L’identité, ce grand questionnement des peuples du XXIe siècle, exacerbé par la mondialisation et les flux migratoires croissants, est le sujet fondamental à traiter lors des prochaines échéances présidentielles, sous peine d’être à nouveau confrontés à une élection pour rien, à un quinquennat pour rien. Cette identité, nationale, puisqu’il est bien question avant tout de l’identité française, est le tabou suprême imposé par la classe médiatique depuis que l’homogénéité européenne de ce peuple français a commencé à être remise en question. Pour preuve, le fameux « débat sur l’identité nationale » souhaité par Nicolas Sarkozy il y a dix ans de cela, a été immédiatement honni, conspué, censuré, voué aux gémonies, par tout ce que la classe médiatique et la gauche politique et intellectuelle compte d’opposants à la préservation du peuple français sous sa forme européenne. De ce débat confisqué, il n’est donc rien resté. Sauf une colère sourde du petit peuple français qui, une nouvelle fois dépossédé par les décideurs de la possibilité d’utiliser son droit à la liberté d’opinion et d’expression, ne put défendre sa volonté de rester ce qu’il est.

Patrick Buisson, fort décontenancé par le peu de courage politique dont avait fait preuve le président de l’époque avait malgré tout réussi à identifier là où le bât blessait. L’identité est bien devenue la cause du peuple. Son suprême combat. Son ultime rempart face à la déferlante mondialisée. Refuser de travailler et d’assumer une position ferme et claire sur cette question essentielle ne peut conduire qu’à de futures incompréhensions, désillusions, déceptions et frustrations qui porteront en elles un déchaînement de violences. Cité par Alain Peyrefitte, le Général de Gaulle, dernier père de la France d’avant, donnait sa définition de l’identité française en affirmant que « nous sommes avant tout un peuple de race blanche, de culture grecque et romaine et de religion chrétienne » et qu’« il peut bien sûr y avoir des Français noirs, des Français jaunes, des Français bruns mais que ceux-ci ne devaient rester qu’une petite minorité sinon la France ne serait plus la France ». Une majorité de Français se rassemblerait probablement derrière cette vision de notre identité. Quoi qu’il en soit, débattons maintenant pour éviter de nous battre demain.

L’Europe a été le sujet décisif des débats qui se sont tenus lors de la dernière élection présidentielle. Et une grande incompréhension là encore en a résulté. Le Front national, représentant le camp que souhaitait lui faire incarner Florian Philippot, celui des souverainistes. En Marche porté par Emmanuel Macron et l’ensemble du reste de la classe politique se sont auto-proclamés « européens ». Las, les Français étant favorables dans leur très grande majorité (plus de 7 sur 10) à la poursuite de la construction européenne, Emmanuel Macron après avoir avantageusement orienté le débat sur ces sujets a remporté la mise. L’erreur majeure qu’ont commise les patriotes a été de se laisser présenter comme anti-européens. Même si toutes les dérives de l’Union Européenne et de ses dirigeants, réalisant un projet allant à l’encontre des intérêts des peuples européens, étaient bien évidemment critiquables, notre discours a été bien trop perçu comme caricatural et manquant de nuance.

Alors même que les soi-disant « pro-européens » Macron et Merkel en tête, travaillent chaque jour à la destruction de la civilisation européenne, en laissant celle-ci être submergée par une immigration extra-européenne massive. Notre devoir désormais, est de nous présenter pour ce que nous sommes réellement : des Alter-Européens. Contre l’Europe des marchés, de l’Argent-roi, des idéaux libéraux-libertaires, nous, Européens enracinés, devons nous montrer les garants de la préservation de cette civilisation Européenne. Que ce soit sous la forme d’une Fédération, d’une Confédération, d’une Union Européenne, d’une Union des Nations Européennes, la forme doit importer moins que le fond. Ce fond est bien le substrat, le germen, le ciment de notre Europe, à savoir, la grande famille des peuples européens. Face aux flux extra-européens massifs qui pénètrent notre continent avec l’aval de nos chefs, les peuples doivent se réveiller. Les résultats des dernières élections européennes ont confirmé ce réveil civilisationnel. À notre tour désormais de clamer haut et fort : oui nous sommes Français et Européens et nous comptons bien le rester.

L’écologie ne doit plus faire débat. Personne ne peut nier que le bouleversement climatique en cours résulte d’une part de l’action de l’homme, d’autre part de sa surpopulation. Si des millions d’êtres humains quittent aujourd’hui leurs terres pour de plus fertiles, bouleversant ainsi des écosystèmes entiers, qu’en sera-t-il dans quelques années quand la population mondiale comptera quatre milliards d’âmes supplémentaires ? Si tous les Chinois, les Indiens et demain les Africains souhaitent, bien légitimement, vivre chacun selon les standards de confort occidentaux, la planète pourrait-elle rester ce trésor naturel que l’Homme a toujours connu ? Il importe tout d’abord que tous, d’un bout à l’autre du spectre politique, reconnaissent la surpopulation humaine comme un problème majeur et s’emploient à le résoudre. Notre Europe ayant largement achevé sa transition démographique, c’est bel et bien aux autres continents ne l’ayant pas encore entamée qu’incombe cette obligation.

Là où la Chine a su faire preuve d’une spectaculaire volonté en la matière, les pays d’Afrique subsaharienne doivent eux-aussi trouver d’urgence des solutions pour résoudre cette question vitale. A nous Européens de conditionner nos accords de coopération en matière économique ou autres à cet impératif. De même, il nous faut prendre conscience que notre insolent confort matériel dont nous jouissons ne saurait qu’entraîner des conséquences négatives sur l’environnement. Néanmoins, nos cerveaux aguerris à tous les défis que l’histoire de l’humanité a su leur proposer peuvent trouver les solutions adéquates s’ils sont suffisamment stimulés. Appliquons le principe de localisme cher à Hervé Juvin, partout où celui-ci pourra être appliqué. Produire local et consommer local sera la clé d’un développement humain respectueux de la Terre nourricière. Et donnons à nos chercheurs et scientifiques les moyens pour cela en investissant une part bien plus importante de notre PIB dans la recherche et le développement. L’objectif est bel et bien de faire de toute croissance future au cours de ce siècle une croissance verte. La préservation de notre environnement est la cause de tout être humain, soyons à la hauteur de ce défi en faisant de ce sujet un élément charnière d’un programme patriote.

Nous, France, sommes le pays qui en Europe, a le plus eu le souci du traitement social de ses citoyens depuis que nos États modernes furent formés. Notre caractère de peuple extraordinaire s’incarne encore pleinement dans le mouvement inédit des Gilets jaunes, dont le Rassemblement National se veut le premier soutien. Ne dérogeons pas à nos traditions sociales, enivrés que nous serions par un libéralisme libertaire en marche. Nous sommes le pays d’un Jules Ferry qui a su instituer l’école gratuite, laïque et obligatoire. Nous sommes le pays de Napoléon III qui s’est laissé convaincre par les mineurs d’offrir le droit de grève à tous. Nous sommes le pays de Léon Blum qui a imposé les congés payés. Les affrontements idéologiques entre capitalistes, socialistes et communistes ont su trouver un compromis dans la France d’après-guerre. Le Général de Gaulle a su, dans sa grande intelligence et son souci de rassembler la France faire prévaloir nombre de demandes du Conseil National de la Résistance qui sont devenus aujourd’hui des piliers essentiels de notre État-Nation tels que la sécurité sociale.

Au-delà des clivages partisans et des oppositions idéologiques, sachons reconnaître qu’il n’est plus acceptable de laisser dormir nos compatriotes dans la rue et de les voir mourir à petit feu sur les trottoirs aux côtés desquels sont garés de luxueuses voitures. Sachons admettre l’évidence qu’un progrès technologique phénoménal ne saurait oublier de mettre en œuvre un progrès social équivalent. Si un robot peut éviter à un être humain de se tuer à la tâche, l’intelligence collective doit permettre à chacun de trouver une place, porteuse de sens au sein de notre société. La France n’est ni adepte du communisme, ni volontaire pour un libéralisme toujours plus mondialisé, toujours plus débridé, qu’on cherche pourtant à lui imposer. C’est bien ce juste milieu, ce compromis intelligent entre la liberté d’entreprendre et la protection par l’Etat de tous ses citoyens qui doit continuer à nous animer.

La crise des Gilets jaunes toujours en cours comme la forte participation aux dernières élections européennes montrent à l’évidence que les Français sont désespérément à la recherche de solutions à ces problèmes existentiels. Face à ces quatre thèmes essentiels qui s’imposent à nous, le peuple Français saura faire preuve du bon sens et de la grande intelligence qui lui sont propres, pour se construire un avenir meilleur, lorsque demain, des dirigeants soucieux du bien de leur peuple et la possibilité d’un référendum d’initiative populaire lui seront proposés.

Romain Sens (L'Incorrect, 26 juin 2019)

 

 

 

 

 

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27/01/2013 08:27 CET | Actualisé 05/10/2016

François Xavier Écrivain, lauréat de l'Académie française

 

ART CONTEMPORAIN - Et si le monde de l'art avait aussi été victime d'un vaste plan de réaménagement de la société, donc des esprits, instauré au lendemain de la Seconde guerre mondiale, plus connu sous l'appellation de Plan Marshall?

 

ART CONTEMPORAIN - Et si le monde de l'art avait aussi été victime d'un vaste plan de réaménagement de la société, donc des esprits, instauré au lendemain de la Seconde guerre mondiale, plus connu sous l'appellation de Plan Marshall?

Cela prit plus de temps à se voir que la reconstruction de l'Europe, la manipulation psychologique est pernicieuse et s'il y a toujours cet étalon de mai 68 comme marqueur indélébile, on peut situer le début de la fin en 1972.

Cela se fit par l'entremise d'un pays fantôme, pour ne pas dire fantoche, la Belgique, qui semblait de prime abord bien plus ouvert en matière d'art vivant, voire moderne que ne l'était la France. Cela n'a rien d'étonnant, nous rappelle Colette Lambrichs, "car c'étaient les États-Unis avec leur propagande et leur idéologie commerciale conquérante qui entraient en Europe par cette porte dépourvue de serrure dans un territoire au pouvoir politique inexistant." (sic) De Gaulle parti, la France pouvait alors tomber dans l'escarcelle comme un fruit mûr, et lorsque dans les années quatre-vingts l'on prit conscience que l'art était une machine de guerre financée et exportée par l'Amérique pour ravir à l'Europe la suprématie culturelle, c'était trop tard...

On relira donc avec nostalgie et une pointe d'amertume ces chroniques remarquables de lucidité: Jean Clair visionnaire? À n'en pas douter, lui qui rentrait de trois années passées à étudier l'histoire de l'art à Harvard, savait donc ce qui se préparait et il s'engagea dans la bataille pour porter la nouvelle génération française, les Buren, Boltanski, Sarkis, Le Gac, Viallat dans une revue que venait de fonder Aimé Maeght, Les Chroniques de l'art vivant (qu'il dirigea de 1969 à 1975), et dont Art Press s'inspira dès sa création en 1972.

Mais cela n'arrêta pas la machine à humilier, car la défaite, la dernière, était la plus cinglante, c'était celle de l'esprit!

Jean Clair est subversif, il n'épargnera ni sa peine ni son talent pour cingler les mots justes et témoigner d'une confusion générale habilement construite pour propager un capitalisme en train de se mondialiser. Il n'est donc en rien un suppôt de la réaction mais l'un des derniers chroniqueurs honnêtes à ne pas employer à tort et à travers le mot d'avant-garde puisque ce temps-là est révolu depuis une poignée de décennies...et que ceux qui s'en réclament aujourd'hui ne sont, ni plus ni moins, que des imposteurs.

Très vite, Jean Clair sera sceptique voire hostile à cette mode institutionnalisée et imposée par les États-Unis, "vendue et promue jusqu'à n'être plus qu'une marque de fabrique, une griffe -avant de devenir sous le nom d'art contemporain, un art qui est à l'oligarchie internationale et sans goût d'aujourd'hui, de New York à Moscou et de Venise à Pékin, ce qu'avait été l'art pompier aux yeux des amateurs fortunés de la fin du XIXème siècle.

" Tout n'est plus qu'illusion, paraître, allant vers le sensationnel plutôt que l'émotion, la surenchère au lieu du détail, et le malaise s'installa, l'art devint mourant..."

Jean Clair se veut critique mais du côté positif, alors qu'il constate que cette activité singulière fleurit plutôt quand l'art est souffrant.

"Crise, cette maladie dont l'art, si longtemps resplendissant, est dans la modernité affecté, au début de sa dégénérescence ou de ce que Baudelaire, à propos de la peinture de son ami Manet, appellera le premier symptôme de sa décrépitude."

Imposture alors? Certainement, quand, dans les années 1970, l'utopie des avant-gardes effondrée depuis longtemps l'on tenta de trouver un nouveau slogan comme ces fripiers des grands boulevards, entre H&M et Gap, et l'on fera alors fleurir le terme d'art contemporain pour désigner le haut du panier d'une production inégale et imposer une soi-disant qualité seule capable de l'exciper de la contemporanéité en lui attribuant un bienfait virtuel, une supériorité subjective qui ferait que Jeff Koons serait plus contemporain que Botero quand ils sont, en réalité, aussi kitsch l'un que l'autre...

Déplacée également cette mode du mélange des genres qui veut que le musée, institution auréolée d'une gloire imméritée quand il se transforme en foire aux spectacles et reçoit un troupeau de visiteurs qui ne sait pas ce qu'il fait en ces lieux, musée qui s'autorise, non sans suffisance, à recevoir en son sein des performances de Koons, Hirst et autres prétendus artistes qui ne sont en réalité que des faussaires, portés par des mécènes les couvrant d'or, qui tirent de leur présence en ces murs une gloire toute virtuelle qui leur permet de s'afficher comme des artistes contemporains, et voilà que ces messieurs osent inscrire leur démarche dans la continuité d'une histoire qui, elle, s'est construite avec Véronèse ou Rembrandt...

On se régale de ces articles portant sur des artistes totalement ignorés mais au réel talent: qui connaît Pierre Tal Coat (alors qu'une immense fresque vous accueille à l'entrée de la Fondation Maeght), Jean Bazaine, ou encore Gérard Gasiorowski (lequel a été exposé cet été à Vence, chez Maeght, et quelle expo ; enfin!)? On s'amuse de la description détaillée du naufrage des Biennales de Venise (le déni de peinture). On savoure l'entretien avec Francis Bacon, l'article sur Hartung ou celui qui relate la mésaventure de Buren, en 1971, seul artiste français invité à la VIe Exposition internationale Guggenheim qui vit sa toile décrochée sur intervention de quelques participants (sic)...

Qu'elle est donc la vérité, si tant est qu'il y en ait une? L'authentique jaillissement provenant d'une action réellement géniale portée par un illuminé offrant gracieusement son travail à la communauté? Ou la quête tranquille et rassurante d'une répétition déguisée et manipulée par les marchands sous couvert de toujours plus de spéculation? Quel devenir pour ce patrimoine désormais bradé, exposé à des foules toujours plus nombreuses qui saccagent par leur seule présence le matériau ainsi offert et qui, malgré tous les efforts de protection et de restauration, finira par succomber? Ne devrait-on pas admettre que le bénéfice intellectuel et spirituel de ces pèlerinages de masse est quasi nul? Jean Clair est sans appel: "Si l'on veut suivre l'esprit du temps, il conviendrait, tout autant que multiplier les stades, de fermer les musées, si l'on prétend garder la trace d'un passé admirable tout en satisfaisant les besoins d'une société de loisirs". Car si l'œuvre est à ce point méprisée il conviendrait de la retirer des circuits publics, quitte à ne la faire circuler que sous forme de copies. Agir pour mettre fin à l'idolâtrie du culturel.

Jean Clair, Le temps des avant-gardes - Chroniques d'art 1968-1978, Éditions de la Différence, novembre 2012, coll. "Essais", 318 p. - 25,00 €

 

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LE LIVRE

 

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  • 4ième de couverture

Le paranoïaque est souvent convaincant. Charismatique, même. La folie qui l’habite ne se manifeste pas au premier coup d’œil. Incapable de regarder en lui, il part de la certitude inébranlable que le mal vient toujours des autres.
Un mécanisme insensé mais qui ne perd jamais l’apparence de la raison.
Une « folie lucide » dépourvue de toute dimension morale, qui représente un danger pour la société. Car la paranoïa atteint une intensité explosive dès qu’elle sort de la pathologie individuelle pour contaminer la masse. Elle peut alors marquer l’histoire de son empreinte, du massacre des Indiens d’Amérique à la Grande Guerre en passant par les pogroms, les totalitarismes monstrueux du XXe siècle et les guerres préventives des démocraties de notre temps. Il manquait une étude globale sur ce mal collectif, à cheval entre psychiatrie et histoire. Pour la première fois, le psychanalyste Luigi Zoja explore la dynamique, la perversité, l’absurdité mais aussi la puissance de cette contamination psychique à grande échelle. De quoi nous faire regarder d’un autre œil des événements que nous pensions connaître. Des horreurs définitivement révolues ? Rien n’est moins sûr. La lumière de la conscience n’est jamais totale, ni définitive. La paranoïa peut encore affirmer à bon droit : « L’histoire, c’est moi. »

 

ARTICLEs

 

3) .... qu'est-ce la paranoîa .....

 

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PARANOÏA, LE CORPS DU DÉLIRE

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Un homme marche, observé par des dizaines de yeux, photomontages, 2015

Un homme marche, observé par des dizaines de yeux, photomontages, 2015

Extrait de la série «le Voyage fantastique» (2015).Photomontage Sarah Bouillaud. Hans Lucas.

 

Par Robert Maggiori— 27 juin 2018 à 17:56

Mêlant théorie et récit, mythes et anecdotes, l’essai du psychanalyste milanais Luigi Zoja consacré à la «folie lucide» dans l’histoire, qui vient d’être publié en français, se lit comme une saga ou un thriller.

La pensée n’est pas la raison. Elle n’est pas tenue à l’observance des règles de logique, ni au respect de ce que les faits imposent. Aussi peut-elle vagabonder à sa guise, passer sans souci du coq à l’âne, et même, poussée par la «folle du logis» qu’est l’imagination, construire des univers qui n’existent nulle part. Mais parfois, elle se prend pour la raison, et pose comme réelles, efficientes, déterminantes, des causes qui ne sont qu’en elle. Elle fait alors un «pas de côté», et, au lieu de seulement s’évader, vrille et se met à délirer. Quand la pensée (nóos) déborde, va au-delà (para) d’elle-même, arrive la paranoïa.

11 septembre

Luigi Zoja est psychanalyste. Il exerce à Milan – où il est né en 1943, sous les bombardements. Il a fait des études d’économie à l’université Bocconi et les a achevées en 1967 par une thèse sur le sociologue Charles Wright Mills. Parti à Zurich, il s’intéresse à la psychanalyse, et, plutôt que celles de Freud, épouse les théories de Carl Gustav Jung – orientation que confirmeront les rencontres avec Andrew Samuels à Londres et James Hillmann, le «père de la psychologie archétypale», dans le Connecticut. Zoja est un intellectuel connu, auteur de nombreux livres traduits dans une quinzaine de langues, sur l’arrogance, la violence, l’éthique, la justice. Il a été président de l’IAAP (l’Association internationale de psychologie analytique, qui regroupe les psychanalystes jungiens), et a par deux fois (2002 et 2008) gagné le Gradiva Award, qui récompense les travaux de psychanalyse et psychothérapie. C’est aussi, en Italie, un auteur populaire, car ses essais, jamais techniques, mêlent théorie et récit, mythe, anecdotes, histoire, actualité. Son grand œuvre, Paranoïa – salué avec enthousiasme par Zygmunt Bauman -, vient d’être publié en français. Il en a commencé la rédaction à New York (où il a longtemps travaillé), le jour de l’attaque terroriste contre les Twin Towers, le 11 septembre 2001.

 
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Goût pour l’affabulation ou tendance plus ou moins marquée à voir des ennemis partout, divagation induite par la jalousie ou l’érotomanie (conviction qu’on est aimé par une personnalité célèbre), folie des grandeurs ou maladie mentale, la paranoïa a de multiples formes et degrés. L’American Heritage Stedman’s Medical Dictionary la définit ainsi : «1. Un trouble psychotique caractérisé par des délires systématiques, majoritairement de persécution ou de supériorité, en l’absence d’autres troubles de la personnalité. 2. Une forme extrême et irrationnelle de méfiance à l’égard des autres». Mais presque tous les manuels de psychiatrie précisent que le paranoïaque possède «une faculté de réflexion remarquable, [qui] n’empêche pas sa foi dans le contenu des idées délirantes» (Karl Jaspers), et que «le diagnostic de la paranoïa n’est pas toujours évident», dans la mesure où «les malades savent quelles réflexions sont considérées comme pathologiques et sont capables de les dissimuler ou les atténuer de manière à trouver des gens prêts à jurer qu’ils sont sains d’esprit» (Eugen Bleuler). Pathologie difficile à cerner, donc. «Construction logique bâtie à partir d’un noyau délirant et d’un postulat de base falsifié», elle autorise que l’on puisse «discuter avec un paranoïaque de la partie logique de sa pensée», aussi longtemps du moins qu’est tenu caché le «noyau central», lequel «ne souffre aucune discussion» puisqu’il relève d’une condition que le sujet «exige pour vivre», ou d’une «vérité» qui «ne demande aucune justification mais qui justifie tout». A l’origine de la paranoïa – «tromperie originelle dont le sujet est l’auteur et la victime» – se trouve sans doute une indicible souffrance, ou en tout cas une solitude, «brisée par le fantasme d’être au centre de l’intérêt de tous» ou de se sentir l’objet de toutes les malveillances : elle s’accompagne de mégalomanie, d’envie, de jalousie, de suspicion, quand elle ne débouche pas, dans les formes graves, sur un «syndrome d’encerclement et la conviction d’être victime d’un complot», d’une persécution.

Bush, Hitler, Staline et Pol Pot

On s’attend donc à ce que Luigi Zoja, en psychanalyste jungien, ajoute, dans Paranoïa, sa propre analyse à celles, nombreuses, qui existent déjà, et qui éclairent la pathologie du point de vue individuel et clinique. Il le fait, bien sûr, de façon passionnante, en remontant même aux théories de Mélanie Klein sur le passage, lors de la première année de la vie de l’enfant, de la «position schizo-paranoïde» à la «position dépressive». Mais qu’on regarde le sous-titre de l’ouvrage, «La folie qui fait l’histoire» : on pourra déjà subodorer l’aventure inouïe à laquelle invite le livre, qui, même dans ses dimensions ou sa couverture, ne ressemble en rien à un «essai de psychanalyse» mais plutôt à un thriller, une saga, un roman historique. A côté de la psychose chronique développée à partir du caractère paranoïaque, Zoja prend en effet en considération les tendances paranoïdes présentes en chaque individu, qui conduisent à élaborer des architectures mentales et agencer des actions à partir de «faits» supposés, et qui, surtout, se diffusent auprès des autres sujets sociaux comme une «infection psychique» collective (Jung) : par exemple la suspicion paranoïde du président Bush, devenue doctrine du gouvernement américain puis croyance partagée, qui a justifié que l’on attaque préventivement l’Irak parce qu’on imaginait que le pays possédait des armes de destruction massive. Aussi, exploitant une documentation impressionnante, fort de sa grande culture psychologique, sociologique, littéraire, politique, mythologique, le psychanalyste milanais dresse-t-il une extraordinaire fresque de l’histoire européenne et mondiale, en suivant et en découvrant dans ses méandres et ses soubassements (mais aussi dans la littérature, de l’Ajax de Sophocle à l’Othello de Shakespeare), les facteurs, inattendus, qui peuvent être reconduits à l’absurde logique de la paranoïa – qu’elle se manifeste chez Hitler, Staline ou Pol Pot, ou qu’elle soit subrepticement active dans les décisions politiques ou militaires qui ont marqué la colonisation, les exactions des conquistadores, le massacre des Indiens, la guerre hispano-américaine, la Grande Guerre, le second conflit mondial, le lancement de la bombe atomique, l’établissement des régimes totalitaires, les nationalismes, la création des «ennemis intérieurs» – jusqu’aux populismes d’aujourd’hui, le rôle des médias et les théories du complot. «Les textes de psychiatrie, écrit Zoja, nous ont convaincus d’ouvrir les grilles de l’étroite enceinte où sont soignées les maladies mentales et d’en sortir. La paranoïa classée comme clinique fait certes douloureusement souffrir un sujet et ses proches, mais au-delà de ces grilles, la paranoïa intégrée à la vie quotidienne essaime aux quatre coins de la société, a exterminé plus de masses humaines que les épidémies de peste ; elle a humilié et mentalement anéanti plus d’hommes que la colère de Dieu.»

«Hommes ordinaires»

Contagieuse, la paranoïa s’infiltre dans la société, la politique, la culture, et s’alimente de son propre sang : elle est «autotropique». Dans un premier temps, on pose comme «intouchable» une donnée totalement fausse (par exemple, dans le Mein Kampf de Hitler, l’idée que le croisement de races conduit à la stérilité, aux pires maladies et à la dégénérescence), puis, de façon obsessionnelle, on la barde d’explications en tous genres, de raisonnements (en eux-mêmes cohérents), parfois de vérités révélées, de pseudo-savoirs, de croyances, afin de la rendre «évidente» à tous et de justifier une «politique» qui puisse résoudre le faux problème du début (la «solution finale», dans le cas du nazisme). Emblématique, à cet égard – mais le livre foisonne d’exemples -, est la création de la «race imaginaire» et du racisme, que Zoja décrit en détail, en partant de la publication de l’Essai sur l’inégalité des races humaines (1853-1855) de Joseph Arthur de Gobineau, dont les thèses se diffusent en quelques années dans toute l’Europe, au point de «contaminer» la lecture de la théorie sur l’origine des espèces de Darwin, ou de la «prendre en otage», pour «exprimer, au nom de la science, des formes inconscientes d’envie, une méfiance paranoïaque, des instincts destructeurs». Ainsi, à la même époque, «on en vient à estimer que la solidarité avec les plus faibles (et, par conséquent, leur survie) permet aux tares génétiques des plus « adaptés » de perdurer. Ce faisant, elle nuit à l’évolution et au progrès». D’où l’«eugénisme positif» proposé par le cousin de Darwin, Francis Galton («inventeur» de la méthode d’identification par empreinte digitale), qui vise à «opérer une sélection des qualités humaines supérieures en amenant des personnes qui possèdent des dons particuliers (intellectuels, notamment), à se marier entre eux et en organisant une immigration sélective». On retrouve, là encore, des «caractéristiques auxquelles l’analyse de la paranoïa nous a familiarisés» : un axiome «aucunement étayé, mais inébranlable et colporté avec une ferveur religieuse», auquel vient s’ajouter une angoisse de contamination, et un «besoin de séparer ce qui est positif de ce qui est négatif», de façon définitive si possible – ce qui justifie toutes les discriminations, les chasses aux sorcières, les stigmatisations, les pogroms, les épurations ethniques, les exterminations, les génocides…

Vue sous la loupe d’une telle catégorie psychopathologique, et racontée avec un si bel entrain, l’histoire apparaît sous un autre jour, et laisse apercevoir des «moteurs» insoupçonnés – aussi insoupçonnés que sont, chez l’individu le plus normal, les éclats soudains de cette «folie lucide» qu’est la paranoïa. «Les monstres existent, dit Luigi Zoja, mais ils sont trop nombreux pour être vraiment dangereux ; ceux qui sont plus dangereux, ce sont les hommes ordinaires.» Très ordinaire est la «ravissante jeune femme blonde» qui apparaît sur la couverture du livre. On la regarde autrement si on rappelle que, durant la Seconde Guerre mondiale, la propagande américaine représentait les «Jaunes» comme des singes, et que cette femme, dont la photo est publiée par un prestigieux magazine illustré, est en train d’écrire à son fiancé «pour le remercier de lui avoir envoyé le crâne d’un soldat japonais».

 

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Paranoïa | Confrontation troublante avec l’essai de Luigi Zoja

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Aboutissement de 10 années de recherches, l’ouvrage de Luigi Zoja s’attache à explorer la paranoïa comme mal collectif. Une étude globale, à cheval entre psychiatrie et histoire, apportant un éclairage nouveau sur des faits historiques pourtant largement étudiés.

Essai paru en Italie en 2011, traduit par Marc Lesage et augmenté d’une préface de l’auteur pour la présente édition française.

Le paranoïaque est souvent convaincant. Charismatique, même. La folie qui l’habite ne se manifeste pas au premier coup d’œil. Incapable de regarder en lui, il part de la certitude inébranlable que le mal vient toujours des autres.
Un mécanisme insensé mais qui ne perd jamais l’apparence de la raison.
Une « folie lucide » dépourvue de toute dimension morale, qui représente un danger pour la société. Car la paranoïa atteint une intensité explosive dès qu’elle sort de la pathologie individuelle pour contaminer la masse. Elle peut alors marquer l’histoire de son empreinte, du massacre des Indiens d’Amérique à la Grande Guerre en passant par les pogroms, les totalitarismes monstrueux du XXe siècle et les guerres préventives des démocraties de notre temps. Il manquait une étude globale sur ce mal collectif, à cheval entre psychiatrie et histoire. Pour la première fois, le psychanalyste Luigi Zoja explore la dynamique, la perversité, l’absurdité mais aussi la puissance de cette contamination psychique à grande échelle. De quoi nous faire regarder d’un autre œil des événements que nous pensions connaître. Des horreurs définitivement révolues ? Rien n’est moins sûr. La lumière de la conscience n’est jamais totale, ni définitive. La paranoïa peut encore affirmer à bon droit : « L’histoire, c’est moi. »

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C’est le deuxième essai de Luigi Zoja que nous traduisons, après Le Père. Le geste d’Hector envers son fils. Histoire culturelle et psychologique de la paternité (2015)

 

« Un tour de force intellectuel ! L’auteur met en rapport les facteurs psychologiques, culturels et sociologiques conduisant à l’agression d’une minorité dans la société, ou
à l’agression d’une société entière.
 »
(Cynthia Epstein)

« Un grand livre qui ouvre de nouvelles voies. Un nouveau regard sur la paranoïa et sa capacité à déterminer le cours d’une vie mais aussi celui de l’histoire.
Zoja nous ouvre les yeux.
 »
(Zygmunt Bauman)

« Zoja a écrit un ouvrage novateur qui n’analyse pas seulement la paranoïa comme une catégorie clinique mais comme un phénomène social et culturel aux conséquences
historiques déterminantes.
 »
(Paul Ginsborg, Université de Florence)

 

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QU’EST-CE QUE LA PARANOÏA ?

Pour découvrir la richesse et la pertinence de cet essai qui fera référence, nous vous proposons un parcours d’extraits choisis dans le premier chapitre : QU’EST-CE QUE LA PARANOÏA ?

Les notes de bas de page présentes dans l’ouvrage, fournies et précieuses, ne sont pas rendues ici par souci de lisibilité. Les illustrations proposées ici ne sont pas dans l’ouvrage. (Source : Pixabay)

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« Paranoïa » est un vieux mot grec. Nóos est la pensée, para-, le fait d’aller au-delà. En théorie, il ne renvoyait qu’à un esprit qui déborde de son champ habituel : pour les Grecs de l’Antiquité, ce concept indiquait déjà une pensée délirante, sans avoir pour autant l’importance qu’il revêt aujourd’hui. C’est la psychiatrie allemande du XIXe siècle qui l’a introduit dans la pensée moderne.

En politique, nombreux sont ceux qui utilisent le mot de « paranoïa » pour critiquer un adversaire, même si la plupart seraient bien en peine d’expliquer ce qu’il signifie. À l’inverse, ce concept n’a que très rarement été un instrument d’autocritique, ce qui arrivait parfois dans les assemblées étudiantes en 1968. Dans les moments de confusion générale, on pouvait entendre crier : « Camarades, ne cédons pas à la paranoïa ! » Si cette exhortation, cette autocritique homéopathique, ne ramenait pas nécessairement le calme, elle créait un semblant de consensus. Quoi qu’il en soit, personne ne répondait jamais : « Camarade, c’est quoi, la paranoïa ? »

[…]

La paranoïa est infiniment plus difficile à débusquer que d’autres troubles mentaux car elle sait se dissimuler à la fois au sein de la personnalité du paranoïaque et parmi les sujets qui l’entourent.

Chacune de ces définitions, pourtant tirées des écoles psychiatriques les plus variées, nous renvoie à celle que les Français utilisaient déjà au début du XIXe siècle : folie raisonnante ou folie lucide. Une définition aussi immuable et inébranlable que la paranoïa elle-même. Toute réflexion sur la paranoïa nous rappelle qu’elle appartient simultanément à deux systèmes de pensée : celui de la raison et celui du délire. La paranoïa est infiniment plus difficile à débusquer que d’autres troubles mentaux car elle sait se dissimuler à la fois au sein de la personnalité du paranoïaque (lequel, dans son ensemble, est tout sauf fou) et parmi les sujets qui l’entourent. Ce que nous voyons est la pointe minuscule d’un iceberg de déraison contre lequel peuvent venir s’échouer tous les bateaux de la rationalité.

Les troubles mentaux ne sont pas des blocs rigides de folie. Ce sont plutôt des « styles déraisonnants » qui, à travers d’innombrables variations, vont de la normalité à la folie. C’est d’ailleurs dans le cas de la paranoïa que cette contiguïté est particulièrement préoccupante. Loin de s’opposer à la raison, elle fait semblant de collaborer avec elle. Il n’y a donc pas un fossé entre les malades mentaux et les personnes saines d’esprit mais une continuité. Ajoutons que la pensée du fou tend, la plupart du temps, à glisser graduellement de la « normalité » au délire – et que ce passage peut être particulièrement imperceptible chez le paranoïaque. L’observateur croit souvent être dans une zone de sécurité réconfortante. Pourtant, c’est tout l’inverse.

Plus que n’importe quel autre trouble mental, la paranoïa n’est visiblement pas fonction de facteurs organiques. Les traitements auront donc peu de chance de fonctionner. Par ailleurs, étant de nature psychologique, son origine est très difficile à reconstituer : les vies psychiques sont aussi variables que les existences individuelles sont différentes les unes des autres.

Enfin, la paranoïa se manifeste plus tard que les autres troubles mentaux. Le paranoïaque, être fragile, déplace dans le temps un problème vital qu’il n’arrive pas à affronter. Tant que c’est possible, il le fait glisser devant lui, vers le futur. Puis, au moment où il devrait finalement prendre conscience que sa vie ne changera plus, c’est en direction de l’extérieur qu’il pousse son mal, en inventant des obstacles et des oppositions – ou en leur attribuant des dimensions disproportionnées. Bien souvent, la paranoïa ne se manifeste donc qu’à quarante ans ou plus, chez des personnes qui se sont déjà fait une place dans l’existence. S’il leur arrive de se montrer soupçonneux, leur attitude, prudente et utile, est généralement valorisée. En quoi est-ce un mal si un assureur d’âge mûr sait dresser par le menu la liste de ce que risquent ses clients ? Ou si un médecin avec des années d’expérience a peur de maladies invisibles et nous conseille une interminable série d’examens ? À nos yeux, leur méfiance n’est pas une réflexion pathologique mais une forme de professionnalisme. Leur paranoïa est intégrée à leur vie.

[…]

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Omniprésence de la paranoïa

C’est donc comme une possibilité présente au sein de chaque individu, et non une maladie, qu’il nous faudra considérer la paranoïa.

En règle générale, nous percevons les maladies mentales comme un phénomène étranger et effrayant. Il nous arrive d’éprouver de la compassion pour ceux qui en souffrent, mais également un sentiment de différence et de méfiance. Pourtant, dans les premiers instants où nous entrons en contact avec elle, la paranoïa est susceptible de nous apparaître comme la continuation de notre mode de pensée normal – et plus précisément de notre besoin d’explications. La paranoïa, ou du moins une version plus nuancée, s’achète et se vend chaque jour en bas de chez nous, pas au sein de l’institution psychiatrique. Ce n’est pas une pensée radicalement différente de la nôtre. Tous les processus mentaux spécifiques sont potentiellement présents en nous. La tentation de refuser nos responsabilités et de rendre les autres responsables du mal ne fait pas exception. Une voix intérieure suggère que nous avons intérêt à le faire. Aussi faible, aussi dissimulée soit-elle, elle existe en chacun de nous.

C’est donc comme une possibilité présente au sein de chaque individu, et non une maladie, qu’il nous faudra considérer la paranoïa. Comme un archétype, dans le sens que donne Carl Gustav Jung à ce terme. […]

Le paranoïaque possède généralement des moyens intellectuels et toujours un « sens critique ». Il lui arrive même de se montrer caustique.

Son mal originel étant un manque d’estime de soi, ses critiques sont néanmoins à sens unique, inflexibles. Il peut verser dans le sarcasme, et même dans la haine, mais pas retourner son ironie contre lui : en se critiquant, il aurait peur de se détruire.

S’il ne revient jamais sur ses positions, c’est parce qu’il basculerait dans le néant. Voilà pourquoi il est incapable de pardon : ce geste impliquerait une liberté qu’il n’accepte ni pour les autres, ni pour lui-même.

[…]

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La contamination paranoïaque au sein de la société

 

À la première occasion concrète, la suspicion refera surface mais, par manque d’éducation autocritique, ne pourra être que projetée sur les autres.

La paranoïa collective est, hélas, un processus possédant des analogies avec la culture populaire moderne. À la différence, par exemple, de la culture populaire médiévale, le consumérisme de masse que nous connaissons aujourd’hui n’encourage ni l’autosuspicion ni le sentiment de culpabilité, mais leur contraire. Profitons de tous les biens que l’époque met à notre disposition, suggère-t-elle en sous-entendant que nous en avons le droit parce que nous avons la conscience tranquille. Le deuil est pour elle impossible car elle n’est pas préparée au renoncement. La modernité, forte en économie et en technologie, révèle ici sa faiblesse morale. Ses doutes ne sont pas élaborés avec profondeur et patience. Ils ne seront donc pas éliminés mais simplement refoulés.

Douter est pourtant une exigence humaine universelle. À la première occasion concrète, la suspicion refera surface mais, par manque d’éducation autocritique, ne pourra être que projetée sur les autres. À cet instant, elle aura pour complice le ciment le plus solide de la société actuelle : les moyens de communication de masse, populistes par nature. Au lieu d’encourager un examen intérieur qui conduirait à prendre ses responsabilités, ces derniers poussent à chercher des coupables à l’extérieur.

[…]

Comment la condition urbaine actuelle déforme les instincts

L’une des missions de la psychologie devrait être de nous rappeler que l’homme est un être social. Notre psyché a un besoin inné de s’intéresser à d’autres hommes, d’établir des liens. Si nous sommes séparés des autres (une condition encouragée par l’individualisme actuel et facilitée par la technique), cet instinct conduit l’esprit à s’occuper d’eux quand même, mais sous la forme de fantasmes détachés de la réalité, d’autant plus incontrôlables et dangereux, où l’on préjuge plus qu’on ne juge.

Un individu isolé est artificiel. Mais la condition des peuples qui prévaut aujourd’hui l’est aussi. Notre corps a été produit par l’évolution naturelle pour vivre en petits groupes. Le système nerveux de l’homme n’a pas eu le temps de s’adapter à la vie urbaine. Dans les communautés peu nombreuses, il lui est possible d’entrer plus facilement en résonance avec les enthousiasmes ou les peurs des autres et, ainsi, de remplir pleinement une fonction sociale. L’évolution culturelle, elle, a produit de grandes concentrations d’individus, anonymes et en rien naturelles, qui inhibent la confiance et la coopération tout en risquant d’amplifier les élans destructeurs.

Le fait d’appartenir au groupe du « nous » et de construire des fantasmes autour du groupe des « autres » autorise, comme le dit la psychologie collective décrite par LeBon, Freud, Jung, Canetti et Weil, des comportements agressifs, couverts par l’anonymat de la foule, pour lesquels il manque des inhibitions naturelles. L’une des missions de la neurophysiologie sera de décrire quels neurones deviennent fous au sein de ces immenses amas contre-nature ou de leurs reproductions virtuelles, que la technique est en train de rapidement perfectionner.

[…]

 

Paranoïa et communication de masse

Tout naturellement, le plus prestigieux magazine illustré américain publie l’image d’une ravissante jeune femme blonde en train d’écrire à son fiancé pour le remercier de lui avoir envoyé le crâne d’un soldat japonais.

Si les mass media ont apporté la vérité à un public plus large, ils ont aussi facilité la diffusion de « contaminations psychiques collectives ». En ce sens, il faut attribuer à leur développement un rôle croissant dans l’imbrication de paranoïas politico-culturelles au cours du XXe siècle.

« Le journal sue le crime » : Baudelaire, déjà, pressentait ce danger. Les moyens de communication modernes canalisent la paranoïa. Une fois confié au pouvoir amplificateur des médias de masse, le fait d’être haï, au lieu d’être l’occasion d’une autocritique, vient démontrer quil est légitime de haïr les autres : c’est ainsi que l’inversion des causes prend des dimensions continentales et des effets apocalyptiques. Les mouvements de masse sont susceptibles d’êtres manipulés pour transformer cette absurdité en credo. C’est ce que nous rappellent deux slogans parmi les plus célèbres du XXe siècle. « Beaucoup d’ennemis, beaucoup d’honneur », disait une formule fasciste quand Mao Tsé-toung affirmait : « Être attaqué par l’ennemi est une bonne et non une mauvaise chose.»

À la fin du XVIIIe siècle et pendant tout le XIXe, le nationalisme, auquel s’ajoutent, dans la seconde moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe, le darwinisme social, l’eugénisme et le racisme viennent affaiblir les ressources morales de la société, en les remplaçant par un égoïsme individuel ou de groupe. Si ces « inhibiteurs d’humanité » deviennent une doctrine officielle dans les états fascistes, cette idéologie, née dans le sillage de la solidarité radicale, produit des abominations tout aussi radicales dans les pays communistes.

Notons enfin qu’une déformation similaire parvient à s’insinuer jusque dans les sociétés libérales, sans que personne ne la condamne vraiment : durant la Seconde Guerre mondiale, la propagande américaine représente les Japonais comme des animaux (majoritairement des singes) en invitant à les tuer, comme on le fait avec les bêtes, précisément. Tout naturellement, le plus prestigieux magazine illustré américain publie l’image d’une ravissante jeune femme blonde en train d’écrire à son fiancé pour le remercier de lui avoir envoyé le crâne d’un soldat japonais. Un crâne qui trône sur son bureau et auquel elle sourit. Les SS d’Auschwitz n’ont donc pas été les seuls à collectionner d’effroyables objets humains. Ce cliché nous emmène à Phoenix, dans l’Arizona, au cœur de la classe moyenne blanche qui souffre le moins de la guerre. Loin, très loin du nazisme et des champs de bataille. C’est même une femme qui y tient le premier rôle. Et pourtant, le bacille de la haine s’est posé jusque sur ce bureau – avec une telle légèreté et, aurait-on envie de dire, un tel sens esthétique qu’il faut fournir un effort pour percevoir la violence sous-jacente. D’un point de vue formel, la contemplation d’un crâne posé sur une table pourrait rappeler les méditations sur la finitude humaine, caractéristiques des XVIe et XVIIe siècles. En réalité, c’est tout le contraire. Ces réflexions anciennes aidaient à introjecter la mort, à prendre conscience du fait qu’elle nous concerne personnellement. Mais ici, la furie guerrière et raciste tente de la projeter le plus loin possible. Par rapport à la femme qui l’observe, la mort est autre chose. Plus exactement : le mort est autre chose, il ne peut que mériter de mourir. La compassion est remplacée par la scission.

[…]

C’est avec le temps, et lui seul, que la raison tend à s’affirmer. Le temps redresse les pentes trop inclinées.

Dans la société moderne, la communication est véhiculée par les médias de masse et filtrée par les institutions qui les président. Ce filtre, pourtant censé retenir ce que la pensée a d’impur, tend souvent à l’amplifier. Soupçonner, imaginer des complots, déceler voire inventer un projet destructeur derrière certains événements : ce sont là des fonctions constantes des médias de masse. C’est avec le temps, et lui seul, que la raison tend à s’affirmer. Le temps redresse les pentes trop inclinées. « À la longue, aucune institution humaine ne peut se soustraire à l’influence d’un examen critique justifié », a écrit Freud. Mais comme nous le verrons, le temps nécessaire pour que cela se produise est parfois tragiquement long. Dans l’intervalle, la déraison a les coudées franches pour provoquer des bains de sang qui, à leur tour, sont susceptibles d’alimenter de nouvelles paranoïas.

[…]

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D’un point de vue éthique, la masse désunie (moléculaire) post-religieuse, post-politique, individualiste et consumériste d’aujourd’hui se trouve dans un vide moral.

Politiquement parlant, l’extension structurelle de la démocratie attribue à l’ensemble de la population un droit nouveau – le droit de connaître et d’être convaincue de ce qu’on lui demande. Auparavant, la masse ne recevait que des ordres. Désormais, le pouvoir est obligé de l’émouvoir et de la manipuler pour la convaincre : il s’agit là du mécanisme que nous appelons le populisme. Le pouvoir absolu de l’ancien régime n’avait pas besoin de s’allier à la paranoïa. Le pouvoir moderne, pour sa part, est tenté par le style paranoïaque qui aide à mobiliser la masse.

D’un point de vue médiatique, les moyens de communication doivent d’abord suivre la loi des grands nombres à mesure qu’ils se développent et deviennent ces médias de masse que sont les quotidiens, la radio ou la télévision. Leur diffusion, qui était jadis le moyen de la communication, est devenue sa fin, suivant l’axiome de Marshall McLuhan : le message, c’est le médium. Les médias doivent se faire écouter, se vendre à des millions de consommateurs, ce qui les différencie toujours davantage des produits culturels. Dans la majorité des cas, l’information paranoïaque (en apparence logique mais inspirée, en réalité, par une méfiance destructrice) contribue plus largement à leur diffusion que l’information critique. Peter Sloterdijk a entièrement raison de dire qu’à l’ère de la postmodernité, la masse qui descend dans la rue (telle que l’a décrite Elias Canetti) a été remplacée par une « masse moléculaire » composée de personnes isolées. Malgré tout, s’agissant de ce qui nous intéresse, à savoir la paranoïa collective, la réalité effective n’est pas si différente. Peut-être est-elle même encore plus tragique. C’est ce que tend à montrer l’ancien Empire britannique des Indes. À partir de 1947, année de sa décolonisation, le pays fut périodiquement dévasté par des pogroms réciproques entre hindous et musulmans. Au cours des décennies qui ont immédiatement suivi, les informations circulaient lentement à travers ce vaste territoire. Si d’aventure la foule d’une autre localité avait vent d’un massacre, les esprits rationnels et les autorités étaient donc potentiellement préparés à affronter les risques d’infection psychique. En revanche, depuis que la télévision arrive partout, la contamination paranoïaque est devenue instantanée : la foule déchaînée descend en temps réel dans la rue même si la télévision a évoqué les violences pour les condamner et non les encourager.

D’un point de vue éthique, la masse désunie (moléculaire) post-religieuse, post-politique, individualiste et consumériste d’aujourd’hui se trouve dans un vide moral. La responsabilité morale n’est cependant pas une idée abstraite et historiquement relative dont il est possible de se débarrasser sur commande : c’est une expérience primordiale de la psyché, archétypale et inévitable. Du fait qu’il est impossible d’en faire directement l’expérience, faute de valeurs conscientes, la responsabilité est projetée vers l’extérieur. Niée, elle réapparaît sous la forme d’un mal commis par les autres. Ainsi, lorsque les choses tournent court, l’impatience et l’irresponsabilité prédominantes accentuent la tentation de trouver aussitôt des responsables, de dévoiler un complot.

Une part toujours croissante de la« société des victimes et du dédommagement » où nous vivons fournit des produits immatériels qui se vendent d’autant mieux que le style paranoïaque se confond avec le style normal.

Enfin, d’un point de vue socio-économique, la chevauchée triomphale du secteur tertiaire a inventé de nouvelles activités qui prospèrent, précisément, par le biais de la paranoïa. Une part toujours croissante de la« société des victimes et du dédommagement » où nous vivons fournit des produits immatériels qui se vendent d’autant mieux que le style paranoïaque se confond avec le style normal : les avocats des parties civiles, les assureurs mais aussi les défenseurs des droits et les prédicateurs populistes s’en nourrissent et le nourrissent. Une partie du système de santé peut même, inconsciemment, se rendre complice de cette tendance victimaire. Comme de nombreux textes bien intentionnés, la Constitution de la République italienne « protège la santé en tant que droit fondamental »73 : grâce à un raccourci logique quasiment sans précédent (et qui nous laisse penser que Dieu a été introjecté par la loi laïque), elle proclame non pas le droit d’être soigné mais le droit d’être en bonne santé. Ainsi, toute personne malade est invitée à se sentir victime d’une injustice si elle se trouve privée de son intégrité physique – et non privée de soins. Pour la paranoïa, la boucle est bouclée : diffusée au sein de la société par les amplificateurs culturels et techniques modernes, elle regagne la sphère privée en restant une paranoïa collective. Du fait qu’elle est pratiquée par de trop nombreuses personnes, elle n’est pas reconnue comme telle.

[…]

Extraits du premier chapitre, pages 29 à 76.


Sommaire détaillé

Préface à l’édition française
Introduction. La folie d’Ajax

 

CHAPITRE 1. QU’EST-CE QUE LA PARANOÏA ?
La paranoïa individuelle (clinique)
La paranoïa collective (historico-culturelle)

CHAPITRE 2. LES DÉBUTS. MYTHE ET HISTOIRE
L’envie de Caïn
L’ennemi dans l’Énéide
Développement des liens entre paranoïa et politique
Le délire de Christophe Colomb
Une voix qui crie dans le désert. Le frère Antonio Montesinos
La croix et l’intérêt
Le droit paranoïaque

CHAPITRE 3. LE NATIONALISME EUROPÉEN.
DE LA RENAISSANCE CULTURELLE À LA PARANOÏA

Surveiller et se méfier
Fierté et méfiance des nations
Les fantasmes aux racines du droit national
La race imaginaire
La place des Juifs
« L’affaire »

CHAPITRE 4. LES PERSÉCUTEURS NAÏFS
La particularité de l’Amérique
La Légende noire
Le continent vide
« American exceptionalism »
Moby Dick
Principes fondateurs et pureté
La séparation des continents et la destinée manifeste
Guerre de conquête
Espagne et catholicisme
La « guerre des journaux »
Les États-Unis débarquent en Asie
Le fardeau du Blanc

CHAPITRE 5. L’EUROPE DANS LES TÉNÈBRES
Grande est la Guerre
L’ennui et l’attente
La flèche de Pandare et le premier mort
La suspicion grandit
Mobilisations préventives
Des horaires fatidiques ?
La politique de Créon
Des sentiments incontrôlables
Quand d’autres voix crient dans le désert
Le rôle de la communication de masse
Soupçons, exagérations, rumeurs
Le martyre de la Belgique
La paranoïa italienne
Une atrocité et une ampleur inédites
Le silence après les canons

CHAPITRE 6. FREUD, KEYNES ET LE PRÉSIDENT NAÏF
Un messie américain
Un dogme en quatorze points
Les traités de paix
Quand Wilson se trompe lui-même
Le climat paranoïaque des pourparlers
L’offense
L’arrogance
Les germes de la nouvelle paranoïa

CHAPITRE 7. SIEGFRIED
Une explication en forme d’illumination
La légitimation d’un « droit » nationaliste paranoïaque
La disparition de la coexistence multinationale
Un coup de poignard dans le dos
En attendant le retour des ténèbres

CHAPITRE 8. LE SOCLE DE GRANIT ET L’HEURE DE L’IDIOTIE
Les révélations d’Hitler
Le rôle de Vienne
Mein Kampf
L’apparition du Juif
Autres raisonnements « logiques » de Mein Kampf
Du théoricien au chef d’État
L’impatience triomphe
Les choix de mort
Des obstacles faire table rase
« Qui parle encore du massacre des Arméniens, aujourd’hui ? »
Finalement, la guerre
La toute-puissance définitive
Des calculs absurdes
L’enterrement volontaire
Le besoin de l’ennemi
Le délire jusqu’au bout
La « guerre totale »
La révélation ultime et l’abîme
L’ombre de Néron

CHAPITRE 9. L’HOMME D’ACIER
Staline : un nom significatif à plus d’un titre
Caractère
Une méfiance radicale
Allusion et création d’une réalité autonome
L’héritage de Lénine
Le Goulag
Iakov et Nadia
Le diagnostic de paranoïa
Quelques habitudes quotidiennes
Ressemblances et différences avec Hitler
« L’inversion des causes », ou l’esprit du leader comme origine de la société
Les massacres : les « koulaks »
Les massacres : la famine en Ukraine et ailleurs
Les massacres : la Terreur et les procès-spectacle
Le discours du vingtième anniversaire
Les « dénationalisations » et l’idéologie sous-jacente
L’impréparation à la guerre
La contre-attaque et la conclusion du conflit
La suspicion frappe les Juifs
Mort du tyran
Paradoxes du totalitarisme paranoïaque
Dernières questions

CHAPITRE 10. DU FEU QUI ALIMENTE LE FEU
Crimes de guerres et double morale des Alliés
Paranoïa collective et formes de gouvernement
Une guerre aérienne en forme de guerre totale
Les premières bombes de la Seconde Guerre mondiale
Les trois phases des bombardements alliés
L’infirmation des prévisions de Douhet
Les bombardements sur l’Allemagne
Les bombardements sur l’Italie

CHAPITRE 11. TOUJOURS PLUS À L’OUEST
Une guerre contre une race inférieure
Une guerre (totale) avec une altérité
Le mauvais calcul de l’attaque préventive
Un isolement impossible
La peur de l’encerclement
Une stratégie fondée sur l’empressement
La méfiance et l’occasion manquée
Vers la bombe atomique
Une exaltation contagieuse
Des choix de plus en plus limités
Hiroshima
Le journal de Michihiko Hachiya
Le reflux des projections et la rencontre avec l’ennemi
Encore de l’exaltation
Nagasaki
Rationalisations
Le secret
Des justifications a posteriori
Le procès de Tokyo
Le réveil d’Ajax
Les adieux du docteur Hachiya

CHAPITRE 12. UN PROJET POUR LE XXIe SIÈCLE ?
Paranoïa et nouveau siècle
La guerre froide
La disparition de l’ennemi soviétique
L’apparition de l’ennemi islamiste
Quand la paranoïa prend la forme d’un document gouvernemental
Une guerre née de la suspicion
Diffusion de messages paranoïaques et responsabilité
La puissance contagieuse de la paranoïa
Les échos dans la vie quotidienne

CHAPITRE 13. RÉFLEXIONS NON CONCLUSIVES
Comprendre le mal
Encore de la paranoïa et de la psychopathie
Individu, masse et leader
Trois générations de médias de masse
« Obey Giant »
Dictateurs
Rendre les médailles
80 % ?
Le renoncement à la morale chez les intellectuels et le peuple
Pourquoi la modernité offre de nouveaux espaces à la paranoïa
Le rapport aux « -ismes »
La rente paranoïaque
Les groupes clandestins révolutionnaires
La continuité entre agressions limitées et génocides
Acceptation des responsabilités et négationnisme
Qui a gagné ?
Désarmement et historiographie
Poèmes et hymnes
Monuments
Des contradictions ouvertes
Quelques exemples de paranoïa quotidienne
L’indifférence et l’Europe

Conclusion. Le murmure de Iago

Remerciements
Bibliographie

 

CORRELATs

µµµµµ ... EPSTEIN .... «Je suis très en colère et triste car la justice ne sera jamais rendue dans cette affaire» 2019-08-29

 

 

 

 

 

 

>>>>>>>>>>>>>>>> article du Figaro en date du 14.07.2019 >>>>>>>>>>>>>>>>

 

ENQUÊTE - Chaque jour, les vidéos en ligne, principalement le porno, remplacent davantage les DVD, les virements prennent la place des chèques, ou les lettres prennent la forme d’e-mails. Bien qu’invisible, l’impact de la dématérialisation sur la planète est considérable. Le Figaro décrypte les chiffres fous de la «pollution numérique», et évoque quelques pistes pour la limiter.

Elle est désormais partout. Chaque jour, des milliards de personnes à travers le globe en usent sans même nous en rendre compte. La dématérialisation est dans nos téléphones, nos cartes magnétiques en tout genre, nos ordinateurs, nos montres et même, parfois, nos vêtements. Ce concept est aussi devenu un argument de vente en ce qu’il protégerait l’environnement. C’est ce point de vue qu’a fièrement défendu la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, à l’occasion du lancement début juin de la carte magnétique Navigo Easy qui remplace les tickets de métro papier, jugés d’«un autre siècle» en raison de la pollution qu’ils engendrent. Chaque année, ce sont en effet 500 millions de titres qui sont jetés par terre. Mais le choix de la dématérialisation - et donc du développement du numérique - est-il réellement la solution à la crise environnementale qui secoue la planète?

» LIRE AUSSI - Comment la France se dirige vers une société «zéro cash»

Dans l’esprit collectif, la dématérialisation est un concept assez simple. Elle consiste à transformer tous les documents en format papier vers une version numérique. «Rendre immatériel quelque chose, le dépouiller de sa matière concrète», définit le Larousse . Pour ce faire, rien de plus simple en théorie: on scanne la paperasse, on télécharge des films ou de la musique, on composte notre carte de métro dans une borne électronique, etc. Et nous devons faire confiance aux dispositifs de stockage pour sauvegarder ces données numérisées. L’objectif est donc de limiter la consommation de papier ou du plastique. Désormais, on n’envoie plus - ou très peu - de lettres. Nous préférons les e-mails. Nous ne faisons presque plus de chèque, nous procédons par virement. Nous n’achetons plus de DVD ou de CD, nous téléchargeons ou regardons en streaming. Au point que nos modes de consommation ont évolué à un rythme effréné ces dernières années pour se focaliser sur le numérique.

Des chiffres inquiétants

«La transition numérique telle qu’elle est actuellement mise en œuvre participe au dérèglement climatique plus qu’elle n’aide à le prévenir»

The Shift Project

Or, si la dématérialisation promet la suppression progressive du papier, le développement à outrance du numérique consomme une quantité considérable d’énergie. Selon le rapport Pour une société numérique publié en octobre 2018 et rédigé par le think tank spécialisé dans la transition énergétique The Shift Project, la croissance ultra-rapide du numérique conduit à un bilan «alarmant», et représente un risque pour le climat et les ressources naturelles. Les auteurs observent ainsi que «le risque de voir se réaliser un scénario dans lequel des investissements de plus en plus massifs dans le numérique aboutiraient à une augmentation nette de l’empreinte environnementale des secteurs numérisés est […] bien réel». «La transition numérique telle qu’elle est actuellement mise en œuvre participe au dérèglement climatique plus qu’elle n’aide à le prévenir», alertent encore les experts. Des conclusions qui rejoignent les préconisations du livre blanc «Numérique et environnement» publié en mars 2018 par l’Iddri, la Fing, WWF et GreenIT.fr.

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L’explosion du numérique, et tous ses usages dans notre quotidien, menace à terme notre planète. Même si les énergies fossiles représentent 80% de la consommation énergétique mondiale, leurs parts tendent à diminuer au profit du numérique. Ainsi, la consommation énergétique du numérique dans le monde augmente de près de 9% par an, s’alarment les experts. Pis, la part du numérique dans les émissions de gaz à effet de serre a augmenté de près de moitié depuis 2013, passant de 2,5 à 4% du total des émissions mondiales, soit davantage que le transport aérien civil. Cette part pourrait doubler d’ici 2025 pour rejoindre la part actuelle des émissions émises par les voitures. Et le développement technologique ne fait qu’augmenter ce phénomène. La production de l’Iphone 6, qui permet de stocker davantage de données que ses prédécesseurs, génère près de 4 fois plus de gaz à effet de serre que l’Iphone 3GS. D’autant que, selon les prévisions, le nombre de smartphones passera de 1,7 milliard en 2013 à 5,8 milliards en 2020. Soit une croissance de 11% par an.

Les e-mails d’une entreprise de 100 personnes émettraient ainsi chaque année 18 tonnes de gaz à effet de serre, soit l’équivalent de 18 allers-retours Paris-New York

» LIRE AUSSI - Changement climatique: une tendance globale à la hausse de 3 °C à 5 °C

Un autre geste quotidien a un impact négatif considérable sur l’environnement. S’il semble anodin au premier abord, l’envoi de mails s’avère très énergivore. Selon un rapport du Radicati Group, quelque 225 milliards de courriers électroniques sont envoyés chaque jour. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a estimé que chaque Français salarié reçoit en moyenne 58 e-mails professionnels par jour, et en envoie 33. L’envoi de ces 33 courriels, accompagnés de pièces jointes de 1Mo à deux destinataires génère, selon l’agence, des émissions annuelles équivalentes à 180 kg de CO2, soit autant que 1000 km parcourus en voiture. Selon ce calcul, les e-mails d’une entreprise de 100 personnes émettraient ainsi chaque année 18 tonnes de gaz à effet de serre, soit l’équivalent de 18 allers-retours Paris-New York. Ces émissions proviennent, selon l’Ademe, de «la consommation électrique de votre ordinateur» mais surtout de «l’électricité consommée par les équipements informatiques et annexes des data centers (comme la climatisation des locaux)». Plus de 4000 de ces centres de stockage sont répertoriés dans le monde, dont 141 en France, d’après le site Data Center Map. Globalement, ils engloutissent à eux seuls près de 30 milliards de watts chaque année, soit 4% de la consommation énergétique mondiale.

La vidéo en ligne pointée du doigt

Mais l’un des véritables dangers pour l’environnement est le visionnage de vidéos en ligne (aussi appelé «streaming»). Une pollution invisible et indicible qui générerait 300 millions de tonnes de CO2 chaque année, soit autant de gaz à effet de serre que l’Espagne, ou près de 1% des émissions mondiales, alerte un rapport de The Shift Project publié ce jeudi 11 juillet. Stockée dans des centres de données, la vidéo est acheminée jusqu’à nos terminaux ordinateurs, smartphones, Télévisions connectées, etc. par les réseaux (câbles, fibre optique, modems, antennes de réseaux mobiles, etc.): tous ces processus nécessitent de l’électricité, dont la production consomme des ressources, et émet le plus souvent du CO2. Ceux qui croyaient que la fin des DVD et des VHS au profit des vidéos en ligne, perdues dans le flot de données et le «nuage» numérique, aurait un impact positif sur l’environnement déchantent.

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Autre élément troublant: 10 heures de film haute définition représentent davantage de données que l’intégralité des articles en anglais de Wikipédia (plus de deux millions). Dans le détail, les vidéos pornographiques représentent 27% de tout le trafic vidéo en ligne dans le monde. En 2018, elles ont généré à elles seules plus de 80 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent de l’habitat en France. Par ailleurs, les émissions de gaz à effet de serre des services de vidéo à la demande (Netflix, Amazon Prime...) équivalent à celles d’un pays comme le Chili.

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Notre consommation numérique est «insoutenable», à long terme, pour Hugues Ferreboeuf, chef de projet du groupe de travail «Lean ICT» pour The Shift Project, qui prône la mise en œuvre d’une «sobriété numérique» pour réduire l’impact du réchauffement climatique. «Ce rapport montre que l’essentiel des vidéos constituant 80% du trafic internet sont consommées à titre de divertissement ou de publicité. Un constat qui, face à l’urgence climatique, devrait nous convaincre que remettre en cause nos comportements numériques est non seulement souhaitable, mais possible», indique-t-il au Figaro.

Comment «verdir» le numérique?

Pour diminuer l’empreinte carbone de la dématérialisation, des changements radicaux dans nos modes de vie sont nécessaires. Hugues Ferreboeuf, du think tank The Shift Project, appelle ainsi à une «sobriété numérique» qui vise à «rendre le système numérique résilient». Pour ce faire, il prône un renouvellement des équipements moins régulier: «On peut parfaitement changer nos smartphones tous les 3 ans, au lieu de chaque année». Mais aussi moins regarder de vidéos, ou davantage les sélectionner. «À titre individuel, il faut être numériquement sobre dans sa consommation de vidéo en ligne. Cela consiste à utiliser la plus faible résolution possible, de diminuer sa consommation ou de sélectionner davantage ce que l’on regarde», détaille-t-il.

» LIRE AUSSI - Pour une «écologie du numérique»

«Demain, si un million de voitures autonomes sont en circulation dans le monde, on multipliera par deux le volume du trafic de données sur Internet»

Hugues Ferreboeuf, The Shift Project

Du point de vue institutionnel, les opérateurs télécoms pourraient «intégrer un compteur carbone numérique à leurs box», poursuit-il, «dans le but de calculer en temps réel l’empreinte carbone de chaque utilisateur». «Avant, on avait un temps limité d’accès à internet dans nos forfaits. Mais aujourd’hui, c’est de l’illimité parce qu’il y a une vraie concurrence entre les opérateurs. Or, c’est humain, plus on peut aller sur Internet et regarder des vidéos, plus on y va». Du côté des pouvoirs publics, Hugues Ferreboeuf réclame la mise en œuvre de campagnes de sensibilisation, comme cela se fait pour le tabac». «Selon moi, il faut repenser complètement les modalités d’utilisation d’Internet en intégrant pleinement les enjeux environnementaux».

Car le problème de l’impact du numérique sur l’environnement ne cessera pas sans volonté politique. Le numérique ne cesse de progresser, et les objets connectés se multiplient. «Demain, si un million de voitures autonomes sont en circulation dans le monde, on multipliera par deux le volume du trafic de données sur Internet. C’est considérable», s’exclame Hugues Ferreboeuf, qui s’interroge: «À quel point peut-on faire passer le confort et le loisir avant l’avenir de la planète?». Chacun devra, à l’avenir, en prendre pleinement conscience.

 

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La libération sexuelle a surtout permis aux hommes de s’accoupler sans s’engager. Avec un “prix” social de la relation sexuelle en baisse constante, ce sont les femmes qui en font les frais.

Depuis les années 1960 nous vivons en Occident sous l’empire de la « révolution sexuelle », qui promet à l’humanité une sexualité enfin délivrée de toutes les contraintes qui l’empoisonnaient, un peu de la même manière que la révolution communiste promettait la fin de la lutte des classes et de l’éternelle exploitation de l’homme par l’homme. Mais, tout comme le communisme, la libération de la sexualité est une chimère, qui ne peut se soutenir que par le mensonge et par l’ostracisme de ceux qui voudraient dire la vérité.

La première étape du mensonge commence par mal décrire la réalité. C’est le cas lorsque nous parlons de « sexualité libérée ». Car ce faisant nous parlons de la sexualité comme si celle-ci était une sorte d’objet, qui aurait été tenu enfermé jusqu’alors et qui serait aujourd’hui généreusement mis à la disposition de tous ceux qui voudraient en profiter. C’est-à-dire que nous considérons la sexualité comme séparable du reste de notre existence et comme si nous pouvions en user selon notre seule volonté individuelle. Or c’est évidemment l’inverse qui est vrai. La manière dont nous ordonnons notre sexualité affecte l’ensemble de notre personnalité et, d’autre part, la sexualité est toujours un échange, une modalité des relations humaines.

Le marché de la sexualité

Une manière plus adéquate de décrire ce que nous avons fait consisterait donc à dire que nous avons rendu la sexualité bon marché. Car, même si cela nous choque, il existe nécessairement une sorte de marché de la sexualité qui met en relation des êtres humains cherchant à acquérir ce qui leur manque en cédant une partie de leurs ressources, comme pour n’importe quel bien et service. Plus exactement, il existe un marché de l’accouplement, ce terme devant être entendu en son double sens de « rapport sexuel » et de « mise en couple ». Hommes et femmes s’y rencontrent depuis la nuit des temps pour tenter d’y satisfaire deux besoins, ou deux désirs puissants, liés mais distincts, un besoin sexuel et un besoin « conjugal » : aimer, être aimé, fonder une famille.

Sur ce marché de l’accouplement, « le sexe est peu coûteux lorsque les femmes attendent peu en échange et lorsque les hommes n’ont pas à fournir beaucoup de temps, d’attention, de ressources, de reconnaissance, ou de fidélité pour y accéder. »

Ce qui advient lorsque le « prix » de la sexualité baisse aussi drastiquement qu’il l’a fait en Occident depuis une cinquantaine d’années, est le sujet du dernier livre du sociologue américain Mark Regnerus, qui s’intitule précisément Cheap Sex et a pour sous-titre « la transformation des hommes, du mariage et de la monogamie »¹. Comme presque tous les bons livres de sociologie, Cheap Sex est à la fois captivant et relativement trivial, car il ne fait guère que confirmer ce que tout homme (ou femme) raisonnablement intelligent, expérimenté et dépourvu de préjugés, sait déjà. À notre époque éclairée il faut souvent beaucoup de « science » pour prouver des choses apparemment simples. Mais, précisément, il est assez fascinant de voir la science sociale démolir méthodiquement certaines des illusions progressistes les plus chéries.

Pensé au quotidien par une équipe 100 % féminine, Gleeden.com donne le pouvoir aux femmes pour des rencontres extra-conjugales en toute discrétion ! (texte d’accueil).

Le mariage, régulateur sexuel

La première de ces illusions, l’illusion fondatrice, est que les hommes et les femmes sont fondamentalement identiques dans leur rapport à la sexualité et que seules, jusqu’alors, une « société patriarcale » et une « éducation répressive » avaient empêché les femmes d’être des hommes comme les autres. La vérité, bien sûr, est assez différente. La vérité est que « les femmes sont moins portées que les hommes sur les plaisirs de la sexualité lorsqu’ils sont séparés du reste de l’existence. » Autrement dit, les femmes recherchent moins souvent que les hommes un accouplement qui ne soit pas aussi une mise en couple.

La conséquence est que le marché de l’accouplement est, grosso modo, divisé en deux : d’un côté ceux qui recherchent simplement du sexe, de l’autre ceux qui recherchent une « relation durable » ou disons, pour simplifier, le mariage. Ceux qui recherchent simplement du sexe sont en grande majorité des hommes et ceux qui recherchent le mariage sont plus souvent des femmes.

Traditionnellement l’équilibre se faisait de la manière suivante : les hommes accédaient à la sexualité en donnant aux femmes qu’ils convoitaient des preuves concrètes d’engagement. Normalement, le mariage était la preuve d’engagement qui permettait à un homme d’accéder au corps d’une femme. Bien entendu il s’agissait là d’un idéal régulateur : nombre d’accouplements, à tous les sens du terme, se produisaient hors du mariage. Il n’en reste pas moins que, pour un homme, il était difficile d’accéder à une sexualité régulière sans être marié.

La contraception, ou la dévaluation de la sexualité

Cet arrangement traditionnel a volé en éclats et ce qui l’a pulvérisé est d’abord l’invention de la pilule contraceptive. Ce que la maîtrise de sa fécondité peut changer dans la vie d’une femme, tout le monde le comprend sans peine. Ce qui est moins souvent compris, en revanche, c’est que la pilule n’est pas seulement un comprimé que chaque femme serait libre de prendre ou pas ; cette invention a aussi un aspect normatif. Avec la diffusion de la pilule, les mœurs et les représentations changent : le sexe est de plus en plus perçu comme « naturellement » infertile et les femmes, prises dans leur ensemble, ont de plus en plus de mal à dire « non » à un rapport sexuel.

Plus précisément, une femme a beaucoup plus de mal à dire « non » à un homme qui lui plaît, c’est-à-dire à refuser de coucher avec lui sans des preuves d’engagement préalables. Elle a beaucoup plus de mal d’abord car elle-même, très souvent, peine à trouver des raisons persuasives de le faire : la sexualité n’est-elle pas censée être une activité récréative sans conséquences, et les hommes et les femmes ne sont-ils pas censés avoir des désirs identiques ? Le livre de Mark Regnerus comporte d’amples témoignages de cette confusion intellectuelle qui règne aujourd’hui chez la plupart des jeunes femmes et qui les empêche d’écouter cette petite voix intérieure qui leur dit : « ne couche pas trop vite avec lui, sinon il ne s’intéressera plus à toi. » Et puis, d’autre part, si une femme dit non à un homme qui lui plaît, le risque est grand que celui-ci aille chercher ailleurs cette sexualité dont il a envie. Or, dans les conditions actuelles, il n’est que trop évident qu’il n’aura pas grand mal à trouver.

Autrement dit, la pilule n’abaisse pas seulement le « prix » de la sexualité pour les femmes qui la prennent, mais pour toutes les femmes. Du jour au lendemain, pour ainsi dire, les femmes découvrent que leur monnaie d’échange traditionnel avec les hommes s’est gravement dévaluée. Elles doivent accepter de « vendre » à bien meilleur marché, sous peine de rester seules ou de ne parvenir à se marier que bien plus tard qu’elles ne voudraient.

Un marché favorable aux hommes

 

Deux autres « avancées » technologiques sont venues abaisser davantage encore le prix la sexualité. D’une part la pornographie moderne, hyperréaliste et produite à échelle industrielle grâce à tous les progrès de la captation vidéo. D’autre part internet, qui permet à la fois l’accès quasi-instantané à ce gigantesque flux pornographique et les rencontres en ligne, qui donnent accès à un nombre presque illimité de partenaires potentiels. Mark Regnerus résume ainsi leurs résultats combinés :

Elles abaissent le coût du sexe, rendent un engagement réel plus “coûteux” et compliqué à faire advenir, elles ont engendré un ralentissement massif dans le développement des relations stables, et particulièrement le mariage, elles mettent en péril la fertilité des femmes – générant de ce fait une augmentation des demandes de traitement pour infertilité – et ont réduit la “mariabilité” des hommes. […] Le sexe bon marché ne rend pas le mariage moins attractif : il rend simplement le mariage moins urgent et plus difficile à obtenir.

Et le fait que le mariage devienne plus difficile à obtenir tandis que le sexe, lui, devient très facile à obtenir, signifie que le marché contemporain de l’accouplement est très favorable aux intérêts des hommes (au moins leurs intérêts à court terme) et très défavorable à ceux des femmes. Les femmes sont les grandes perdantes de la révolution sexuelle alors même que, selon l’idéologie officielle, elles devraient en être les grandes gagnantes puisqu’elles ont obtenu la possibilité de se conduire comme les hommes.

Tel est le grand paradoxe de la révolution sexuelle : pour les femmes une maîtrise accrue de leur fécondité débouche sur une maîtrise beaucoup moins grande de leur vie amoureuse et sur une frustration grandissante de leurs désirs de conjugalité. Mais ce paradoxe n’est qu’apparent : en réalité l’un est la conséquence inévitable de l’autre. Tant que la sexualité sera bon marché, les femmes seront davantage soumises aux désirs masculins sur le marché de l’accouplement.

Le triomphe de la solitude

Mark Regnerus conclut son livre par « 8 prévisions pour 2030 », c’est-à-dire qu’il s’essaye à prévoir dans quelles directions va évoluer le marché contemporain de l’accouplement. Le sens général de ces prévisions est que le prix de la sexualité va continuer à baisser et qu’en conséquence le nombre des mariages et des unions durables va continuer à diminuer. La révolution sexuelle a produit plus de rapports sexuels et plus de solitude, et cela va aller en se renforçant.

Pourtant cette situation n’est pas satisfaisante, ni individuellement ni socialement. Mais Regnerus ne voit pas, à échéance prévisible, de forces sociales capables d’y mettre fin ou même simplement de freiner son développement. Il est difficile de lui donner tort. Du moins pouvons-nous, à titre individuel, nous délivrer du mensonge. Et pour cela, le livre de Mark Regnerus peut être d’une aide précieuse.

Illustration : Un tiers des mères célibataires vivent sous le seuil de pauvreté. Elles sont fières de constituer l’un des groupes sociaux les plus précaires, éclatante victoire contre le patriarcat.

 

 

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 ...EN samedi 14 juillet 2019 ,

....  à la suite d'un SKYPE avec Sophie et Paul + et nos prpos au sujet de " la peur "

 

la découverte du livre

 

"PARANOÏA"

...qu'est-ce la paranoïa ? .....

et relié à cela

la stratégie du choc

Vidéo

 

 

 

 

 ...puis je me suis amusé de voir les réponses que me donnerait " LA TOILE",  si je lui posait la question:

 

sans ENtre pas de vie

  

  •  par QWANT j'ai recu en premier article

 

 

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  • par Google

J'ai changé de vie (et j'aurais pas dû) - NEON

https://www.neonmag.fr/jai-change-de-vie-et-jaurais-pas-du-507916.html

 19 juin 2018 - Entre les deux, on change aussi la vie de son entourage, alors on ... de quitter cette vie de fou, ce que je n'aurais pas osé faire sans ce projet.


   
   
 puis en tappant
SANS ENtre-comm-UN PAS DE VIE
   
   
  • Qwant affiche en premier

 

Comment changer de vie sans argent et réussir à coup sûr ?

Comment changer de vie sans argent et réussir à coup sûr ?

 

 

  • et Google

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N'AYONS PAS PEUR !!!!
 
 
 
 RE-DON-nons
"  la couleur CONFIANCE  des-intéressée "
EN le BIEN-COMM-UN-ENtre-NOUS
vie-à
 
 
   
   
      

 

                                                                                                                 <<< Mère Téresa >>>

 

                             
   

 

CORRELATs

 

 

  • ..... Les trois amours platoniciens ou la philosophie à hauteur d’homme
    • Consacrée à l’analyse de quelques passages du Phèdre, du Banquet et de l’Alcibiade, cette étude rappelle la définition platonicienne du rôle pédagogique de l’amour dans la théorie de la connaissance et dans la pratique du langage. Sa thèse est que le modèle anthropologique et le modèle épistémologique ne peuvent pas être séparés dans la philosophie platonicienne. « Parler » constitue à la fois une communication et une ostension, donc la transitivité du langage n’est pas exempte d’une nécessaire vérité de l’acte, même si cette vérité est celle du phénomène, non celle de l’essence, de la forme ou du principe. Les conséquences de cette unité (présentée comme une rencontre entre la rhétorique et la dialectique) sont d’ordre éthique autant que d’ordre métaphysique. D’une part, l’autonomisation du langage pose comme préalable un rapport de vérité à l’égard de l’autre dans toute détermination d’identité du sujet. Ce rapport de vérité s’exprime ici sous la forme initiatique d’une « mise en présence » : l’accès à soi est conditionné par la transcendance du tout-autre. Acquise par la présence amoureuse à l’égard de l’autre, l’identité n’est donc pas close sur elle-même mais se définit comme relation. D’autre part, la maîtrise d’un langage adéquat au phénomène érotique suppose le dépassement de l’interprétation (« péché contre la mythologie ») et une sortie de l’opposition des contraires (corps‑âme) par la limite assumée (ici la « faiblesse des mots »), sans appeler nécessairement à l’harmonie universelle qui, traditionnellement, cache la domination, voire la suppression du sujet Texte intégral >>>>>

 

 

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CHRONIQUE - Le bac est donné à tout le monde et les mentions TB fleurissent à tous les coins de rue ; et Sciences Po supprime son concours écrit, le seul qui assurait, avec l’anonymat, la garantie d’une sélection honnête.

Cela fait trois semaines et déjà plus personne n’en parle. Plus le moindre article, pas la moindre polémique. Frédéric Mion a réussi son (mauvais) coup. Le patron de Sciences Po a supprimé les épreuves écrites de son concours d’entrée et tout le monde s’en moque. Il a expliqué que désormais tous les étudiants de l’école seraient recrutés sur dossier, et tout le monde - ou presque - a gobé son discours lénifiant, mélange de rêve américain (les universités anglo-saxonnes agissent ainsi) et de lutte des classes (il faut lutter contre l’entre-soi). Au moins, lorsque le prédécesseur de Mion, le «disruptif» Richard Descoings, avait imposé la discrimination positive à l’entrée de l’école, il y a quinze ans, la polémique avait été énorme. On s’était étripé au nom de la République, de la méritocratie, de l’égalité des chances.

Cette fois, rien. Ou presque rien. Pourtant, Mion finit le (sale) boulot de Descoings. Le prestige séculaire de l’ancienne École libre des Sciences politiques reposait sur un concours d’entrée fort sélectif, et en particulier une épreuve écrite d’histoire exigeante. La renommée de toutes les grandes écoles françaises, de l’X à l’ENA, était fondée sur le même patron. Qui lui-même reposait sur un enseignement secondaire de haut niveau. C’était la vraie différence avec le modèle anglo-saxon.

Désormais seront privilégiées non la culture et le travail, et l’intelligence du candidat, mais les valeurs que l’école veut promouvoir : altruisme, générosité, énergie

Tous les thuriféraires du modèle anglo-saxon font semblant de ne pas voir que l’extraordinaire renommée des universités américaines tient avant tout à leurs moyens financiers énormes qui leur permettent de payer les meilleurs profs du monde et d’attirer les meilleurs étudiants du monde entier. Depuis trente ans, les élites françaises ont détruit méthodiquement tout ce qui faisait le génie national. Le secondaire est d’une rare médiocrité ; le bac est donné à tout le monde et les mentions TB fleurissent à tous les coins de rue ; et Sciences Po supprime son concours écrit, le seul qui assurait, avec l’anonymat, la garantie d’une sélection honnête. Désormais seront privilégiées non la culture et le travail, et l’intelligence du candidat, mais les valeurs que l’école veut promouvoir: altruisme, générosité, énergie. Bref, Mion veut des étudiants à sa main, soumis à son idéologie bien-pensante. Il veut pouvoir prendre tous les élèves de banlieue qu’il souhaite puisque ceux-ci s’obstinent à ne pas avoir le niveau scolaire de l’épreuve écrite. Entre le mérite personnel et l’endoctrinement idéologique, la direction de Sciences Po a choisi. Tout cela au nom de la République qu’on renie et de la méritocratie qu’on méprise.

Le nihilisme de nos classes dirigeantes est sans limites. Et il se pare de surcroît des atours de la vertu.

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TRIBUNE - L’écrivain  a été bouleversé par la mort de Vincent Lambert, jeudi matin. Selon lui, la dignité de la mort est une valeur fondamentale pour les civilisations humaines.


Marin de Viry, écrivain et critique littéraire, est membre du comité de direction de la Revue des Deux Mondes. L’auteur a publié, notamment, Tous touristes (Flammarion, coll. «Café Voltaire», 2010), Mémoires d’un snobé (Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2012) et Un roi immédiatement  (Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2017).


Si nous sommes bien entendu incapables de juger les acteurs familiaux et médicaux de «l’affaire» Vincent Lambert, la fin épouvantable de cet homme jette une lumière singulière sur notre «civilisation».

La régression anthropologique est en bonne voie. Durant des siècles, nous avions considéré que tuer un innocent était à la fois une faculté humaine et un crime à éviter. Quant à le tuer parce qu’il est innocent, c’était le crime suprême, et le commettre impliquait de se retrancher définitivement de la communauté humaine. Il doit bien rester quelque chose de cette méfiance grâce à laquelle nous protégeons les innocents contre la tentation de notre nature, pensions-nous naïvement. Apparemment non. J’ai beau prendre l’affaire dans tous les sens, j’ai compris que c’était un homme qui n’était pas en fin de vie et qui ne souffrait pas qu’on a laissé mourir faute de le nourrir et de l’abreuver. Il n’y avait donc selon toute apparence aucune raison de l’abandonner. La régression anthropologique, c’est de ne pas avoir pris le problème du point de vue des devoirs que nous devons rendre aux innocents. Je ne sais pas quelle était la bonne décision à prendre sur le plan personnel, mais je sais que le procès d’intention des médias et des réseaux sociaux a d’abord été dirigé contre ceux qui protégeaient un innocent.

«De nombreux messages postés sur les réseaux sociaux témoignent en effet de l’obéissance passive à l’air du temps de la majorité des internautes»

De nombreux messages postés sur les réseaux sociaux témoignent en effet de l’obéissance passive à l’air du temps de la majorité des internautes qui se sont exprimés sur l’affaire: ils correspondent ainsi à ce que le monde contemporain leur demande de devenir, c’est-à-dire des collaborateurs zélés d’algorithmes qui règlent leur vie intellectuelle sur leurs désirs les plus rentables, tout en les privant de leur vie intérieure et de leurs facultés de jugement. Très couru également: le procès en disqualification des «intégristes catholiques» qui prendraient un plaisir pervers à faire souffrir un homme qui ne peut pas se défendre. Cracher à la figure de tous ceux qui ont pris soin de cet homme et entendaient continuer à le faire a été l’attitude favorite des internautes que j’ai eu le déplaisir de lire. Dans le rôle du tribunal: l’opinion ; dans celui du bourreau: la médecine ; dans celui du condamné: l’inutile, le «légume». Quant à l’administration, elle fournit les formulaires et la logistique. Jamais l’idée tragique que «l’amour n’est pas aimé» ne m’a paru plus vraie et obsédante que lors de cet épisode, car on parlait d’un fils, d’un mari, d’un frère, d’un oncle: on parlait de son proche, de celui qu’il est le plus facile d’aimer.

Je crois que pour réellement mourir dans la dignité, il ne faut surtout pas obéir à l’injonction de donner des directives sur sa fin de vie, dont pourtant le ministre de la Santé prétend qu’elles permettraient de résoudre ce type de «cas douloureux». À la fin de ma vie, il y aura un médecin et des gens qui m’aiment.Je n’ai pas du tout l’intention de les priver d’initiative - dans l’exercice de son magnifique métier pour mon médecin et dans celui de leur amour pour mes proches. Je serai par hypothèse dans un état de faiblesse et d’impossibilité de communiquer, c’est-à-dire dépendant de l’amour des autres. La dépendance à l’amour des autres est la situation la plus digne possible, dans notre civilisation. Plus on est dépendant de l’amour des autres, plus on est pauvre, et plus la dignité est grande. La dignité absolue étant de ne plus dépendre que de l’amour de Dieu. Mourir dans la dignité, ce n’est pas du tout prévoir qu’on nous laisse partir ou qu’on nous y encourage dans telle ou telle situation physique et psychique, c’est s’en remettre à l’amour des hommes. Je constate que l’administration ne trouve pas cela raisonnable. Elle préférerait qu’on lui donne des instructions claires et qu’on lui signe une décharge. Je suggère qu’au contraire on les oblige à faire leur métier d’homme, en espérant qu’ils le feront bien. Il est vrai que, par les temps qui courent, on est tenté de douter.

Le pouvoir a gravement manqué à ses devoirs

Car le pouvoir a gravement manqué à ses devoirs. Quand je parle de pouvoir, je ne parle pas seulement de la ministre de la Santé agitant son formulaire de directives anticipées, mais de l’ensemble des représentants de l’État qui auraient dû être cette autorité juste, aimante et protectrice que les Français associent à l’idée de bon pouvoir. L’administration a préféré cautionner en silence la mort, entourée de formes légales, et parié sur l’oubli, comme le souhaitent non pas «les Français», mais la part de nous-même qui méprise l’amour et ne connaît pas l’espérance. Là encore, sans prétendre savoir quelle était la bonne décision à prendre et tout en renvoyant cette décision à ceux qui avaient la charge de Vincent Lambert, le gouvernement aurait pu prononcer quelques paroles fortes, bienvenues. Comme nous rassurer sur le fait que nous n’allions pas tout droit vers Soleil vert (film américain d’anticipation dans lequel une société met en place un système d’euthanasie volontaire, NDLR). On ne laisse pas mourir un homme de soif et de faim en France, de surcroît dans une enceinte médicale dont il n’a pas le droit de sortir, sans qu’une très haute raison soit invoquée pour justifier cette mesure effrayante et exceptionnelle. Tout s’est passé comme s’il n’y avait rien à voir, comme si c’était normal, qu’on appliquait tranquillement la loi et qu’on allait continuer. Mais rien n’est plus anormal. Rien n’est moins rassurant. Rien n’est moins protecteur. Nous ne devons pas prendre à la légère la mort de Vincent Lambert.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 12/07/2019. Accédez à sa version PDF en cliquant ici